Don Quijote de la Mancha
         de Miguel de Cervantes Saavedra
Edición bilingüe, español-francés, en textos paralelos
Édition bilingue espagnol-français dans des textes parallèles
Traducción de Louis Viardot
Integrado en el sistema MGARCI
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Traducción bilingüe al: Alemán Francés Inglés Italiano
I. Capítulo VI. Del donoso y grande escrutinio que el Cura y el Barbero hicieron en la librería de nuestro ingenioso hidalgo Chapitre VI De la grande et gracieuse enquête que firent le curé et le barbier dans la bibliothèque de notre ingénieux hidalgo
El cual aún todavía dormía. Pidió las llaves a la sobrina, del aposento donde estaban los libros, autores del daño, y ella se las dio de muy buena gana. Entraron dentro todos y la ama con ellos, y hallaron más de cien cuerpos de libros grandes muy bien encuadernados y otros pequeños; y así como el ama los vio, volvióse a salir del aposento con gran priesa, y tornó luego con una escudilla de agua bendita y un hisopo, y dijo. …Lequel dormait encore. Le curé demanda à la nièce les clefs de la chambre où se trouvaient les livres auteurs du dommage, et de bon cœur elle les lui donna. Ils entrèrent tous, la gouvernante à leur suite, et ils trouvèrent plus de cent gros volumes fort bien reliés et quantité d’autres petits. Dès que la gouvernante les aperçut, elle sortit de la chambre en grande hâte, et revint bientôt, apportant une écuelle d’eau bénite avec un goupillon.
-Tome vuestra merced, señor licenciado, rocíe este aposento, no esté aquí algún encantador de los muchos que tienen estos libros, y nos encanten en pena de la que les queremos dar, echándolos del mundo. « Tenez, seigneur licencié, dit-elle, arrosez cette chambre, de peur qu’il n’y ait ici quelque enchanteur, de ceux dont les livres sont pleins, et qu’il ne nous enchante en punition de la peine que nous voulons leur infliger en les chassant de ce monde. »
Causó risa al licenciado la simplicidad del ama, y mandó al barbero que le fuese dando de aquellos libros uno a uno, para ver de qué trataban, pues podía ser hallar algunos que no mereciesen castigo de fuego. Le curé se mit à rire de la simplicité de la gouvernante, et dit au barbier de lui présenter ces livres un à un pour voir de quoi ils traitaient, parce qu’il pouvait s’en rencontrer quelques-uns, dans le nombre, qui ne méritassent pas le supplice du feu.
-No, dijo la sobrina, no hay para qué perdonar a ninguno, porque todos han sido los dañadores; mejor será arrojarlos por las ventanas al patio, hacer un rimero dellos y pegarles fuego, y si no llevarlos al corral, y allí se hará la hoguera, y no ofenderá el humo . « Non, non, s’écria la nièce, il n’en faut épargner aucun, car tous ont fait le mal. Il vaut mieux les jeter par la fenêtre dans la cour, en faire une pile, et y mettre le feu, ou bien les emporter dans la basse-cour, et là nous ferons le bûcher, pour que la fumée n’incommode point. »
Lo mismo dijo el ama tal era la gana que las dos tenían de la muerte de aquellos inocentes; mas el cura no vino en ello sin primero leer siquiera los títulos. Y el primero que maese Nicolás le dio en las manos fue Los cuatro de Amadís de Gaula , y dijo el cura. La gouvernante fut du même avis, tant elles désiraient toutes deux la mort de ces pauvres innocents. Mais le curé ne voulut pas y consentir sans en avoir au moins lu les titres et le premier ouvrage que maître Nicolas lui remit dans les mains fut les quatre volumes d’Amadis de Gaule.
-Parece cosa de misterio ésta, porque, según he oído decir, este libro fue el primero de caballerías que se imprimió en España, y todos los demás han tomado principio y origen déste, y así me parece que, como a dogmatizador de una secta tan mala, le debemos sin escusa alguna condenar al fuego. « Il semble, dit le curé, qu’il y ait là-dessous quelque mystère ; car, selon ce que j’ai ouï dire, c’est là le premier livre de chevalerie qu’on ait imprimé en Espagne ; tous les autres ont pris de celui-là naissance et origine. Il me semble donc que, comme fondateur d’une si détestable secte, nous devons sans rémission le condamner au feu.
-No, señor, dijo el barbero, que también he oído decir que es el mejor de todos los libros que de este género se han compuesto, y así como a único en su arte se debe perdonar. – Non pas, seigneur, répondit le barbier ; car j’ai ouï dire aussi que c’est le meilleur de tous les livres de cette espèce qu’on ait composés, et, comme unique en son genre, il mérite qu’on lui pardonne.
-Así es verdad, dijo el cura, y por esa razón se le otorga la vida por ahora, veamos esotro que está junto a él. – C’est également vrai, dit le curé ; pour cette raison, nous lui faisons, quant à présent, grâce de la vie[33]. Voyons cet autre qui est à côté de lui.
-Es, dijo el barbero, Las Sergas de Esplandián , hijo legítimo de Amadís de Gaula. – Ce sont, répondit le barbier, les Prouesses d’Esplandian, fils légitime d’Amadis de Gaule[34].
-Pues, en verdad, dijo el cura, que no le ha de valer al hijo la bondad del padre tomad, señora ama, abrid esa ventana y echadle al corral, y dé principio al montón de la hoguera que se ha de hacer. – Pardieu ! dit le curé, il ne faut pas tenir compte au fils des mérites du père. Tenez, dame gouvernante, ouvrez la fenêtre, et jetez-le à la cour c’est lui qui commencera la pile du feu de joie que nous allons allumer. »
Hízolo así el ama con mucho contento, y el bueno de Esplandián fue volando al corral, esperando con toda paciencia el fuego que le amenazaba. La gouvernante ne se fit pas prier, et le brave Esplandian s’en alla, en volant, dans la cour, attendre avec résignation le feu qui le menaçait.
-Adelante, dijo el cura. « À un autre, dit le curé.
-Este que viene, dijo el barbero, es Amadís de Grecia , y aun todos los deste lado, a lo que creo, son del mismo linaje de Amadís . – Celui qui vient après, dit le barbier, c’est Amadis de Grèce, et tous ceux du même côté sont, à ce que je crois bien, du même lignage des Amadis[35].
-Pues vayan todos al corral dijo el cura, que a trueco de quemar a la reina Pintiquiniestra y al pastor Darinel y a sus églogas y a las endiabladas y revueltas razones de su autor, quemara con ellos al padre que me engendró si anduviera en figura de caballero andante. – Eh bien ! dit le curé, qu’ils aillent tous à la basse-cour ; car, plutôt que de ne pas brûler la reine Pintiquinestra et le berger Darinel, et ses églogues, et les propos alambiqués de leur auteur, je brûlerais avec eux le père qui m’a mis au monde, s’il apparaissait sous la figure du chevalier errant.
-De ese parecer soy yo, dijo el barbero. – C’est bien mon avis, dit le barbier.
-Y aun yo, añadió la sobrina. – Et le mien aussi, reprit la nièce.
-Pues así es, dijo el ama, vengan, al corral con ellos. – Ainsi donc, dit la gouvernante, passez-les, et qu’ils aillent à la basse-cour. »
Diéronselos, que eran muchos, y ella ahorró la escalera, y dio con ellos por la ventana abajo. On lui donna le paquet, car ils étaient nombreux, et, pour épargner la descente de l’escalier, elle les envoya par la fenêtre du haut en bas.
-¿Quién es ese tonel?, dijo el cura. « Quel est ce gros volume ? demanda le curé.
-Éste es, respondió el barbero, Don Olivante de Laura . – C’est, répondit le barbier, Don Olivante de Laura.
-El autor de ese libro, dijo el cura, fue el mismo que compuso a Jardín de flores, y en verdad que no sepa determinar cuál de los dos libros es más verdadero, o por decir mejor, menos mentiroso sólo sé decir que éste irá al corral por disparatado y arrogante. – L’auteur de ce livre, reprit le curé, est le même qui a composé le Jardin des fleurs ; et, en vérité, je ne saurais guère décider lequel des deux livres est le plus véridique, ou plutôt le moins menteur. Mais ce que je sais dire, c’est que celui-ci ira à la basse-cour comme un extravagant et un présomptueux[36].
-Éste que se sigue es Florismarte de Hircaia , dijo el barbero. – Le suivant, dit le barbier, est Florismars d’Hircanie.[37]
-¿Ahí está el señor Florismarte?, replicó el cura; pues a fe que ha de parar presto en el corral, a pesar de su extraño nacimiento y soñadas aventuras, que no da lugar a otra cosa la dureza y sequedad de su estilo al corral con él y con esotro, señora ama. – Ah ! ah ! répliqua le curé, le seigneur Florismars se trouve ici ? Par ma foi, qu’il se dépêche de suivre les autres, en dépit de son étrange naissance[38] et de ses aventures rêvées ; car la sécheresse et la dureté de son style ne méritent pas une autre fin à la basse-cour celui-là et cet autre encore, dame gouvernante.
-Que me place, señor mío, respondía ella, y con mucha alegría ejecutaba lo que le era mandado. – Très-volontiers, seigneur, » répondit-elle. Et déjà elle se mettait gaiement en devoir d’exécuter cet ordre.
-Éste es El Caballero Platir , dijo el barbero. « Celui-ci est le Chevalier Platir[39], dit le barbier.
-Antiguo libro es ése, dijo el cura, y no hallo en él cosa que merezca venia acompañe a los demás sin réplica; y así fue hecho. – C’est un vieux livre, reprit le curé, mais je n’y trouve rien qui mérite grâce. Qu’il accompagne donc les autres sans réplique. »
Abrióse otro libro, y vieron que tenía por título El Caballero de la Cruz . Ainsi fut fait. On ouvrit un autre livre, et l’on vit qu’il avait pour titre le Chevalier de la Croix[40].
-Por nombre tan santo como este libro tiene, se podía perdonar su ignorancia; mas también se suele decir tras la cruz está el diablo; vaya al fuego. « Un nom aussi saint que ce livre le porte, dit le curé, mériterait qu’on fît grâce à son ignorance. Mais il ne faut pas oublier le proverbe derrière la croix se tient le diable. Qu’il aille au feu ! »
Tomando el barbero otro libro, dijo. Prenant un autre livre
-Éste es Espejo de caballerías . « Voici, dit le barbier, le Miroir de Chevalerie.[41]
-Ya conozco a su merced, dijo el cura; ahí anda el señor Reinaldos de Montalbán con sus amigos y compañeros, más ladrones que Caco, y los doce Pares con el verdadero historiador Turpín ; y en verdad que estoy por condenarlos no más que a destierro perpetuo, siquiera porque tienen parte de la invención del famoso Mateo Boyardo , de donde también tejió su tela el cristiano poeta Ludovico Ariosto ; al cual, si aquí le hallo, y que habla en otra lengua que la suya, no le guardaré respeto alguno; pero si habla en su idioma, le pondré sobre mi cabeza. – Ah ! je connais déjà Sa Seigneurie, dit le curé. On y rencontre le seigneur Renaud de Montauban, avec ses amis et compagnons, tous plus voleurs que Cacus, et les douze pairs de France, et leur véridique historien Turpin. Je suis, par ma foi, d’avis de ne les condamner qu’à un bannissement perpétuel, et cela parce qu’ils ont eu quelque part dans l’invention du fameux Mateo Boyardo, d’où a tissé sa toile le poëte chrétien Ludovic Arioste[42]. Quant à ce dernier, si je le rencontre ici, et qu’il parle une autre langue que la sienne, je ne lui porterai nul respect ; mais s’il parle en sa langue, je l’élèverai, par vénération, au-dessus de ma tête.
-Pues yo le tengo en italiano, dijo el barbero, mas no le entiendo. – Moi, je l’ai en italien, dit le barbier, mais je ne l’entends pas.
-Ni aun fuera bien que vos le entendiérades , respondió el cura; y aquí le perdonáramos al señor Capitán , que no le hubiera traído a España y hecho castellano, que le quitó mucho de su natural valor, y lo mismo harán todos aquellos que los libros de verso quisieren volver en otra lengua; que por mucho cuidado que pongan y habilidad que muestren, jamás llegarán al punto que ellos tienen en su primer nacimiento. Digo, en efecto, que este libro y todos los que se hallaren que tratan destas cosas de Francia , se echen y depositen en un pozo seco, hasta que con más acuerdo se vea lo que se ha de hacer dellos, exceptuando a un Bernardo del Carpio , que anda por ahí y a otro llamado Roncesvalles , que éstos en llegando a mis manos, han de estar en las del ama, y dellas en las del fuego sin remisión alguna. – Il ne serait pas bon non plus que vous l’entendissiez, répondit le curé ; et mieux aurait valu que ne l’entendît pas davantage un certain capitaine[43], qui ne nous l’aurait pas apporté en Espagne pour le faire castillan, car il lui a bien enlevé de son prix. C’est au reste, ce que feront tous ceux qui voudront faire passer les ouvrages en vers dans une autre langue ; quelque soin qu’ils mettent, et quelque habileté qu’ils déploient, jamais ils ne les conduiront au point de leur première naissance. Mon avis est que ce livre et tous ceux qu’on trouvera parlant de ces affaires de France soient descendus et déposés dans un puits sec, jusqu’à ce qu’on décide, avec plus de réflexion, ce qu’il faut faire d’eux. J’excepte, toutefois, un certain Bernard del Carpio[44], qui doit se trouver par ici, et un autre encore appelé Roncevaux[45], lesquels, s’ils tombent dans mes mains, passeront aussitôt dans celles de la gouvernante, et de là, sans aucune rémission, dans celles du feu. »
Todo lo confirmó el barbero, y lo tuvo por bien y por cosa muy acertada, por entender que era el cura tan buen cristiano y tan amigo de la verdad, que no diría otra cosa por todas las del mundo. Y abriendo otro libro vio que era Palmerín de Oliva , y junto a él estaba otro que se llamaba Palmerín de Ingalaterra , lo cual visto por el licenciado, dijo. De tout cela, le barbier demeura d’accord, et trouva la sentence parfaitement juste, tenant son curé pour si bon chrétien et si amant de la vérité, qu’il n’aurait pas dit autre chose qu’elle pour toutes les richesses du monde. En ouvrant un autre volume, il vit que c’était Palmerin d’Olive, et, près de celui-là, s’en trouvait un autre qui s’appelait Palmerin d’Angleterre. À cette vue, le licencié s’écria
-Esa oliva se haga luego rajas y se queme, que aun no queden della las cenizas; y esa palma de Ingalaterra se guarde y se conserve como a cosa única, y se haga para ella otra caja como la que halló Alejandro en los despojos de Dario, que la diputó para guardar en ella las obras del poeta Homero . Este libro, señor compadre, tiene autoridad por dos cosas la una porque él por sí es muy bueno, y la otra porque es fama que le compuso un discreto rey de Portugal. Todas las aventuras del castillo de Miraguarda son bonísimas y de grande artificio, las razones cortesanas y claras, que guardan y miran el decoro del que habla con mucha propiedad y entendimiento. Digo, pues, salvo vuestro buen parecer, señor maese Nicolás, que éste y Amadís de Gaula queden libres del fuego, y todos los demás, sin hacer más cala y cata, perezcan . « Cette olive, qu’on la broie et qu’on la brûle, et qu’il n’en reste pas même de cendres ; mais cette palme d’Angleterre, qu’on la conserve comme chose unique, et qu’on fasse pour elle une cassette aussi précieuse que celle qu’Alexandre trouva dans les dépouilles de Darius, et qu’il destina à renfermer les œuvres du poëte Homère. Ce livre-ci, seigneur compère, est considérable à deux titres d’abord parce qu’il est très-bon en lui-même ; ensuite, parce qu’il passe pour être l’ouvrage d’un spirituel et savant roi du Portugal. Toutes les aventures du château de Miraguarda sont excellentes et d’un heureux enlacement ; les propos sont clairs, sensés, de bon goût, et toujours appropriés au caractère de celui qui parle, avec beaucoup de justesse et d’intelligence[46]. Je dis donc, sauf votre meilleur avis, seigneur maître Nicolas, que ce livre et l’Amadis de Gaule soient exemptés du feu, mais que tous les autres, sans plus de demandes et de réponses, périssent à l’instant.
-No, señor compadre, replicó el barbero, que éste que aquí tengo es el afamado Don Belianís . – Non, non, seigneur compère, répliqua le barbier, car celui que je tiens est le fameux Don Bélianis.
-Pues ése, replicó el cura, con la segunda, tercera y cuarta parte, tienen necesidad de un poco de ruibarbo para purgar la demasiada cólera suya, y es menester quitarles todo aquello del castillo de la Fama y otras impertinencias de más importancia, para lo cual se les da término ultramarino, y como se enmendaren, así se usará con ellos de misericordia o de justicia; y en tanto tenedlos vos, compadre, en vuestra casa, mas no los dejéis leer a ninguno. – Quant à celui-là, reprit le curé, ses deuxième, troisième et quatrième parties auraient besoin d’un peu de rhubarbe pour purger leur trop grande bile ; il faudrait en ôter aussi toute cette histoire du château de la Renommée, et quelques autres impertinences de même étoffe[47]. Pour cela, on peut lui donner le délai d’outre-mer[48], et, s’il se corrige ou non, l’on usera envers lui de miséricorde ou de justice. En attendant, gardez-les chez vous, compère, et ne les laissez lire à personne.
-¡Que me place!, respondió el barbero, y sin querer cansarse más en leer libros de caballerías mandó al ama que tomase todos los grandes y diese con ellos en el corral. No se dijo a tonta ni a sorda, sino a quien tenía más gana de quemarlos que de echar una tela por grande y delgada que fuera, y asiendo casi ocho de una vez, los arrojó por la ventana. Por tomar muchos juntos se le cayó uno a los pies del barbero, que le tomó gana de ver de quién era y vio que decía Historia del famoso caballero Tirante el Blanco . – J’y consens, » répondit le barbier. Et, sans se fatiguer davantage à feuilleter des livres de chevalerie, le curé dit à la gouvernante de prendre tous les grands volumes et de les jeter à la basse-cour. Il ne parlait ni à sot ni à sourd, mais bien à quelqu’un qui avait plus envie de les brûler que de donner une pièce de toile à faire au tisserand, quelque grande et fine qu’elle pût être. Elle en prit donc sept ou huit d’une seule brassée, et les lança par la fenêtre ; mais voulant trop en prendre à la fois, un d’eux était tombé aux pieds du barbier, qui le ramassa par envie de savoir ce que c’était, et lui trouva pour titre Histoire du fameux chevalier Tirant le Blanc.
-¡Válame Dios!, dijo el cura dando una gran voz, ¿Que aquí esté Tirante el Blanco? Dádmele acá, compadre, que hago cuenta que he hallado en él un tesoro de contento y una mina de pasatiempos. Aquí está don Quirieleisón de Montalbán, valeroso caballero, y su hermano Tomás de Montalbán y el caballero Fonseca , con la batalla que el valiente de Tirante hizo con el alano, y las agudezas de la doncella Placerdemivida, con los amores y embustes de la viuda Reposada , y la señora Emperatriz, enamorada de Hipólito su escudero . Dígoos verdad , señor compadre, que por su estilo es éste el mejor libro del mundo aquí comen los caballeros y duermen y mueren en sus camas y hacen testamento antes de su muerte, con otras cosas de que todos los demás libros deste género carecen. Con todo eso, os digo que merecía el que le compuso, pues no hizo tantas necedades de industria, que le echaran a galeras por todos los días de su vida . Llevadle a casa y leedle, y veréis que es verdad cuanto dél os he dicho. « Bénédiction ! dit le curé en jetant un grand cri ; vous avez là Tirant le Blanc ! Donnez-le vite, compère, car je réponds bien d’avoir trouvé en lui un trésor d’allégresse et une mine de divertissements. C’est là que se rencontrent don Kyrie-Eleison de Montalban, un valeureux chevalier, et son frère Thomas de Montalban, et le chevalier de Fonséca, et la bataille que livra au dogue le valeureux Tirant, et les finesses de la demoiselle Plaisir-de-ma-vie, avec les amours et les ruses de la veuve Reposée[49], et Madame l’impératrice amoureuse d’Hippolyte, son écuyer. Je vous le dis en vérité, seigneur compère, pour le style, ce livre est le meilleur du monde. Les chevaliers y mangent, y dorment, y meurent dans leurs lits, y font leurs testaments avant de mourir, et l’on y conte mille autres choses qui manquent à tous les livres de la même espèce. Et pourtant je vous assure que celui qui l’a composé méritait, pour avoir dit tant de sottises sans y être forcé, qu’on l’envoyât ramer aux galères tout le reste de ses jours[50]. Emportez le livre chez vous, et lisez-le, et vous verrez si tout ce que j’en dis n’est pas vrai.
-Así será, respondió el barbero; pero ¿qué haremos destos pequeños libros que quedan. – Vous serez obéi, répondit le barbier ; mais que ferons-nous de tous ces petits volumes qui restent ?
-Éstos, dijo el cura, no deben de ser de caballerías, sino de poesía; y abriendo uno vio que era La Diana, de Jorge de Montemayor , y dijo (creyendo que todos los demás eran del mismo género). – Ceux-là, dit le curé, ne doivent pas être des livres de chevalerie, mais de poésie. » Il en ouvrit un, et vit que c’était la Diane de Jorge de Montemayor[51]. Croyant qu’ils étaient tous de la même espèce
-Éstos no merecen ser quemados como los demás, porque no hacen ni harán el daño que los de caballerías han hecho; que son libros de entretenimiento sin perjuicio de tercero. « Ceux-ci, dit-il, ne méritent pas d’être brûlés avec les autres ; car ils ne font ni ne feront jamais le mal qu’ont fait ceux de la chevalerie. Ce sont des livres d’innocente récréation, sans danger pour le prochain.
-¡Ay, señor!, dijo la sobrina, bien los puede vuestra merced mandar quemar como a los demás, porque no sería mucho que habiendo sanado mi señor tío de la enfermedad caballeresca, leyendo éstos se le antojase de hacerse pastor y andarse por los bosques y prados cantando y tañendo, y lo que sería peor, hacerse poeta, que según dicen es enfermedad incurable y pegadiza . – Ah ! bon Dieu ! monsieur le curé, s’écria la nièce, vous pouvez bien les envoyer rôtir avec le reste ; car si mon oncle guérit de la maladie de chevalerie errante, en lisant ceux-là il n’aurait qu’à s’imaginer de se faire berger, et de s’en aller par les prés et les bois, chantant et jouant de la musette ; ou bien de se faire poëte, ce qui serait pis encore, car c’est, à ce qu’on dit, une maladie incurable et contagieuse.
-Verdad dice esta doncella, dijo el cura, y será bien quitarle a nuestro amigo este tropiezo y ocasión delante. Y pues comenzamos por La Diana de Montemayor, soy de parecer que no se queme, sino que se le quite todo aquello que trata de la sabia Felicia y de la agua encantada, y casi todos los versos mayores , y quédesele en hora buena la prosa y la hora de ser primero en semejantes libros . – Cette jeune fille a raison, dit le curé, et nous ferons bien d’ôter à notre ami, si facile à broncher, cette occasion de rechute. Puisque nous commençons par la Diane de Montemayor, je suis d’avis qu’on ne la brûle point, mais qu’on en ôte tout ce qui traite de la sage Félicie et de l’Onde enchantée et presque tous les grands vers. Qu’elle reste, j’y consens de bon cœur, avec sa prose et l’honneur d’être le premier de ces sortes de livres.
-Éste que se sigue, dijo el barbero, es La Diana llamada segunda del Salmantino ; y éste otro que tiene el mismo nombre, cuyo autor es Gil Polo . – Celui qui vient après, dit le barbier, est la Diane appelée la seconde du Salmantin ; puis un autre portant le même titre, mais dont l’auteur est Gil Polo.
-Pues la del Salmantino, respondió el cura, acompañe y acreciente el número de los condenados al corral, y la de Gil Polo se guarde como si fuera del mismo Apolo; y pase adelante señor compadre, y démonos prisa, que se va haciendo tarde. – Pour celle du Salmantin[52], répondit le curé, qu’elle aille augmenter le nombre des condamnés de la basse-cour ; et qu’on garde celle de Gil Polo[53] comme si elle était d’Apollon lui-même. Mais passons outre, seigneur compère, et dépêchons-nous, car il se fait tard.
-Este libro es, dijo el barbero abriendo otro; Los diez libros de Fortuna de Amor, compuestos por Antonio de Lofraso , poeta sardo. – Celui-ci, dit le barbier, qui en ouvrait un autre, renferme les Dix livres de Fortune d’amour, composés par Antonio de Lofraso, poëte de Sardaigne[54].
-Por las órdenes que recebí, dijo el cura, que desde que Apolo fue Apolo, y las musas musas, y los poetas poetas, tan gracioso ni tan disparatado libro como ése no se ha compuesto, y que por su camino es el mejor y el más único de cuantos deste género han salido a la luz del mundo; y el que no le ha leído puede hacer cuenta que no ha leído jamás cosa de gusto. Dádmele acá, compadre, que precio más haberle hallado que si me dieran una sotana de raja de Florencia. – Par les ordres que j’ai reçus, s’écria le curé, depuis qu’Apollon est Apollon, les muses des muses et les poëtes des poëtes, jamais on n’a composé livre si gracieux et si extravagant. Dans son espèce, c’est le meilleur et l’unique de tous ceux qui ont paru à la clarté du jour, et qui ne l’a pas lu peut se vanter de n’avoir jamais rien lu d’amusant. Amenez ici, compère, car je fais plus de cas de l’avoir trouvé que d’avoir reçu en cadeau une soutane de taffetas de Florence. »
Púsolo aparte con grandísimo gusto; y el barbero prosiguió diciendo. Et il le mit à part avec une grande joie.
-Estos que se siguen son El Pastor de Iberia , Ninfas de Henares y Desengaños de celos . « Ceux qui suivent, continua le barbier, sont le Pasteur d’Ibérie[55], les Nymphes de Hénarès[56], et les Remèdes à la jalousie[57].
-Pues no hay más que hacer, dijo el cura, sino entregarlos al brazo seglar del ama, y no se me pregunte el porqué, que sería nunca acabar. – Il n’y a rien de mieux à faire, dit le curé, que de les livrer au bras séculier de la gouvernante, et qu’on ne me demande pas le pourquoi, car je n’aurais jamais fini.
-Este que viene es El Pastor de Fílida . – Voici maintenant le Berger de Philida[58].
-No es ése pastor, dijo el cura, sino muy discreto cortesano; guárdese como joya preciosa. – Ce n’est pas un berger, dit le curé, mais bien un sage et ingénieux courtisan. Qu’on le garde comme une relique.
-Este grande que aquí viene se intitula, dijo el barbero Tesoro de varias poesías . – Ce grand-là qui vient ensuite, dit le barbier, s’intitule Trésor de poésies variées[59].
-Como ellas no fueran tantas, dijo el cura, fueran más estimadas menester es que este libro se escarde y limpie de algunas bajezas que entre sus grandezas tiene guárdese, porque su autor es amigo mío, y por respeto de otras más heroicas y levantadas obras que ha escrito. – Si elles étaient moins nombreuses, reprit le curé, elles n’en vaudraient que mieux. Il faut que ce livre soit sarclé, échardonné et débarrassé de quelques bassesses qui nuisent à ses grandeurs. Qu’on le garde pourtant, parce que son auteur est mon ami, et par respect pour ses autres œuvres, plus relevées et plus héroïques.
-Éste es, siguió el barbero, El Cancionero, de López Maldonado . – Celui-ci, continua le barbier, est le Chansonnier de Lopez Maldonado[60].
-También el autor de ese libro, replicó el cura, es grande amigo mío, y sus versos en su boca admiran a quien los oye, y tal es la suavidad de la voz con que los canta, que encanta Algo largo es en las églogas, pero nunca lo bueno fue mucho; guárdese con los escogidos. Pero ¿qué libro es ese que está junto a él. – L’auteur de ce livre, répondit le curé, est encore un de mes bons amis. Dans sa bouche, ses vers ravissent ceux qui les entendent, et telle est la suavité de sa voix, que, lorsqu’il les chante, il enchante. Il est un peu long dans les églogues ; mais ce qui est bon n’est jamais de trop. Qu’on le mette avec les réservés. Mais quel est le livre qui est tout près ?
-La Galatea de Miguel de Cervantes, dijo el barbero. – C’est la Galatée de Miguel de Cervantès, répondit le barbier.
-Muchos años ha que es grande amigo mío ese Cervantes, y sé que es más versado en desdichas que en versos . Su libro tiene algo de buena invención, propone algo, y no concluye nada es menester esperar la segunda parte que promete quizá con la emienda alcanzará del todo la misericordia que ahora se le niega, y entre tanto que esto se ve, tenedle recluso en vuestra posada señor compadre. – Il y a bien des années, reprit le curé, que ce Cervantès est un de mes amis, et je sais qu’il est plus versé dans la connaissance des infortunes que dans celle de la poésie. Son livre ne manque pas d’heureuse invention ; mais il propose et ne conclut rien. Attendons la seconde partie qu’il promet[61] ; peut-être qu’en se corrigeant il obtiendra tout à fait la miséricorde qu’on lui refuse aujourd’hui. En attendant, seigneur compère, gardez-le reclus en votre logis.
-Que me place, respondió el barbero, y aquí vienen tres, todos juntos La Araucana, de don Alonso de Ercilla ; La Austríada, de Juan Rufo , jurado de Córdoba, y El Monserrate , de Cristóbal de Virués, poeta valenciano. – Très-volontiers, répondit maître Nicolas. En voici trois autres qui viennent ensemble. Ce sont l’Araucana de don Alonzo de Ercilla, l’Austriada de Juan Rufo, juré de Cordoue, et le Monserrate de Cristoval de Viruès, poëte valencien.
-Todos esos tres libros, dijo el cura, son los mejores que en verso heroico en lengua castellana están escritos , y pueden competir con los más famosos de Italia; guárdense como las más ricas prendas de poesía que tiene España. – Tous les trois, dit le curé, sont les meilleurs qu’on ait écrits en vers héroïques dans la langue espagnole, et ils peuvent le disputer aux plus fameux d’Italie. Qu’on les garde comme les plus précieux bijoux de poésie que possède l’Espagne.[62] »
Cansóse el cura de ver más libros, y así a carga cerrada quiso que todos los demás se quemasen; pero ya tenía abierto uno el barbero, que se llamaba Las lágrimas de Angélica . Enfin le curé se lassa de manier tant de livres et voulut que, sans plus d’interrogatoire, on jetât tout le reste au feu. Mais le barbier en tenait déjà un ouvert qui s’appelait les Larmes d’Angélique.[63]
-Lloráralas yo, dijo el cura en oyendo el nombre, si tal libro hubiera mandado quemar, porque su autor fue uno de los famosos poetas del mundo, no sólo de España, y fue felicísimo en la tradución de algunas fábulas de Ovidio.
« Ah ! je verserais les miennes, dit le curé, si j’avais fait brûler un tel livre, car son auteur fut un des fameux poëtes, non-seulement de l’Espagne, mais du monde entier, et il a merveilleusement réussi dans la traduction de quelques fables d’Ovide. »