| I. Capítulo XVII. Donde se prosiguen los innumerables trabajos que el bravo don Quijote y su buen escudero Sancho Panza pasaron en la venta que, por su mal, pensó que era castillo . | Chapitre XVII Où se poursuit l’histoire des innombrables travaux qu’eut à supporter le brave don Quichotte avec son bon écuyer Sancho Panza, dans l’hôtellerie qu’il avait crue, pour son malheur, être un château |
| Había ya vuelto en este tiempo de su parasismo don Quijote, y, con el mesmo tono de voz con que el día antes había llamado a su escudero, cuando estaba tendido en el val de las estacas , le comenzó a llamar, diciendo. | Dans cet intervalle, don Quichotte était enfin revenu de son évanouissement ; et, de ce même accent plaintif avec lequel il avait appelé la veille son écuyer, quand il était étendu dans la vallée des Gourdins, il se mit à l’appeler de nouveau : |
| -Sancho amigo, ¿duermes? ¿Duermes, amigo Sancho. | « Sancho, mon ami, dors-tu ? Dors-tu, mon ami Sancho ? |
| -¿Qué tengo de dormir, pesia a mí -respondió Sancho, lleno de pesadumbre y de despecho-; que no parece sino que todos los diablos han andado conmigo esta noche. | – Que diable voulez-vous que je dorme, répondit Sancho, plein de désespoir et de dépit, si tous les démons de l’enfer se sont déchaînés cette nuit contre moi ? |
| -Puédeslo creer ansí, sin duda -respondió don Quijote-, porque, o yo sé poco, o este castillo es encantado . Porque has de saber... Mas, esto que ahora quiero decirte hasme de jurar que lo tendrás secreto hasta después de mi muerte. | – Ah ! tu peux bien le croire en effet, reprit don Quichotte ; car, ou je ne sais pas grand’chose, ou ce château est enchanté. Il faut que tu saches… Mais, avant de parler, je veux que tu me jures que tu tiendras secret ce que je vais te dire, jusqu’après ma mort. |
| -Sí juro -respondió Sancho. | – Oui, je le jure, répondit Sancho. |
| -Dígolo -replicó don Quijote-, porque soy enemigo de que se quite la honra a nadie. | – Je te demande ce serment, reprit don Quichotte, parce que je hais de faire tort à l’honneur de personne. |
| -Digo que sí juro -tornó a decir Sancho- que lo callaré hasta después de los días de vuestra merced, y plega a Dios que lo pueda descubrir mañana. | – Puisque je vous dis que je le jure, répéta Sancho, et que je tairai la chose jusqu’à la fin de vos jours ! Mais plût à Dieu que je pusse la découvrir dès demain ! |
| -¿Tan malas obras te hago, Sancho -respondió don Quijote-, que me querrías ver muerto con tanta brevedad. | – Est-ce que je me conduis si mal envers toi, Sancho, répondit don Quichotte, que tu veuilles me voir sitôt trépassé ? |
| -No es por eso -respondió Sancho-, sino porque soy enemigo de guardar mucho las cosas, y no querría que se me pudriesen de guardadas. | – Ce n’est pas pour cela, répliqua Sancho, c’est que je n’aime pas garder beaucoup les secrets : je craindrais qu’ils ne se pourrissent dans mon estomac d’être trop gardés. |
| -Sea por lo que fuere -dijo don Quijote-; que más fío de tu amor y de tu cortesía; y así, has de saber que esta noche me ha sucedido una de las más estrañas aventuras que yo sabré encarecer; y, por contártela en breve, sabrás que poco ha que a mí vino la hija del señor deste castillo, que es la más apuesta y fermosa doncella que en gran parte de la tierra se puede hallar. ¿Qué te podría decir del adorno de su persona? ¿Qué de su gallardo entendimiento? ¿Qué de otras cosas ocultas, que, por guardar la fe que debo a mi señora Dulcinea del Toboso, dejaré pasar intactas y en silencio? Sólo te quiero decir que, envidioso el cielo de tanto bien como la ventura me había puesto en las manos, o quizá, y esto es lo más cierto, que, como tengo dicho, es encantado este castillo, al tiempo que yo estaba con ella en dulcísimos y amorosísimos coloquios , sin que yo la viese ni supiese por dónde venía, vino una mano pegada a algún brazo de algún descomunal gigante y asentóme una puñada en las quijadas, tal, que las tengo todas bañadas en sangre; y después me molió de tal suerte que estoy peor que ayer cuando los gallegos, que, por demasías de Rocinante, nos hicieron el agravio que sabes. Por donde conjeturo que el tesoro de la fermosura desta doncella le debe de guardar algún encantado moro, y no debe de ser para mí. | – Que ce soit pour une raison ou pour une autre, reprit don Quichotte, je me confierai plus encore à ton affection et à ta courtoisie. Eh bien ! sache donc qu’il m’est arrivé cette nuit une des plus étranges aventures dont je puisse tirer gloire ; et, pour te la conter le plus brièvement possible, tu sauras qu’il y a peu d’instants je vis venir près de moi la fille du seigneur de ce château, qui est bien la plus accorte et la plus ravissante damoiselle qu’on puisse trouver sur une grande partie de la terre. Que pourrais-je te dire des charmes de sa personne, des grâces de son esprit, et d’autres attraits cachés que, pour garder la foi que je dois à ma dame Dulcinée du Toboso, je laisserai passer sans y toucher, et sans en rien dire ! Je veux te dire seulement que, le ciel se trouvant envieux du bonheur extrême que m’envoyait la fortune, ou peut-être, ce qui est plus certain, ce château, comme je viens de dire, étant enchanté, au moment où j’étais avec elle dans le plus doux, le plus tendre et le plus amoureux entretien, voilà que, sans que je la visse, ou sans que susse d’où elle venait, une main qui pendait au bras de quelque géant démesuré m’assena un si grand coup de poing sur les mâchoires, qu’elles sont encore toutes baignées de sang ; puis ensuite le géant me battit et me moulut de telle sorte, que je suis en pire état qu’hier, lorsque les muletiers, à propos de l’incontinence de Rossinante, nous firent l’affront que tu sais bien. D’où je conjecture que le trésor de la beauté de cette damoiselle doit être confié à la garde de quelque More enchanté, et qu’il n’est pas réservé pour moi. |
| -Ni para mí tampoco -respondió Sancho-, porque más de cuatrocientos moros me han aporreado a mí, de manera que el molimiento de las estacas fue tortas y pan pintado . Pero dígame, señor, ¿cómo llama a ésta buena y rara aventura, habiendo quedado della cual quedamos? Aun vuestra merced menos mal, pues tuvo en sus manos aquella incomparable fermosura que ha dicho, pero yo, ¿qué tuve sino los mayores porrazos que pienso recebir en toda mi vida? ¡Desdichado de mí y de la madre que me parió, que ni soy caballero andante, ni lo pienso ser jamás, y de todas las malandanzas me cabe la mayor parte. | – Ni pour moi non plus, s’écria Sancho ; car plus de quatre cents Mores m’ont tanné la peau de telle manière que la mouture d’hier sous les gourdins n’était que pain bénit en comparaison. Mais dites-moi, seigneur, comment appelez-vous belle et rare cette aventure qui nous laisse dans l’état où nous sommes ? Encore, pour Votre Grâce, le mal n’a pas été si grand, puisqu’elle a tenu dans ses bras cette incomparable beauté. Mais moi, qu’ai-je attrapé, bon Dieu, sinon les plus effroyables gourmades que je pense recevoir en toute ma vie ? Malheur à moi et à la mère qui m’a mis au monde ! Je ne suis pas chevalier errant, et je n’espère jamais le devenir ; et de toutes les mauvaises rencontres j’attrape la meilleure part ! |
| -Luego, ¿también estás tú aporreado? -respondió don Quijote. | – Comment, on t’a donc aussi gourmé ? demanda don Quichotte. |
| -¿No le he dicho que sí, pesia a mi linaje? -dijo Sancho. | – Qu’il en cuise à ma race ! s’écria Sancho ; qu’est-ce que je viens donc de vous dire ? |
| -No tengas pena, amigo -dijo don Quijote-, que yo haré agora el bálsamo precioso con que sanaremos en un abrir y cerrar de ojos. | – Ne te mets pas en peine, ami, reprit don Quichotte ; je vais préparer tout à l’heure le baume précieux avec lequel nous guérirons en un clin d’œil. » |
| Acabó en esto de encender el candil el cuadrillero, y entró a ver el que pensaba que era muerto; y, así como le vio entrar Sancho, viéndole venir en camisa y con su paño de cabeza y candil en la mano, y con una muy mala cara, preguntó a su amo. | En ce moment, l’archer de la Sainte-Hermandad, qui venait d’allumer sa lampe, rentra pour visiter celui qu’il pensait avoir été tué. Quand Sancho le vit entrer, en chemise, un mouchoir roulé sur la tête, sa lampe à la main, et, pardessus le marché, ayant une figure d’hérétique, il demanda à son maître : |
| -Señor, ¿si será éste, a dicha, el moro encantado , que nos vuelve a castigar, si se dejó algo en el tintero? | « Seigneur, ne serait-ce pas là, par hasard, le More enchanté qui revient achever la danse, si les mains et les pieds lui démangent encore ? |
| -No puede ser el moro -respondió don Quijote-, porque los encantados no se dejan ver de nadie. | – Non, répondit don Quichotte, ce ne peut être le More, car les enchantés ne se font voir de personne. |
| -Si no se dejan ver, déjanse sentir -dijo Sancho-; si no, díganlo mis espaldas. | – Ma foi, reprit Sancho, s’ils ne se font pas voir, ils se font bien sentir ; sinon, qu’on en demande des nouvelles à mes épaules. |
| -También lo podrían decir las mías -respondió don Quijote-, pero no es bastante indicio ése para creer que este que se vee sea el encantado moro. | – Les miennes pourraient en donner aussi, répondit don Quichotte ; mais ce n’est pas un indice suffisant pour croire que celui que nous voyons soit le More enchanté. » |
| Llegó el cuadrillero, y, como los halló hablando en tan sosegada conversación, quedó suspenso. Bien es verdad que aún don Quijote se estaba boca arriba, sin poderse menear, de puro molido y emplastado. Llegó se a él el cuadrillero y díjole: | L’archer s’approcha, et, le trouvant en si tranquille conversation, s’arrêta tout surpris. Il est vrai que don Quichotte était encore la bouche en l’air, sans pouvoir bouger, de ses coups et de ses emplâtres. L’archer vint à lui. |
| -Pues, ¿cómo va, buen hombre?. | « Eh bien, dit-il, comment vous va, bonhomme ? |
| -Hablara yo más bien criado -respondió don Quijote-, si fuera que vos. ¿Úsase en esta tierra hablar desa suerte a los caballeros andantes, majadero. | – Je parlerais plus courtoisement, reprit don Quichotte, si j’étais à votre place. Est-il d’usage, dans ce pays, de parler ainsi aux chevaliers errants, malotru ? » |
| El cuadrillero, que se vio tratar tan mal de un hombre de tan mal parecer, no lo pudo sufrir, y, alzando el candil con todo su aceite, dio a don Quijote con él en la cabeza, de suerte que le dejó muy bien descalabrado; y, como todo quedó ascuras, salióse luego; y Sancho Panza dijo. | L’archer, qui s’entendit traiter de la sorte par un homme de si pauvre mine, ne put souffrir son arrogance ; et, levant la lampe qu’il tenait à la main, il l’envoya avec toute son huile sur la tête de don Quichotte, qui en fut à demi trépané ; puis, laissant tout dans les ténèbres, il s’enfuit aussitôt. |
| -Sin duda, señor, que éste es el moro encantado, y debe de guardar el tesoro para otros, y para nosotros sólo guarda las puñadas y los candilazos. | « Sans aucun doute, seigneur, dit Sancho Panza, c’est bien là le More enchanté : il doit garder le trésor pour d’autres ; mais pour nous, il ne garde que les coups de poing et les coups de lampe. |
| -Así es -respondió don Quijote-, y no hay que hacer caso destas cosas de encantamentos, ni hay para qué tomar cólera ni enojo con ellas; que, como son invisibles y fantásticas, no hallaremos de quién vengarnos, aunque más lo procuremos. Levántate, Sancho, si puedes, y llama al alcaide desta fortaleza, y procura que se me dé un poco de aceite, vino, sal y romero para hacer el salutífero bálsamo; que en verdad que creo que lo he bien menester ahora, porque se me va mucha sangre de la herida que esta fantasma me ha dado. | – Ce doit être ainsi, répondit don Quichotte ; mais il ne faut faire aucun cas de tous ces enchantements, ni prendre contre eux dépit ou colère : comme ce sont des êtres invisibles et fantastiques, nous chercherions vainement de qui nous venger. Lève-toi, Sancho, si tu peux ; appelle le commandant de cette forteresse, et fais en sorte qu’il me donne un peu d’huile, de vin, de sel et de romarin, pour en composer le baume salutaire. En vérité, je crois que j’en ai grand besoin maintenant, car je perds beaucoup de sang par la blessure que m’a faite ce fantôme. » |
| Levántose Sancho con harto dolor de sus huesos, y fue ascuras donde estaba el ventero; y, encontrándose con el cuadrillero, que estaba escuchando en qué paraba su enemigo, le dijo. | Sancho se leva, non sans douleur de la moelle de ses os, et s’en fut à tâtons chercher l’hôte ; et, rencontrant sur son chemin l’archer, qui s’était arrêté près de la porte, inquiet de savoir ce que devenait son ennemi blessé : |
| -Señor, quien quiera que seáis , hacednos merced y beneficio de darnos un poco de romero, aceite, sal y vino, que es menester para curar uno de los mejores caballeros andantes que hay en la tierra, el cual yace en aquella cama, malferido por las manos del encantado moro que está en esta venta. | « Seigneur, lui dit-il, qui que vous soyez, faites-nous la grâce et la charité de nous donner un peu de romarin, d’huile, de vin et de sel, dont nous avons besoin pour panser un des meilleurs chevaliers errants qu’il y ait sur toute la surface de la terre, lequel gît à présent dans ce lit, grièvement blessé par les mains du More enchanté qui habite cette hôtellerie. » |
| Cuando el cuadrillero tal oyó, túvole por hombre falto de seso; y, porque ya comenzaba a amanecer, abrió la puerta de la venta, y, llamando al ventero, le dijo lo que aquel buen hombre quería. El ventero le proveyó de cuanto quiso, y Sancho se lo llevó a don Quijote, que estaba con las manos en la cabeza, quejándose del dolor del candilazo, que no le había hecho más mal que levantarle dos chichones algo crecidos, y lo que él pensaba que era sangre no era sino sudor que sudaba con la congoja de la pasada tormenta. | Quand l’archer entendit de semblables propos, il prit Sancho pour un cerveau timbré ; mais, le jour commençant à poindre, il alla ouvrir la porte de l’hôtellerie, et appela l’hôte pour lui dire ce que ce bonhomme voulait. L’hôte pourvut Sancho de toutes les provisions qu’il était venu chercher, et celui-ci les porta bien vite à don Quichotte, qu’il trouva la tête dans ses deux mains, se plaignant du mal que lui avait causé le coup de lampe, qui ne lui en avait causé d’autre pourtant que de lui faire pousser au front deux bosses assez renflées ; car ce qu’il prenait pour du sang n’était que l’huile de la lampe mêlée à la sueur qu’avaient fait couler de son front les angoisses de la tempête passée. |
| En resolución, él tomó sus simples, de los cuales hizo un compuesto, mezclándolos todos y cociéndolos un buen espacio , hasta que le pareció que estaban en su punto. Pidió luego alguna redoma para echallo, y, como no la hubo en la venta, se resolvió de ponello en una alcuza o aceitera de hoja de lata, de quien el ventero le hizo grata donación . Y luego dijo sobre la alcuza más de ochenta paternostres y otras tantas avemarías, salves y credos, y a cada palabra acompañaba una cruz, a modo de bendición; a todo lo cual se hallaron presentes Sancho, el ventero y cuadrillero; que ya el arriero sosegadamente andaba entendiendo en el beneficio de sus machos. | Finalement, il prit ses drogues, les mêla dans une marmite et les fit bouillir sur le feu jusqu’à ce qu’il lui semblât qu’elles fussent à leur point de cuisson. Il demanda ensuite quelque fiole pour y verser cette liqueur ; mais, comme on n’en trouva point dans toute l’hôtellerie, il se décida à la mettre dans une burette d’huile en fer-blanc, dont l’hôte lui fit libéralement donation. Puis il récita sur la burette plus de quatre-vingts Pater noster, autant d’Ave Maria, de Salve et de Credo, accompagnant chaque parole d’un signe de croix en manière de bénédiction. À cette cérémonie se trouvaient présents Sancho, l’hôte et l’archer, car le muletier avait repris paisiblement le soin et le gouvernement de ses mulets. |
| Hecho esto, quiso él mesmo hacer luego la esperiencia de la virtud de aquel precioso bálsamo que él se imaginaba; y así, se bebió, de lo que no pudo caber en la alcuza y quedaba en la olla donde se había cocido, casi media azumbre; y apenas lo acabó de beber, cuando comenzó a vomitar de manera que no le quedó cosa en el estómago; y con las ansias y agitación del vómito le dio un sudor copiosísimo, por lo cual mandó que le arropasen y le dejasen solo. Hiciéronlo ansí, y quedóse dormido más de tres horas, al cabo de las cuales despertó y se sintió aliviadísimo del cuerpo, y en tal manera mejor de su quebrantamiento que se tuvo por sano; y verdaderamente creyó que había acertado con el bálsamo de Fierabrás, y que con aquel remedio podía acometer desde allí adelante, sin temor alguno, cualesquiera ruinas , batallas y pendencias, por peligrosas que fuesen. | Cela fait, don Quichotte voulut aussitôt expérimenter par lui-même la vertu de ce baume, qu’il s’imaginait si précieux. Il en but donc, de ce qui n’avait pu tenir dans la burette et qui restait encore dans la marmite où il avait bouilli, plus d’une bonne demi-pinte. Mais à peine eut-il fini de boire qu’il commença de vomir, de telle manière qu’il ne lui resta rien au fond de l’estomac ; et les angoisses du vomissement lui causant, en outre, une sueur abondante, il demanda qu’on le couvrît bien dans son lit et qu’on le laissât seul. On lui obéit, et il dormit paisiblement plus de trois grandes heures, au bout desquelles il se sentit, en s’éveillant, le corps tellement soulagé et les reins si bien remis de leur foulure, qu’il se crut entièrement guéri ; ce qui, pour le coup, lui fit penser qu’il avait vraiment trouvé la recette du baume de Fierabras, et qu’avec un tel remède il pouvait désormais affronter sans crainte toute espèce de rencontres, de querelles et de batailles, quelque périlleuses qu’elles fussent. |
| Sancho Panza, que también tuvo a milagro la mejoría de su amo, le rogó que le diese a él lo que quedaba en la olla, que no era poca cantidad. Concedióselo don Quijote, y él, tomándola a dos manos, con buena fe y mejor talante, se la echó a pechos, y envasó bien poco menos que su amo. Es, pues, el caso que el estómago del pobre Sancho no debía de ser tan delicado como el de su amo, y así, primero que vomitase, le dieron tantas ansias y bascas, con tantos trasudores y desmayos que él pensó bien y verdaderamente que era llegada su última hora; y, viéndose tan afligido y congojado, maldecía el bálsamo y al ladrón que se lo había dado. Viéndole así don Quijote, le dijo. | Sancho Panza, tenant aussi à miracle le soulagement de son maître, le pria de lui laisser prendre ce qui restait dans la marmite, et qui n’était pas une faible dose. Don Quichotte le lui abandonna, et Sancho, prenant le pot à deux anses de la meilleure foi du monde, comme de la meilleure grâce, s’en versa dans le gosier presque autant que son maître. Or, il arriva que l’estomac du pauvre Sancho n’avait pas sans doute toute la délicatesse de celui de son seigneur ; car, avant de vomir, il fut tellement pris de sueurs froides, de nausées, d’angoisses et de haut-le-cœur, qu’il pensa bien véritablement que sa dernière heure était venue ; et, dans son affliction, il maudissait, non-seulement le baume, mais le gredin qui le lui avait fait prendre. Don Quichotte, le voyant en cet état, lui dit gravement : |
| -Yo creo, Sancho, que todo este mal te viene de no ser armado caballero , porque tengo para mí que este licor no debe de aprovechar a los que no lo son. | « Je crois, Sancho, que tout ce mal te vient de ce que tu n’es pas armé chevalier, car j’ai l’opinion que cette liqueur ne doit pas servir à ceux qui ne le sont pas. |
| -Si eso sabía vuestra merced -replicó Sancho-, ¡mal haya yo y toda mi parentela!, ¿para qué consintió que lo gustase. | – Malédiction sur moi et sur toute ma race ! s’écria Sancho ; si Votre Grâce savait cela d’avance, pourquoi donc me l’a-t-elle seulement laissé goûter ? » |
| En esto, hizo su operación el brebaje, y comenzó el pobre escudero a desaguarse por entrambas canales, con tanta priesa que la estera de enea, sobre quien se había vuelto a echar, ni la manta de anjeo con que se cubría, fueron más de provecho. Sudaba y trasudaba con tales parasismos y accidentes, que no solamente él, sino todos pensaron que se le acababa la vida. Duróle esta borrasca y mala andanza casi dos horas, al cabo de las cuales no quedó como su amo, sino tan molido y quebrantado que no se podía tener. | En ce moment, le breuvage fit enfin son opération, et le pauvre écuyer commença à se vider par les deux bouts, avec tant de hâte et si peu de relâche, que la natte de jonc sur laquelle il s’était recouché, et la couverture de toile à sac qui le couvrait furent à tout jamais mises hors de service. Il faisait, cependant, de tels efforts et souffrait de telles convulsions, que non-seulement lui, mais tous les assistants, crurent qu’il y laisserait la vie. Cette bourrasque et ce danger durèrent presque deux heures, au bout desquelles il ne se trouva pas soulagé comme son maître, mais, au contraire, si fatigué et si rompu, qu’il ne pouvait plus se soutenir. |
| Pero don Quijote, que, como se ha dicho, se sintió aliviado y sano, quiso partirse luego a buscar aventuras, pareciéndole que todo el tiempo que allí se tardaba era quitársele al mundo y a los en él menesterosos de su favor y amparo; y más con la seguridad y confianza que llevaba en su bálsamo. Y así, forzado deste deseo, él mismo ensilló a Rocinante y enalbardó al jumento de su escudero, a quien también ayudó a vestir y a subir en el asno. Púsose luego a caballo, y, llegándose a un rincón de la venta, asió de un lanzón que allí estaba, para que le sirviese de lanza. | Mais don Quichotte, qui se sentait, comme on l’a dit, guéri radicalement, voulut aussitôt se remettre en route à la recherche des aventures ; car il lui semblait que tout le temps qu’il perdait en cet endroit, c’était le faire perdre au monde et aux malheureux qui attendaient son secours, surtout joignant à cette habituelle pensée la confiance qu’il mettait désormais en son baume. Aussi, dans son impatient désir, il mit lui-même la selle à Rossinante, le bât à l’âne de Sancho ; puis aida Sancho à se hisser sur l’âne, après l’avoir aidé à se vêtir. Ayant ensuite enfourché son cheval, il s’avança dans un coin de la cour de l’hôtellerie, et prit une pique de messier qui était là pour qu’elle lui servît de lance. |
| Estábanle mirando todos cuantos había en la venta, que pasaban de más de veinte personas ; mirábale también la hija del ventero, y él también no quitaba los ojos della , y de cuando en cuando arrojaba un sospiro que parecía que le arrancaba de lo profundo de sus entrañas, y todos pensaban que debía de ser del dolor que sentía en las costillas; a lo menos, pensábanlo aquellos que la noche antes le habían visto bizmar. | Tous les gens qui se trouvaient dans l’hôtellerie, et leur nombre passait vingt personnes, s’étaient mis à le regarder. La fille de l’hôte le regardait aussi, et lui ne cessait de tenir les yeux sur elle, jetant de temps à autre un soupir qu’il tirait du fond de ses entrailles ; mais tout le monde croyait que c’était la douleur qui le lui arrachait, ceux du moins qui l’avaient vu graisser et emplâtrer la veille. |
| Ya que estuvieron los dos a caballo, puesto a la puerta de la venta, llamó al ventero, y con voz muy reposada y grave le dijo. | Dès qu’ils furent tous deux à cheval, don Quichotte, s’arrêtant à la porte de la maison, appela l’hôtelier, et lui dit d’une voix grave et posée : |
| -Muchas y muy grandes son las mercedes, señor alcaide, que en este vuestro castillo he recebido , y quedo obligadísimo a agradecéroslas todos los días de mi vida. Si os las puedo pagar en haceros vengado de algún soberbio que os haya fecho algún agravio, sabed que mi oficio no es otro sino valer a los que poco pueden, y vengar a los que reciben tuertos, y castigar alevosías. Recorred vuestra memoria, y si halláis alguna cosa deste jaez que encomendarme, no hay sino decilla; que yo os prometo, por la orden de caballero que recebí, de faceros satisfecho y pagado a toda vuestra voluntad. | « Grandes et nombreuses, seigneur châtelain, sont les grâces que j’ai reçues dans votre château, et je suis étroitement obligé à vous en être reconnaissant tous les jours de ma vie. Si je puis les reconnaître et les payer en tirant pour vous vengeance de quelque orgueilleux qui vous ait fait quelque outrage, sachez que ma profession n’est pas autre que de secourir ceux qui sont faibles, de venger ceux qui reçoivent des offenses, et de châtier les félonies. Consultez donc votre mémoire, et, si vous trouvez quelque chose de cette espèce à me recommander, vous n’avez qu’à le dire, et je vous promets, par l’ordre de chevalerie que j’ai reçu, que vous serez pleinement quitte et satisfait. » |
| El ventero le respondió con el mesmo sosiego. | L’hôte lui répondit avec le même calme et la même gravité : |
| -Señor caballero, yo no tengo necesidad de que vuestra merced me vengue ningún agravio, porque yo sé tomar la venganza que me parece, cuando se me hacen. Sólo he menester que vuestra merced me pague el gasto que esta noche ha hecho en la venta, así de la paja y cebada de sus dos bestias, como de la cena y camas. | « Je n’ai nul besoin, seigneur chevalier, que Votre Grâce me venge d’aucun affront ; car, lorsque j’en reçois, je sais bien moi-même en tirer vengeance. J’ai seulement besoin que Votre Grâce me paye la dépense qu’elle a faite cette nuit dans l’hôtellerie, aussi bien de la paille et de l’orge données à ses deux bêtes que des lits et du souper. |
| -Luego, ¿venta es ésta? -replicó don Quijote. | – Comment ! c’est donc une hôtellerie ? s’écria don Quichotte. |
| -Y muy honrada -respondió el ventero. | – Et de très-bon renom, répondit l’hôtelier. |
| -Engañado he vivido hasta aquí -respondió don Quijote-, que en verdad que pensé que era castillo, y no malo; pero, pues es ansí que no es castillo sino venta, lo que se podrá hacer por agora es que perdonéis por la paga , que yo no puedo contravenir a la orden de los caballeros andantes, de los cuales sé cierto, sin que hasta ahora haya leído cosa en contrario , que jamás pagaron posada ni otra cosa en venta donde estuviesen, porque se les debe de fuero y de derecho cualquier buen acogimiento que se les hiciere, en pago del insufrible trabajo que padecen buscando las aventuras de noche y de día, en invierno y en verano, a pie y a caballo, con sed y con hambre, con calor y con frío, sujetos a todas las inclemencias del cielo y a todos los incómodos de la tierra. | – En ce cas, reprit don Quichotte, j’ai vécu jusqu’ici dans l’erreur ; car, en vérité, j’ai pensé que c’était un château, et non des plus mauvais. Mais, puisque c’est une hôtellerie et non point un château, ce qu’il y a de mieux à faire pour le moment, c’est que vous renonciez au payement de l’écot ; car je ne puis contrevenir à la règle des chevaliers errants, desquels je sais de science certaine, sans avoir jusqu’à ce jour lu chose contraire, que jamais aucun d’eux ne paya logement, nourriture, ni dépense d’auberge. En effet, on leur doit, par droit et privilège spécial, bon accueil partout où ils se présentent, en récompense des peines insupportables qu’ils se donnent pour chercher les aventures de nuit et de jour, en hiver et en été, à pied et à cheval, avec la soif et la faim, sous le chaud et le froid, sujets enfin à toutes les inclémences du ciel et à toutes les incommodités de la terre. |
| -Poco tengo yo que ver en eso -respondió el ventero-; págueseme lo que se me debe, y dejémonos de cuentos ni de caballerías, que yo no tengo cuenta con otra cosa que con cobrar mi hacienda. | – Je n’ai rien à voir là dedans, répondit l’hôtelier : qu’on me paye ce qu’on me doit, et trêve de chansons : tout ce qui m’importe, c’est de faire mon métier et de recouvrer mon bien. |
| -Vos sois un sandio y mal hostalero -respondió don Quijote. | – Vous êtes un sot et un méchant gargotier, » repartit don Quichotte ; |
| Y, poniendo piernas al Rocinante y ter ciando su lanzón, se salió de la venta sin que nadie le detuviese, y él, sin mirar si le seguía su escudero, se alongó un buen trecho. | puis, piquant des deux à Rossinante, et croisant sa pique, il sortit de l’hôtellerie sans que personne le suivît ; et, sans voir davantage si son écuyer le suivait, il gagna champ à quelque distance. |
| El ventero, que le vio ir y que no le pagaba, acudió a cobrar de Sancho Panza , el cual dijo que, pues su señor no había querido pagar, que tampoco él pagaría; porque, siendo él escudero de caballero andante, como era, la mesma regla y razón corría por él como por su amo en no pagar cosa alguna en los mesones y ventas. Amohinóse mucho desto el ventero, y amenazóle que si no le pagaba, que lo cobraría de modo que le pesase. A lo cual Sancho respondió que, por la ley de caballería que su amo había recebido, no pagaría un solo cornado , aunque le costase la vida; porque no había de perder por él la buena y antigua usanza de los caballeros andantes, ni se habían de quejar dél los escuderos de los tales que estaban por venir al mundo, reprochándole el quebrantamiento de tan justo fuero. | L’hôtelier, voyant qu’il s’en allait et ne le payait point, vint réclamer son dû à Sancho Panza, lequel répondit que, puisque son maître n’avait pas voulu payer, il ne le voulait pas davantage ; et qu’étant écuyer de chevalier errant, il devait jouir du même bénéfice que son maître pour ne payer aucune dépense dans les auberges et hôtelleries. L’hôte eut beau se fâcher, éclater, et menacer, s’il ne le payait pas, de lui faire rendre gorge d’une façon qui lui en cuirait, Sancho jura, par la loi de chevalerie qu’avait reçue son maître, qu’il ne payerait pas un maravédi, dût-il lui en coûter la vie. « Car, disait-il, ce n’est point par mon fait que doit se perdre cette antique et excellente coutume des chevaliers errants, et je ne veux pas que les écuyers de ceux qui sont à venir au monde aient à se plaindre de moi pour me reprocher la violation d’un si juste privilège » |
| Quiso la mala suerte del desdichado Sancho que, entre la gente que estaba en la venta, se hallasen cuatro perailes de Segovia , tres agujeros del Potro de Córdoba y dos vecinos de la Heria de Sevilla, gente alegre, bien intencionada, maleante y juguetona, los cuales, casi como instigados y movidos de un mesmo espíritu, se llegaron a Sancho, y, apeándole del asno, uno dellos entró por la manta de la cama del huésped, y, echándole en ella, alzaron los ojos y vieron que el techo era algo más bajo de lo que habían menester para su obra, y determinaron salirse al corral, que tenía por límite el cielo. Y allí, puesto Sancho en mitad de la manta, comen zaron a levantarle en alto y a holgarse con él como con perro por carnestolendas . | La mauvaise étoile de l’infortuné Sancho voulut que, parmi les gens qui avaient couché dans l’hôtellerie, se trouvassent quatre drapiers de Ségovie, trois merciers de Cordoue et deux marchands forains de Séville, tous bons diables et bons vivants, aimant les niches et la plaisanterie. Ces neuf gaillards, comme poussés d’un même esprit, s’approchèrent de Sancho, le firent descendre de son âne, et, l’un d’eux ayant couru chercher la couverture du lit de l’hôtesse, on jeta dedans le pauvre écuyer. Mais, en levant les yeux, ils s’aperçurent que le plancher du portail était trop bas pour leur besogne. Ils résolurent donc de sortir dans la basse-cour, qui n’avait d’autre toit que le ciel ; et là, ayant bien étendu Sancho sur la couverture, ils commencèrent à l’envoyer voltiger dans les airs, se jouant de lui comme on fait d’un chien dans le temps du carnaval[110]. |
| Las voces que el mísero manteado daba fueron tantas, que llegaron a los oídos de su amo; el cual, determinándose a escuchar atentamente, creyó que alguna nueva aventura le venía, hasta que claramente conoció que el que gritaba era su escudero; y, volviendo las riendas, con un penado galope llegó a la venta, y, hallándola cerrada, la rodeó por ver si hallaba por donde entrar; pero no hubo llegado a las paredes del corral, que no eran muy altas, cuando vio el mal juego que se le hacía a su escudero. Viole bajar y subir por el aire, con tanta gracia y presteza que, si la cólera le dejara, tengo para mí que se riera. Probó a subir desde el caballo a las bardas, pero estaba tan molido y quebrantado que aun apearse no pudo; y así, desde encima del caballo, comenzó a decir tantos denuestos y baldones a los que a Sancho manteaban, que no es posible acertar a escribillos; mas no por esto cesaban ellos de su risa y de su obra, ni el volador Sancho dejaba sus quejas, mezcladas ya con amenazas, ya con ruegos; mas todo aprovechaba poco, ni aprovechó, hasta que de puro cansados le dejaron. Trujéronle allí su asno, y, subiéndole encima, le arroparon con su gabán. Y la compasiva de Maritornes, viéndole tan fatigado, le pareció ser bien socorrelle con un jarro de agua, y así, se le trujo del pozo, por ser más frío. Tomóle Sancho, y llevándole a la boca, se paró a las voces que su amo le daba, diciendo. | Les cris que poussait le malheureux berné étaient si perçants, qu’ils arrivèrent jusqu’aux oreilles de son maître, lequel, s’arrêtant pour écouter avec attention, crut d’abord qu’il lui arrivait quelque nouvelle aventure ; mais il reconnut bientôt que c’était son écuyer qui jetait ces cris affreux. Tournant bride aussitôt, il revint de tout le pesant galop de son cheval à l’hôtellerie, et, la trouvant fermée, il en fit le tour pour voir s’il ne rencontrerait pas quelque passage. Mais il ne fut pas plutôt arrivé devant les murs de la cour, qui n’étaient pas fort élevés, qu’il aperçut le mauvais jeu qu’on faisait jouer à son écuyer. Il le vit monter et descendre à travers les airs, avec tant de grâce et d’agilité, que, si la colère ne l’eût suffoqué, je suis sûr qu’il aurait éclaté de rire. Il essaya de grimper de son cheval sur le mur ; mais il était si moulu et si harassé, qu’il ne put pas seulement mettre pied à terre. Ainsi, du haut de son cheval, il commença à proférer tant d’injures et de défis à ceux qui bernaient Sancho, qu’il n’est pas possible de parvenir à les rapporter. Mais, en dépit de ses malédictions, les berneurs ne cessaient ni leur besogne ni leurs éclats de rire, et le voltigeur Sancho ne cessait pas non plus ses lamentations, qu’il entremêlait tantôt de menaces et tantôt de prières ; rien n’y faisait, et rien n’y fit, jusqu’à ce qu’ils l’eussent laissé de pure lassitude. On lui ramena son âne, et l’ayant remis dessus, on le couvrit bien de son petit manteau. Le voyant si harassé, la compatissante Maritornes crut lui devoir le secours d’une cruche d’eau, et l’alla tirer du puits pour qu’elle fût plus fraîche. Sancho prit la cruche, et l’approcha de ses lèvres ; mais il s’arrêta aux cris de son maître, qui lui disait : |
| -¡Hijo Sancho, no bebas agua! ¡Hijo, no la bebas, que te matará! ¿Ves? Aquí tengo el santísimo bálsamo -y enseñábale la alcuza del brebaje-, que con dos gotas que dél bebas sanarás sin duda. | « Sancho, mon fils, ne bois pas de cette eau ; n’en bois pas, mon enfant, elle te tuera. Vois-tu, j’ai ici le très-saint baume (et il lui montrait sa burette) ; avec deux gouttes que tu boiras, tu seras guéri sans faute. » |
| A estas voces volvió Sancho los ojos, como de través, y dijo con otras mayores: | À ces cris, Sancho tourna les yeux tant soit peu de travers, et répondit en criant plus fort : |
| -¿Por dicha hásele olvidado a vuestra merced como yo no soy caballero, o quiere que acabe de vomitar las entrañas que me quedaron de anoche? Guárdese su licor con todos los diablos y déjeme a mí. | « Est-ce que, par hasard, Votre Grâce oublie déjà que je ne suis pas chevalier, et veut-elle que j’achève de vomir le peu d’entrailles qui me restent d’hier soir ? Gardez votre liqueur, de par tous les diables ! et laissez-moi tranquille. » |
| Y el acabar de decir esto y el comenzar a beber todo fue uno; mas, como al primer trago vio que era agua, no quiso pasar adelante, y rogó a Maritornes que se le trujese de vino, y así lo hizo ella de muy buena voluntad, y lo pagó de su mesmo dinero; porque, en efecto, se dice della que, aunque estaba en aquel trato, tenía unas sombras y lejos de cristiana. | Achever de dire ces mots et commencer de boire, ce fut tout un ; mais voyant, à la première gorgée, que c’était de l’eau, il ne voulut pas continuer, et pria Maritornes de lui apporter du vin, ce qu’elle fit aussitôt de très-bonne grâce, et même elle le paya de sa poche ; car on dit d’elle, en effet, que quoiqu’elle fût réduite à cet état, elle avait encore quelque ombre éloignée de vertu chrétienne. |
| Así como bebió Sancho, dio de los carcaños a su asno, y, abriéndole la puerta de la venta de par en par , se salió della, muy contento de no haber pagado nada y de haber salido con su intención, aunque había sido a costa de sus acostumbrados fiadores, que eran sus espaldas. Verdad es que el ventero se quedó con sus alforjas en pago de lo que se le debía; mas Sancho no las echó menos, según salió turbado . Quiso el ventero atrancar bien la puerta así como le vio fuera, mas no lo consintieron los manteadores, que eran gente que, aunque don Quijote fuera verdaderamente de los caballeros andantes de la Tabla Redonda, no le estimaran en dos ardites. | >~ Dès que Sancho eut achevé de boire, il donna du talon à son âne, et, lui faisant ouvrir toute grande la porte de l’hôtellerie, il sortit, enchanté de n’avoir rien payé du tout, et d’être venu à bout de sa résolution, bien que c’eût été aux dépens de ses cautions ordinaires, c’est-à-dire de ses épaules. Il est vrai que l’hôtelier garda son bissac en payement de ce qui lui était dû ; mais Sancho s’était enfui si troublé qu’il ne s’aperçut pas de cette perte. Dès qu’il le vit dehors, l’hôtelier voulut barricader la porte, mais les berneurs l’en empêchèrent ; car c’étaient de telles gens que, si don Quichotte eût été réellement un des chevaliers de la Table-Ronde, ils n’en auraient pas fait cas pour deux liards de plus.
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