Don Quijote de la Mancha
         de Miguel de Cervantes Saavedra
Edición bilingüe, español-francés, en textos paralelos
Édition bilingue espagnol-français dans des textes parallèles
Traducción de Louis Viardot
Integrado en el sistema MGARCI
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Traducción bilingüe al: Alemán Francés Inglés Italiano
I. Capítulo XXII. De la libertad que dio don Quijote a muchos desdichados que, mal de su grado, los llevaban donde no quisieran ir Chapitre XXII De la liberté que rendit don Quichotte à quantité de malheureux que l’on conduisait, contre leur gré, où ils eussent été bien aises de ne pas aller
Cuenta Cide Hamete Benengeli, autor arábigo y manchego , en esta gravísima, 1altisonante, mínima, dulce e imaginada historia que, después que entre el famoso don Quijote de la Mancha y Sancho Panza, su escudero, pasaron aquellas razones que en el fin del capítulo veinte y uno quedan referidas, que don Quijote alzó los ojos y vio que por el camino que llevaba venían hasta doce hombres a pie, ensartados, como cuentas, en una gran cadena de hierro por los cuellos, y todos con esposas a las manos. Venían ansimismo con ellos dos hombres de a caballo y dos de a pie; los de a caballo, con escopetas de rue da , y los de a pie, con dardos y espadas; y que así como Sancho Panza los vido, dijo. Cid Hamet Ben-Engeli, auteur arabe et manchois, raconte, dans cette grave, douce, pompeuse, humble et ingénieuse histoire, qu’après que le fameux don Quichotte de la Manche et Sancho Panza, son écuyer, eurent échangé les propos qui sont rapportés à la fin du chapitre XXI, don Quichotte leva les yeux, et vit venir, sur le chemin qu’il suivait, une douzaine d’hommes à pied, enfilés par le cou à une longue chaîne de fer, comme les grains d’un chapelet, et portant tous des menottes aux bras. Ils étaient accompagnés de deux hommes à cheval et de deux hommes à pied, ceux à cheval portant des arquebuses à rouet, ceux à pied, des piques et des épées. Dès que Sancho les aperçut, il s’écria :
-Ésta es cadena de galeotes, gente forzada del rey, que va a las galeras. « Voilà la chaîne des galériens, forçats du roi, qu’on mène ramer aux galères.
-¿Cómo gente forzada? -preguntó don Quijote-. ¿Es posible que el rey haga fuerza a ninguna gente. – Comment ! forçats ? répondit don Quichotte. Est-il possible que le roi fasse violence à personne ?
-No digo eso -respondió Sancho-, sino que es gente que, por sus delitos, va condenada a servir al rey en las galeras de por fuerza. – Je ne dis pas cela, reprit Sancho ; je dis que ce sont des gens condamnés, pour leurs délits, à servir par force le roi dans les galères.
-En resolución -replicó don Quijote-, comoquiera que ello sea, esta gente, aunque los llevan, van de por fuerza, y no de su voluntad. – Finalement, répliqua don Quichotte, et quoi qu’il en soit, ces gens que l’on conduit vont par force et non de leur plein gré ?
-Así es -dijo Sancho. – Rien de plus sûr, répondit Sancho.
-Pues desa manera -dijo su amo-, aquí encaja la ejecución de mi oficio: desfacer fuerzas y socorrer y acudir a los miserables. – Eh bien ! alors, reprit son maître, c’est ici que se présente l’exécution de mon office, qui est d’empêcher les violences et de secourir les malheureux.
-Advierta vuestra merced -dijo Sancho- que la justicia, que es el mesmo rey, no hace fuerza ni agravio a semejante gente, sino que los castiga en pena de sus delitos. – Faites attention, dit Sancho, que la justice, qui est la même chose que le roi, ne fait ni violence ni outrage à de semblables gens, mais qu’elle les punit en peine de leurs crimes. »
Llegó, en esto, la cadena de los galeotes, y don Quijote, con muy corteses razones, pidió a los que iban en su guarda fuesen servidos de informalle y decille la causa, o causas, por que llevan aquella gente de aquella manera. Sur ces entrefaites, la chaîne des galériens arriva près d’eux, et don Quichotte, du ton le plus honnête, pria les gardiens de l’informer de la cause ou des causes pour lesquelles ils menaient de la sorte ces pauvres gens.
Una de las guardas de a caballo respondió que eran galeotes, gente de Su Majestad que iba a galeras, y que no había más que decir, ni él tenía más que saber. « Ce sont des forçats, répondit un des gardiens à cheval, qui vont servir Sa Majesté sur les galères. Je n’ai rien de plus à vous dire, et vous rien de plus à demander.
-Con todo eso -replicó don Quijote-, querría saber de cada uno dellos en particular la causa de su desgracia. – Cependant, répliqua don Quichotte, je voudrais bien savoir sur chacun d’eux en particulier la cause de leur disgrâce. »
Añadió a éstas otras tales y tan comedidas razones, para moverlos a que dijesen lo que deseaba, que la otra guarda de a caballo le dijo. À cela il ajouta d’autres propos si polis pour les engager à l’informer de ce qu’il désirait tant savoir, que l’autre gardien lui dit enfin :
-Aunque llevamos aquí el registro y la fe de las sentencias de cada uno destos malaventurados, no es tiempo éste de detenerles a sacarlas ni a leellas; vuestra merced llegue y se lo pregunte a ellos mes mos, que ellos lo dirán si quisieren, que sí querrán, porque es gente que recibe gusto de hacer y decir bellaquerías. « Nous avons bien ici le registre où sont consignées les condamnations de chacun de ces misérables ; mais ce n’est pas le moment de nous arrêter pour l’ouvrir et en faire lecture. Approchez-vous, et questionnez-les eux-mêmes ; ils vous répondront s’ils en ont envie, et bien certainement ils l’auront, car ce sont des gens qui prennent également plaisir à faire et à raconter des tours de coquins. »
Con esta licencia, que don Quijote se tomara aunque no se la dieran, se llegó a la cadena, y al primero le preguntó que por qué pecados iba de tan mala guisa. Él le respondió que por enamorado iba de aquella manera. Avec cette permission, que don Quichotte aurait bien prise si on ne la lui eût accordée, il s’approcha de la chaîne, et demanda au premier venu pour quels péchés il allait en si triste équipage. « Pour avoir été amoureux, répondit l’autre.
-¿Por eso no más? -replicó don Quijote-. Pues, si por enamorados echan a galeras, días ha que pudiera yo estar bogando en ellas. – Quoi ! pas davantage ? s’écria don Quichotte. Par ma foi ! si l’on condamne les gens aux galères pour être amoureux, il y a longtemps que je devrais y ramer.
-No son los amores como los que vuestra merced piensa -dijo el galeote-; que los míos fueron que quise tanto a una canasta de colar, atestada de ropa blanca, que la abracé conmigo tan fuertemente que, a no quitármela la justicia por fuerza, aún hasta agora no la hubiera dejado de mi voluntad. Fue en fragante, no hubo lugar de tormento ; concluyóse la causa, acomodáronme las espaldas con ciento , y por añadidura tres precisos de gurapas , y acabóse la obra. – Oh ! mes amours ne sont pas de ceux qu’imagine Votre Grâce, répondit le galérien. Quant à moi, j’aimai si éperdument une corbeille de lessive remplie de linge blanc, et je la serrai si étroitement dans mes bras, que, si la justice ne me l’eût arrachée par force, je n’aurais pas encore, à l’heure qu’il est, cessé mes caresses. Je fus pris en flagrant ; il n’était pas besoin de question ; la cause fut bâclée : on me chatouilla les épaules de cent coups de fouet, et quand j’aurai, de surcroît, fauché le grand pré pendant trois ans, l’affaire sera faite.
-¿Qué son gurapas? -preguntó don Quijote. – Qu’est-ce que cela, faucher le grand pré ? demanda don Quichotte.
-Gurapas son galeras -respondió el galeote. – C’est ramer aux galères, » répondit le forçat,
El cual era un mozo de hasta edad de veinte y cuatro años, y dijo que era natural de Piedrahíta. Lo mesmo preguntó don Quijote al segundo , el cual no respondió palabra, según iba de triste y malencónico; mas respondió por él el primero, y dijo. qui était un jeune homme d’environ vingt-quatre ans, natif, à ce qu’il dit, de Piédraïta. Don Quichotte fit la même demande au second, qui ne voulut pas répondre un mot, tant il marchait triste et mélancolique. Mais le premier répondit pour lui :
-Éste, señor, va por canario ; digo, por músico y cantor. « Celui-là, seigneur, va aux galères en qualité de serin de Canarie, je veux dire de musicien et de chanteur.
-Pues, ¿cómo -repitió don Quijote-, por músicos y cantores van también a galeras. – Comment donc ! s’écria don Quichotte, envoie-t-on aussi les musiciens et les chanteurs aux galères ?
-Sí, señor -respondió el galeote-, que no hay peor cosa que cantar en el ansia. – Oui, seigneur, répondit le forçat ; il n’y a rien de pire au monde que de chanter dans le tourment.
-Antes, he yo oído decir -dijo don Quijote- que quien canta sus males espanta. – Mais, au contraire, reprit don Quichotte ; j’avais toujours entendu dire, avec le proverbe : Qui chante, ses maux enchante.
-Acá es al revés -dijo el galeote-, que quien canta una vez llora toda la vida. – Eh bien ! c’est tout au rebours ici, repartit le galérien ; qui chante une fois pleure toute sa vie.
-No lo entiendo -di jo don Quijote. – Je n’y comprends rien, » dit don Quichotte.
Mas una de las guardas le dijo. Mais un des gardiens lui dit :
-Señor caballero, cantar en el ansia se dice, entre esta gente non santa , confesar en el tormento. A este pecador le dieron tormento y confesó su delito, que era ser cuatrero , que es ser ladrón de bestias, y, por haber confesado, le condenaron por seis años a galeras, amén de docientos azotes que ya lleva en las espaldas. Y va siempre pensativo y triste, porque los demás ladrones que allá quedan y aquí van le maltratan y aniquilan, y escarnecen y tienen en poco, porque confesó y no tuvo ánimo de decir nones . Porque dicen ellos que tantas letras tiene un no como un sí, y que harta ventura tiene un delincuente, que está en su lengua su vida o su muerte , y no en la de los testigos y probanzas; y para mí tengo que no van muy fuera de camino . « Seigneur cavalier, parmi ces gens de bien, chanter dans le tourment veut dire confesser à la torture. Ce drôle a été mis à la question, et a fait l’aveu de son crime, qui est d’avoir été voleur de bestiaux ; et, sur son aveu, on l’a condamné à six ans de galères, sans compter deux cents coups de fouet qu’il porte déjà sur les épaules. Il marche toujours triste et honteux, à cause que les autres voleurs, aussi bien ceux qu’il laisse là-bas que ceux qui l’accompagnent ici, le méprisent, le bafouent et le maltraitent, parce qu’il a confessé le délit, et n’a pas eu le courage de tenir bon pour le nier ; car ils disent qu’il n’y a pas plus de lettres dans un non que dans un oui, et que c’est trop de bonheur pour un accusé d’avoir sur sa langue sa vie ou sa mort, et non pas sur la langue des témoins et des preuves ; et, quant à cela, je trouve que tout le tort n’est pas de leur côté.
-Y yo lo entiendo así -respondió don Quijote. – C’est bien aussi ce que je pense, » répondit don Quichotte,
El cual, pasando al tercero, preguntó lo que a los otros; el cual , de presto y con mucho desenfado, respondió y dijo. lequel, passant au troisième, lui fit la même question qu’aux autres ; et celui-ci, sans se faire tirer l’oreille, répondit d’un ton dégagé :
-Yo voy por cinco años a las señoras gurapas por faltarme diez ducados. « Moi, je vais faire une visite de cinq ans à mesdames les galères faute de dix ducats.
-Yo daré veinte de muy buena gana -dijo don Quijote- por libraros desa pesadumbre. – J’en donnerais bien vingt de bon cœur pour vous préserver de cette peine, s’écria don Quichotte.
-Eso me parece -respondió el galeote- como quien tiene dineros en mitad del golfo y se está muriendo de hambre, sin tener adonde comprar lo que ha menester. Dígolo porque si a su tiempo tuviera yo esos veinte ducados que vuestra merced ahora me ofrece, hubiera untado con ellos la péndola del escribano y avivado el ingenio del procurador, de manera que hoy me viera en mitad de la plaza de Zocodover , de Toledo, y no en este camino, atraillado como galgo; pero Dios es grande: paciencia y basta. – Cela ressemble, reprit le galérien, à celui qui a sa bourse pleine au milieu de la mer, et qui meurt de faim, ne pouvant acheter ce qui lui manque. Je dis cela, parce que, si j’avais eu en temps opportun les vingt ducats que m’offre à présent Votre Grâce, j’aurais graissé la patte du greffier, avivé l’esprit et la langue de mon avocat, de manière que je me verrais aujourd’hui au beau milieu de la place de Zocodover à Tolède, et non le long de ce chemin, accouplé comme un chien de chasse. Mais Dieu est grand, la patience est bonne, et tout est dit. »
Pasó don Quijote al cuarto, que era un hombre de venerable rostro con una barba blanca que le pasaba del pecho; el cual, oyéndose preguntar la causa por que allí venía, comenzó a llorar y no respondió palabra; mas el quinto condenado le sirvió de lengua , y dijo. Don Quichotte passa au quatrième. C’était un homme de vénérable aspect, avec une longue barbe blanche qui lui couvrait toute la poitrine ; lequel, s’entendant demander pour quel motif il se trouvait à la chaîne, se mit à pleurer sans répondre un mot ; mais le cinquième condamné lui servit de truchement.
-Este hombre honrado va por cuatro años a galeras, habiendo paseado las acostumbradas vestido en pompa y a caballo. « Cet honnête barbon, dit-il, va pour quatre ans aux galères, après avoir été promené en triomphe dans les rues, à cheval et magnifiquement vêtu.
-Eso es -dijo Sancho Panza-, a lo que a mí me parece, haber salido a la vergüenza. – Cela veut dire, si je ne me trompe, interrompit Sancho, qu’il a fait amende honorable, et qu’il est monté au pilori.
-Así es -replicó el galeote-; y la culpa por que le dieron esta pena es por haber sido corredor de oreja , y aun de todo el cuerpo. En efecto, quiero decir que este caballero va por alcahuete, y por tener asimesmo sus puntas y collar de hechicero . – Tout justement, reprit le galérien ; et le délit qui lui a valu cette peine, c’est d’avoir été courtier d’oreille, et même du corps tout entier ; je veux dire que ce gentilhomme est ici en qualité de Mercure galant, et parce qu’il avait aussi quelques pointes et quelques grains de sorcellerie.
-A no haberle añadido esas puntas y collar -dijo don Quijote-, por solamente el alcahuete limpio, no merecía él ir a bogar en las galeras, sino a mandallas y a ser general dellas ; porque no es así comoquiera el oficio de alcahuete, que es oficio de discretos y necesarísimo en la república bien ordenada, y que no le debía ejercer sino gente muy bien nacida; y aun había de haber veedor y examinador de los tales, como le hay de los demás oficios, con número deputado y conocido, como corredores de lonja; y desta manera se escusarían muchos males que se causan por andar este oficio y ejercicio entre gente idiota y de poco entendimiento, como son mujercillas de poco más a menos, pajecillos y truhanes de pocos años y de poca experiencia, que, a la más necesaria ocasión y cuando es menester dar una traza que importe, se les yelan las migas entre la boca y la mano y no saben cuál es su mano derecha. Quisiera pasar adelante y dar las razones por que convenía hacer elección de los que en la república habían de tener tan necesario oficio, pero no es el lugar acomodado para ello: algún día lo diré a quien lo pueda proveer y remediar. Sólo digo ahora que la pena que me ha causado ver estas blancas canas y este rostro venerable en tanta fatiga, por alcahuete, me la ha quitado el adjunto de ser hechicero; aunque bien sé que no hay hechizos en el mundo que puedan mover y forzar la voluntad, como algunos simples piensan; que es libre nuestro albedrío, y no hay yerba ni encanto que le fuerce. Lo que suelen hacer algunas mujercillas simples y algunos embusteros bellacos es algunas misturas y venenos con que vuelven locos a los hombres, dando a entender que tienen fuerza para hacer querer bien, siendo, como digo, cosa imposible forzar la voluntad. – De ces pointes et de ces grains, je n’ai rien à dire, répondit don Quichotte ; mais, quant à la qualité de Mercure galant tout court, je dis que cet homme ne mérite pas d’aller aux galères, si ce n’est pour y commander et pour en être le général. Car l’office d’entremetteur d’amour n’est pas comme le premier venu ; c’est un office de gens habiles et discrets, très-nécessaire dans une république bien organisée, et qui ne devrait être exercé que par des gens de bonne naissance et de bonne éducation. On devrait même créer des inspecteurs et examinateurs pour cette charge comme pour les autres, et fixer le nombre des membres en exercice, ainsi que pour les courtiers de commerce. De cette manière on éviterait bien des maux, dont la seule cause est que trop de gens se mêlent du métier ; gens sans tenue et sans intelligence, femmelettes, petits pages, drôles de peu d’années et de nulle expérience, qui, dans l’occasion la plus pressante, et quand il faut prendre un parti, ne savent plus reconnaître leur main droite de la gauche, et laissent geler leur soupe de l’assiette à la bouche. Je voudrais pouvoir continuer ce propos, et démontrer pourquoi il conviendrait de faire choix des personnes qui exerceraient dans l’État cet office si nécessaire ; mais ce n’est ici ni le lieu ni le temps. Quelque jour j’en parlerai à quelqu’un qui puisse y pourvoir. Je dis seulement aujourd’hui que la peine que m’a causée la vue de ces cheveux blancs et de ce vénérable visage, mis à si rude épreuve pour quelques messages d’amour, s’est calmée à cette autre accusation de sorcellerie. Je sais bien pourtant qu’il n’y a dans le monde ni charmes ni sortilèges qui puissent contraindre ou détourner la volonté, comme le pensent quelques simples. Nous avons parfaitement notre libre arbitre : ni plantes ni enchantements ne peuvent lui faire violence. Ce que font quelques femmelettes par simplicité, ou quelques fripons par fourberie, ce sont des breuvages, des mixtures, de vrais poisons avec lesquels ils rendent les hommes fous, faisant accroire qu’ils ont le pouvoir de les rendre amoureux, tandis qu’il est, comme je le dis, impossible de contraindre la volonté[141].
-Así es -dijo el buen viejo-, y, en verdad, señor, que en lo de hechicero que no tuve culpa; en lo de alcahuete, no lo pude negar. Pero nunca pensé que hacía mal en ello: que toda mi intención era que todo el mundo se holgase y viviese en paz y quietud, sin pendencias ni penas; pero no me aprovechó nada este buen deseo para dejar de ir adonde no espero volver, según me cargan los años y un mal de orina que llevo, que no me deja reposar un rato. – Cela est bien vrai, s’écria le bon vieillard. Et en vérité, seigneur, quant à la sorcellerie, je n’ai point de faute à me reprocher : je ne puis nier quant aux entremises d’amour ; mais jamais je n’ai cru mal faire en cela. Ma seule intention était que tout le monde se divertît, et vécût en paix et en repos, sans querelles comme sans chagrins. Mais ce désir charitable ne m’a pas empêché d’aller là d’où je pense bien ne plus revenir, tant je suis chargé d’années, et tant je souffre d’une rétention d’urine qui ne me laisse pas un instant de répit. »
Y aquí tornó a su llanto, como de primero; y túvole Sancho tanta compasión, que sacó un real de a cuatro del seno y se le dio de limosna. À ces mots, le bonhomme se remit à pleurer de plus belle, et Sancho en prit tant de pitié, qu’il tira de sa poche une pièce de quatre réaux, et lui en fit l’aumône.
Pasó adelante don Quijote, y preguntó a otro su delito, el cual respondió con no menos, sino con mucha más gallardía que el pasado. Don Quichotte, continuant son interrogatoire, demanda au suivant quel était son crime ; celui-ci, d’un ton non moins vif et dégagé que le précédent, répondit :
-Yo voy aquí porque me burlé demasiadamente con dos primas hermanas mías, y con otras dos hermanas que no lo eran mías; finalmente, tanto me burlé con todas, que resultó de la burla crecer la parentela, tan intricadamente que no hay diablo que la declare. Probóseme todo, faltó favor , no tuve dineros, víame a pique de perder los tragaderos, sentenciáronme a galeras por seis años, consentí: castigo es de mi culpa; mozo soy: dure la vida, que con ella todo se alcanza. Si vuestra merced, señor caballero, lleva alguna cosa con que socorrer a estos pobretes, Dios se lo pagará en el cielo, y nosotros tendremos en la tierra cuidado de rogar a Dios en nuestras oraciones por la vida y salud de vuestra merced, que sea tan larga y tan buena como su buena presencia merece. « Je suis ici pour avoir trop folâtré avec deux de mes cousines germaines, et avec deux autres cousines qui n’étaient pas les miennes. Finalement, nous avons si bien joué tous ensemble aux petits jeux innocents, qu’il en est arrivé un accroissement de famille tel et tellement embrouillé, qu’un faiseur d’arbres généalogiques n’aurait pu s’y reconnaître. Je fus convaincu par preuves et témoignages ; la faveur me manqua, l’argent aussi, et je fus mis en danger de périr par la gorge. On m’a condamné à six ans de galères ; je n’ai point appelé : c’est la peine de ma faute. Mais je suis jeune, la vie est longue, et tant qu’elle dure, il y a remède à tout. Si Votre Grâce, seigneur chevalier, a de quoi secourir ces pauvres gens, Dieu vous le payera dans le ciel, et nous aurons grand soin sur la terre de prier Dieu dans nos oraisons pour la santé et la vie de Votre Grâce, afin qu’il vous les donne aussi bonne et longue que le mérite votre respectable personne. »
Éste iba en hábito de estudiante, y dijo una de las guardas que era muy grande hablador y muy gentil latino . Celui-ci portait l’habit d’étudiant, et l’un des gardiens dit qu’il était très-élégant discoureur, et fort avancé dans le latin.
Tras todos éstos, venía un hombre de muy buen parecer, de edad de treinta años, sino que al mirar metía el un ojo en el otro un poco. Venía diferentemente atado que los demás , porque traía una cadena al pie, tan grande que se la liaba por todo el cuerpo, y dos argollas a la garganta, la una en la cadena, y la otra de las que llaman guardaamigo o piedeamigo, de la cual decendían dos hierros que llegaban a la cintura, en los cuales se asían dos esposas, donde llevaba las manos, cerradas con un grueso candado, de manera que ni con las manos podía llegar a la boca, ni podía bajar la cabeza a llegar a las manos. Preguntó don Quijote que cómo iba aquel hombre con tantas prisiones más que los otros. Respondióle la guarda porque tenía aquel solo más delitos que todos los otros juntos, y que era tan atrevido y tan grande bellaco que, aunque le llevaban de aquella manera, no iban seguros dél, sino que temían que se les había de huir. Derrière tous ceux-là venait un homme d’environ trente ans, bien fait et de bonne mine, si ce n’est cependant que lorsqu’il regardait il mettait l’un de ses yeux dans l’autre. Il était attaché bien différemment de ses compagnons ; car il portait au pied une chaîne si longue, qu’elle lui faisait, en remontant, le tour du corps, puis deux forts anneaux à la gorge, l’un rivé à la chaîne, l’autre comme une espèce de carcan duquel partaient deux barres de fer qui descendaient jusqu’à la ceinture et aboutissaient à deux menottes où il avait les mains attachées par de gros cadenas ; de manière qu’il ne pouvait ni lever ses mains à sa tête, ni baisser sa tête à ses mains. Don Quichotte demanda pourquoi cet homme portait ainsi bien plus de fers que les autres. Le gardien répondit que c’était parce qu’il avait commis plus de crimes à lui seul que tous les autres ensemble, et que c’était un si hardi et si rusé coquin, que, même en le gardant de cette manière, ils n’étaient pas très-sûrs de le tenir, et qu’ils avaient toujours peur qu’il ne vînt à leur échapper.
-¿Qué delitos puede tener -dijo don Quijote-, si no han merecido más pena que echalle a las galeras. « Mais quels grands crimes a-t-il donc faits, demanda don Quichotte, s’ils ne méritent pas plus que les galères ?
-Va por diez años -replicó la guarda-, que es como muerte cevil . No se quiera saber más, sino que este buen hombre es el famoso Ginés de Pasamonte, que por otro nombre llaman Ginesillo de Parapilla. – Il y est pour dix ans, répondit le gardien, ce qui emporte la mort civile. Mais il n’y a rien de plus à dire, sinon que c’est le fameux Ginès de Passamont, autrement dit Ginésille de Parapilla.
-Señor comisario -dijo entonces el galeote-, váyase poco a poco, y no andemos ahora a deslindar nombres y sobrenombres. Ginés me llamo y no Ginesillo, y Pasamonte es mi alcurnia, y no Parapilla, como voacé dice; y cada uno se dé una vuelta a la redonda, y no hará poco. – Holà ! seigneur commissaire, dit alors le galérien, tout doucement, s’il vous plaît, et ne nous amusons pas à épiloguer sur les noms et surnoms. Je m’appelle Ginès et non Ginésille ; et Passamont est mon nom de famille, non point Parapilla, comme vous dites. Et que chacun à la ronde se tourne et s’examine, et ce ne sera pas mal fait.
-Hable con menos tono -replicó el comisario-, señor ladrón de más de la marca , si no quiere que le haga callar, mal que le pese. – Parlez un peu moins haut, seigneur larron de la grande espèce, répliqua le commissaire, si vous n’avez envie que je vous fasse taire par les épaules.
-Bien parece -respondió el galeote- que va el hombre como Dios es servido, pero algún día sabrá alguno si me llamo Ginesillo de Parapilla o no. – On voit bien, reprit le galérien, que l’homme va comme il plaît à Dieu ; mais, quelque jour, quelqu’un saura si je m’appelle ou non Ginésille de Parapilla.
-Pues, ¿no te llaman ansí, embustero? -dijo la guarda. – N’est-ce pas ainsi qu’on t’appelle, imposteur ? s’écria le gardien.
-Sí llaman -respondió Ginés-, mas yo haré que no me lo llamen, o me las pelaría donde yo digo entre mis dientes. Señor caballero, si tiene algo que darnos, dénoslo ya, y vaya con Dios, que ya enfada con tanto querer saber vidas ajenas; y si la mía quiere saber, sepa que yo soy Ginés de Pasamonte, cuya vida está escrita por estos pulgares . – Oui, je le sais bien, reprit le forçat ; mais je ferai en sorte qu’on ne me donne plus ce nom, ou bien je m’arracherai la barbe, comme je le dis entre mes dents. Seigneur chevalier, si vous avez quelque chose à nous donner, donnez-nous-le vite, et allez à la garde de Dieu, car tant de questions sur la vie du prochain commencent à nous ennuyer ; et si vous voulez connaître la mienne, sachez que je suis Ginès de Passamont, dont l’histoire est écrite par les cinq doigts de cette main.
-Dice verdad -dijo el comisario-: que él mesmo ha escrito su historia, que no hay más, y deja empeñado el libro en la cárcel en docientos reales. – Il dit vrai, reprit le commissaire ; lui-même a écrit sa vie, et si bien, qu’on ne peut rien désirer de mieux. Mais il a laissé le livre en gage dans la prison pour deux cents réaux.
-Y le pienso quitar -dijo Ginés-, si quedara en docientos ducados. – Et je pense bien le retirer, s’écria Ginès, fût-il engagé pour deux cents ducats.
-¿Tan bueno es? -dijo don Quijote. – Est-il donc si bon ? demanda don Quichotte.
-Es tan bueno -respondió Ginés- que mal año para Lazarillo de Tormes y para todos cuantos de aquel género se han escrito o escribieren. Lo que le sé decir a voacé es que trata verdades, y que son verdades tan lindas y tan donosas que no pueden haber mentiras que se le igualen. – Si bon, reprit le galérien, qu’il fera la barbe à Lazarille de Tormès[142], et à tous ceux du même genre écrits ou à écrire. Ce que je puis dire à Votre Grâce, c’est qu’il rapporte des vérités, mais des vérités si gracieuses et si divertissantes, qu’aucun mensonge ne peut en approcher.
-¿Y cómo se intitula el libro? -preguntó don Quijote. – Et quel est le titre du livre ? demanda don Quichotte.
-La vida de Ginés de Pasamonte -respondió el mismo. – La vie de Ginès de Passamont, répondit l’autre.
-¿Y está acabado? -preguntó don Quijote. – Est-il fini ? reprit don Quichotte.
-¿Cómo puede estar acabado -respondió él-, si aún no está acabada mi vida? Lo que está escrito es desde mi nacimiento hasta el punto que esta última vez me han echado en galeras. – Comment peut-il être fini, répliqua Ginès, puisque ma vie ne l’est pas ? Ce qui est écrit comprend depuis le jour de ma naissance jusqu’au moment où l’on m’a condamné cette dernière fois aux galères.
-Luego, ¿otra vez habéis estado en ellas? -dijo don Quijote. – Vous y aviez donc été déjà ? reprit don Quichotte.
-Para servir a Dios y al rey, otra vez he estado cuatro años, y ya sé a qué sabe el bizcocho y el corbacho -respondió Ginés-; y no me pesa mucho de ir a ellas, porque allí tendré lugar de acabar mi libro , que me quedan muchas cosas que decir, y en las galeras de España hay mas sosiego de aquel que sería menester, aunque no es menester mucho más para lo que yo tengo de escribir , porque me lo sé de coro. – Pour servir Dieu et le roi, répondit Ginès, j’y ai déjà fait quatre ans une autre fois, et je connais le goût du biscuit et du nerf de bœuf, et je n’ai pas grand regret d’y retourner encore, car j’aurai le temps d’y finir mon livre ; il me reste une foule de bonnes choses à dire, et, dans les galères d’Espagne, on a plus de loisir que je n’en ai besoin, d’autant plus qu’il ne m’en faut pas beaucoup pour ce qui me reste à écrire, car je le sais déjà par cœur[143].
-Hábil pareces -dijo don Quijote. – Tu as de l’esprit, lui dit don Quichotte.
-Y desdichado -respondió Ginés-; porque siempre las desdichas persiguen al buen ingenio. – Et du malheur, répondit Ginès, car le malheur poursuit toujours l’esprit.
-Persiguen a los bellacos -dijo el comisario. – Poursuit toujours la scélératesse ! s’écria le gardien.
-Ya le he dicho, señor comisario -respondió Pasamonte-, que se vaya poco a poco, que aquellos señores no le dieron esa vara para que maltratase a los pobretes que aquí vamos, sino para que nos guiase y llevase adonde Su Majestad manda. Si no, ¡por vida de...! ¡Basta!, que podría ser que saliesen algún día en la colada las manchas que se hicieron en la venta ; y todo el mundo calle, y viva bien, y hable mejor y caminemos, que ya es mucho regodeo éste. – Je vous ai déjà dit, seigneur commissaire, répliqua Passamont, de parler plus doux. Ces messieurs de la chancellerie ne vous ont pas mis cette verge noire en main pour maltraiter les pauvres gens qui sont ici, mais pour nous conduire où l’ordonne Sa Majesté. Sinon, et par la vie de… Mais suffit. Quelque jour les taches faites dans l’hôtellerie pourraient bien s’en aller à la lessive ; que chacun se taise, et vive bien, et parle mieux encore ; et suivons notre chemin, car c’est bien assez de fadaises comme cela. »
Alzó la vara en alto el comisario para dar a Pasamonte en respuesta de sus amenazas, mas don Quijote se puso en medio y le rogó que no le maltratase, pues no era mucho que quien llevaba tan atadas las manos tuviese algún tanto suelta la lengua . Y, volviéndose a todos los de la cadena, dijo. Le commissaire leva sa baguette pour donner à Passamont la réponse à ses menaces ; mais don Quichotte, se jetant au-devant du coup, le pria de ne point le frapper : « Ce n’est pas étonnant, lui dit-il, que celui qui a les mains si bien attachées ait du moins la langue un peu libre. » Puis, s’adressant à tous les forçats de la chaîne, il ajouta :
-De todo cuanto me habéis dicho, hermanos carísimos, he sacado en limpio que, aunque os han castigado por vuestras culpas, las penas que vais a padecer no os dan mucho gusto, y que vais a ellas muy de mala gana y muy contra vuestra voluntad; y que podría ser que el poco ánimo que aquél tuvo en el tormento, la falta de dineros déste, el poco favor del otro y, finalmente, el torcido juicio del juez, hubiese sido causa de vuestra perdición y de no haber salido con la justicia que de vuestra parte teníades. Todo lo cual se me representa a mí ahora en la memoria de manera que me está diciendo, persuadiendo y aun forzando que muestre con vosotros el efeto para que el cielo me arrojó al mundo, y me hizo profesar en él la orden de caballería que profeso, y el voto que en ella hice de favorecer a los menesterosos y opresos de los mayores. Pero, porque sé que una de las partes de la prudencia es que lo que se puede hacer por bien no se haga por mal, quiero rogar a estos señores guardianes y comisario sean servidos de desataros y dejaros ir en paz, que no faltarán otros que sirvan al rey en mejores ocasiones; porque me parece duro caso hacer esclavos a los que Dios y naturaleza hizo libres . Cuanto más, señores guardas -añadió don Quijote-, que estos pobres no han cometido nada contra vosotros. Allá se lo haya cada uno con su pecado; Dios hay en el cielo, que no se descuida de castigar al malo ni de premiar al bueno, y no es bien que los hombres honrados sean verdugos de los otros hombres, no yéndoles nada en ello. Pido esto con esta mansedumbre y sosiego, porque tenga, si lo cumplís, algo que agradeceros; y, cuando de grado no lo hagáis, esta lanza y esta espada, con el valor de mi brazo, harán que lo hagáis por fuerza. -¡Donosa majadería! -respondió el comisario- ¡Bueno está el donaire con que ha salido a cabo de rato! ¡Los forzados del rey quiere que le dejemos, como si tuviéramos autoridad para soltarlos o él la tuviera para mandárnoslo! Váyase vuestra merced, señor, norabuena, su camino adelante, y enderécese ese bacín que trae en la cabeza, y no ande buscando tres pies al gato. « De tout ce que vous venez de me dire, mes très-chers frères, je découvre clairement que, bien qu’on vous ait punis pour vos fautes, les châtiments que vous allez subir ne sont pas fort à votre goût, et qu’enfin vous allez aux galères tout à fait contre votre gré. Je découvre aussi que le peu de courage qu’a montré l’un dans la question, le manque d’argent pour celui-ci, pour celui-là le manque de faveur, et, finalement, l’erreur ou la passion du juge, ont été les causes de votre perdition, et vous ont privés de la justice qui vous était due. Tout cela maintenant s’offre à ma mémoire pour me dire, me persuader et me certifier que je dois montrer à votre égard pourquoi le ciel m’a mis au monde, pourquoi il a voulu que je fisse profession dans l’ordre de chevalerie dont je suis membre, et pourquoi j’ai fait vœu de porter secours aux malheureux et aux faibles qu’oppriment les forts. Mais, comme je sais qu’une des qualités de la prudence est de ne pas faire par la violence ce qui peut se faire par la douceur, je veux prier messieurs les gardiens et monsieur le commissaire de vouloir bien vous détacher et vous laisser aller en paix ; d’autres ne manqueront pas pour servir le roi en meilleures occasions, et c’est, à vrai dire, une chose monstrueuse de rendre esclaves ceux que Dieu et la nature ont faits libres. Et d’ailleurs, seigneurs gardiens, continua don Quichotte, ces pauvres diables ne vous ont fait nulle offense ; eh bien ! que chacun d’eux reste avec son péché : Dieu est là-haut dans le ciel, qui n’oublie ni de châtier le méchant ni de récompenser le bon, et il n’est pas bien que des hommes d’honneur se fassent les bourreaux d’autres hommes, quand ils n’ont nul intérêt à cela. Je vous prie avec ce calme et cette douceur, afin d’avoir, si vous accédez à ma demande, à vous remercier de quelque chose. Mais, si vous ne le faites de bonne grâce, cette lance et cette épée, avec la valeur de mon bras, vous feront bien obéir par force. – Voilà, pardieu, une gracieuse plaisanterie ! s’écria le commissaire ; c’était bien la peine de tant lanterner pour accoucher de cette belle idée. Tiens ! ne veut-il pas que nous laissions aller les forçats du roi, comme si nous avions le pouvoir de les lâcher, ou qu’il eût celui de nous en donner l’ordre ! Allons donc, seigneur, passez votre chemin, et redressez un peu le bassin que vous avez sur la tête, sans vous mêler de chercher cinq pattes à notre chat.
-¡Vos sois el gato, y el rato, y el bellaco! -respondió don Quijote. – C’est vous qui êtes le chat, le rat et le goujat ! » s’écria don Quichotte.
Y, diciendo y haciendo, arremetió con él tan presto que, sin que tuviese lugar de ponerse en defensa, dio con él en el suelo, malherido de una lanzada; y avínole bien, que éste era el de la escopeta . Las demás guardas quedaron atónitas y suspensas del no esperado acontecimiento; pero, volviendo sobre sí, pusieron mano a sus espadas los de a caballo, y los de a pie a sus dardos, y arremetieron a don Quijote, que con mucho sosiego los aguardaba; y, sin duda, lo pasara mal si los galeotes, viendo la ocasión que se les ofrecía de alcanzar libertad, no la procuraran, procurando romper la cadena donde venían ensartados. Fue la revuelta de manera que las guardas, ya por acudir a los galeotes, que se desataban, ya por acometer a don Quijote, que los acometía , no hicieron cosa que fuese de provecho. Et sans dire gare, il s’élance sur lui avec tant de furie, qu’avant que l’autre ait eu le temps de se mettre en garde, il le jette sur le carreau grièvement blessé d’un coup de lance. Le bonheur voulut que ce fût justement l’homme à l’arquebuse. Les autres gardes restèrent d’abord étonnés et stupéfaits à cette attaque inattendue ; mais, reprenant bientôt leurs esprits, ils empoignèrent, ceux à cheval leurs épées, ceux à pied leurs piques, et assaillirent tous ensemble don Quichotte, qui les attendait avec un merveilleux sang-froid. Et sans doute il eût passé un mauvais quart d’heure, si les galériens, voyant cette belle occasion de recouvrer la liberté, n’eussent fait tous leurs efforts pour rompre la chaîne où ils étaient attachés côte à côte. La confusion devint alors si grande, que les gardiens, tantôt accourant aux forçats qui se détachaient, tantôt attaquant don Quichotte, dont ils étaient attaqués, ne firent enfin rien qui vaille.
Ayudó Sancho, por su parte, a la soltura de Ginés de Pasamonte, que fue el primero que saltó en la campaña libre y desembarazado, y, arremetiendo al comisario caído, le quitó la espada y la escopeta, con la cual, apuntando al uno y señalando al otro, sin disparalla jamás, no quedó guarda en todo el campo, porque se fueron huyendo, así de la escopeta de Pasamonte como de las muchas pedradas que los ya sueltos galeotes les tiraban. Sancho aidait de son côté à délivrer Ginès de Passamont, qui prit le premier la clef des champs ; et celui-ci, dès qu’il se vit libre, sauta sur le commissaire abattu, lui prit son épée et son arquebuse, avec laquelle, visant l’un, visant l’autre, sans tirer jamais, il eut bientôt fait vider le champ de bataille à tous les gardes, qui échappèrent, en fuyant, aussi bien à l’arquebuse de Passamont qu’aux pierres que leur lançaient sans relâche les autres galériens délivrés.
Entristecióse mucho Sancho deste suceso , porque se le representó que los que iban huyendo habían de dar noticia del caso a la Santa Hermandad, la cual, a campana herida , saldría a buscar los delincuentes, y así se lo dijo a su amo, y le rogó que luego de allí se partiesen y se emboscasen en la sierra, que estaba cerca. Sancho s’affligea beaucoup de ce bel exploit, se doutant bien que ceux qui se sauvaient à toutes jambes allaient rendre compte de l’affaire à la Sainte-Hermandad, laquelle se mettrait, au son des cloches et des tambours, à la poursuite des coupables. Il communiqua cette crainte à son maître, le priant de s’éloigner bien vite du chemin et de s’enfoncer dans la montagne qui était proche.
-Bien está eso -dijo don Quijote-, pero yo sé lo que ahora conviene que se haga. « C’est fort bien, répondit don Quichotte, mais je sais ce qu’il convient de faire avant tout. »
Y, llamando a todos los galeotes, que andaban alborotados y habían despojado al comisario hasta dejarle en cueros, se le pusieron todos a la redonda para ver lo que les mandaba, y así les dijo. Appelant alors tous les galériens qui couraient pêle-mêle, et qui avaient dépouillé le commissaire jusqu’à la peau, ces honnêtes gens se mirent en rond autour de lui pour voir ce qu’il leur voulait. Don Quichotte leur tint ce discours :
-De gente bien nacida es agradecer los beneficios que reciben, y uno de los pecados que más a Dios ofende es la ingratitud. Dígolo porque ya habéis visto, señores, con manifiesta experiencia, el que de mí habéis recebido; en pago del cual querría, y es mi voluntad, que, cargados de esa cadena que quité de vuestros cuellos, luego os pongáis en camino y vais a la ciudad del Toboso, y allí os presentéis ante la señora Dulcinea del Toboso y le digáis que su caballero, el de la Triste Figura, se le envía a encomendar, y le contéis, punto por punto, todos los que ha tenido esta famosa aventura hasta poneros en la deseada libertad; y, hecho esto, os podréis ir donde quisiéredes a la buena ventura. « Il est d’un homme bien né d’être reconnaissant des bienfaits qu’il reçoit, et l’un des péchés qui offensent Dieu davantage, c’est l’ingratitude. Je dis cela, parce que vous avez vu, seigneurs, par manifeste expérience, le bienfait que vous avez reçu de moi en payement duquel je désire, ou plutôt telle est ma volonté, que, chargés de cette chaîne dont j’ai délivré vos épaules, vous vous mettiez immédiatement en chemin pour vous rendre à la cité du Toboso ; que là vous vous présentiez devant ma dame, Dulcinée du Toboso, à laquelle vous direz que son chevalier, celui de la Triste-Figure, lui envoie ses compliments, et vous lui conterez mot pour mot tous les détails de cette fameuse aventure, jusqu’au moment où je vous ai rendu la liberté si désirée. Après quoi vous pourrez vous retirer, et vous en aller chacun à la bonne aventure.[144] »
Respondió por todos Ginés de Pasamonte, y dijo. Ginès de Passamont, se chargeant de répondre pour tous, dit à don Quichotte :
-Lo que vuestra merced nos manda, señor y libertador nuestro, es imposible de toda imposibilidad cumplirlo, porque no podemos ir juntos por los caminos, sino solos y divididos, y cada uno por su parte, procurando meterse en las entrañas de la tierra, por no ser hallado de la Santa Hermandad, que, sin duda alguna, ha de salir en nuestra busca. Lo que vuestra merced puede hacer, y es justo que haga, es mudar ese servicio y montazgo de la señora Dulcinea del Toboso en alguna cantidad de avemarías y credos, que nosotros diremos por la intención de vuestra merced; y ésta es cosa que se podrá cumplir de noche y de día, huyendo o reposando, en paz o en guerra; pero pensar que hemos de volver ahora a las ollas de Egipto, digo, a tomar nuestra cadena y a ponernos en camino del Toboso, es pensar que es ahora de noche, que aún no son las diez del día, y es pedir a nosotros eso como pedir peras al olmo . « Ce que Votre Grâce nous ordonne, seigneur chevalier notre libérateur, est impossible à faire, de toute impossibilité ; car nous ne pouvons aller tous ensemble le long de ces grands chemins, mais, au contraire, seuls, isolés, chacun tirant à part soi, et s’efforçant de se cacher dans les entrailles de la terre, pour n’être pas rencontrés par la Sainte-Hermandad, qui va sans aucun doute lâcher ses limiers à nos trousses. Ce que Votre Grâce peut faire, et ce qu’il est juste qu’elle fasse, c’est de commuer ce service et cette obligation de passage devant cette dame Dulcinée du Toboso en quelques douzaines de Credo et d’Ave Maria, que nous dirons en votre intention. C’est du moins une pénitence qu’on peut faire, de nuit et de jour, pendant la fuite comme pendant le repos, en paix comme en guerre. Mais penser que nous allons maintenant retourner en terre d’Égypte, je veux dire que nous allons reprendre notre chaîne et suivre le chemin du Toboso, c’est penser qu’il fait nuit à présent, quoiqu’il ne soit pas dix heures du matin ; et nous demander une telle folie, c’est demander des poires à l’ormeau.
-Pues ¡voto a tal ! -dijo don Quijote, ya puesto en cólera-, don hijo de la puta , don Ginesillo de Paropillo, o como os llamáis, que habéis de ir vos solo, rabo entre piernas , con toda la cadena a cuestas. – Eh bien ! je jure Dieu, s’écria don Quichotte, s’enflammant de colère, don fils de mauvaise maison, don Ginésille de Paropillo, ou comme on vous appelle, que vous irez tout seul, l’oreille basse et la queue entre les jambes, avec toute la chaîne sur le dos. »
Pasamonte, que no era nada bien sufrido, estando ya enterado que don Quijote no era muy cuerdo, pues tal disparate había cometido como el de querer darles libertad , viéndose tratar de aquella manera, hizo del ojo a los compañeros , y, apartándose aparte, comenzaron a llover tantas piedras sobre don Quijote, que no se daba manos a cubrirse con la rodela; y el pobre de Rocinante no hacía más caso de la espuela que si fuera hecho de bronce. Sancho se puso tras su asno, y con él se defendía de la nube y pedrisco que sobre entrambos llovía. No se pudo escudar tan bien don Quijote que no le acertasen no sé cuántos guijarros en el cuerpo, con tanta fuerza que dieron con él en el suelo; y apenas hubo caído, cuando fue sobre él el estudiante y le quitó la bacía de la cabeza, y diole con ella tres o cuatro golpes en las espaldas y otros tantos en la tierra, con que la hizo pedazos . Quitáronle una ropilla que traía sobre las armas, y las medias calzas le querían quitar si las grebas no lo estorbaran. A Sancho le quitaron el gabán, y, dejándole en pelota, repartiendo entre sí los demás despojos de la batalla, se fueron cada uno por su parte, con más cuidado de escaparse de la Hermandad, que temían, que de cargarse de la cadena e ir a presentarse ante la señora Dulcinea del Toboso. Passamont, qui n’était pas fort endurant de sa nature, et qui n’était plus à s’apercevoir que la cervelle de don Quichotte avait un faux pli, puisqu’il avait commis une aussi grande extravagance que celle de leur rendre la liberté, se voyant traiter si cavalièrement, cligna de l’œil à ses compagnons, lesquels, s’éloignant tout d’une volée, firent pleuvoir sur don Quichotte une telle grêle de pierres, qu’il n’avait pas assez de mains pour se couvrir de sa rondache ; et quant au pauvre Rossinante, il ne faisait pas plus de cas de l’éperon que s’il eût été coulé en bronze. Sancho se jeta derrière son âne, et se défendit avec cet écu du nuage de pierres qui crevait sur tous les deux. Mais don Quichotte ne put pas si bien s’abriter, que je ne sais combien de cailloux ne l’atteignissent dans le milieu du corps, et si violemment, qu’ils l’emmenèrent avec eux par terre. Dès qu’il fut tombé, l’étudiant lui sauta dessus, et lui ôta de la tête son plat à barbe, dont il lui donna trois ou quatre coups sur les épaules, qu’il frappa ensuite autant de fois sur la terre, et qu’il mit presque en morceaux. Ces vauriens prirent ensuite au pauvre chevalier un pourpoint à doubles manches qu’il portait par-dessus ses armes, et lui auraient enlevé jusqu’à ses bas, si l’armure des grèves n’en eût empêché. Ils débarrassèrent aussi Sancho de son manteau court, et le laissèrent en justaucorps ; puis, ayant partagé entre eux tout le butin de la bataille, ils s’échappèrent chacun de son côté, ayant plus de soin d’éviter la Sainte-Hermandad, dont ils avaient grand’peur, que de se mettre la chaîne au cou, et de se présenter en cet état devant madame Dulcinée du Toboso.
Solos quedaron jumento y Rocinante, Sancho y Don Quijote ; el jumento, cabizbajo y pensativo, sacudiendo de cuando en cuando las orejas, pensando que aún no había cesado la borrasca de las piedras, que le perseguían los oídos; Rocinante, tendido junto a su amo, que también vino al suelo de otra pedrada; Sancho, en pelota y temeroso de la Santa Hermandad; don Quijote, mohinísimo de verse tan malparado por los mismos a quien tanto bien había hecho. Il ne resta plus sur la place que l’âne, Rossinante, Sancho et don Quichotte : l’âne, pensif et tête basse, secouant de temps en temps les oreilles, comme si l’averse de pierres n’eût pas encore cessé ; Rossinante, étendu le long de son maître, car une autre décharge l’avait aussi jeté sur le carreau ; Sancho, en manches de chemise, et tremblant à l’idée de la Sainte-Hermandad ; enfin don Quichotte, l’âme navrée de se voir ainsi maltraité par ceux-là mêmes qui lui devaient un si grand bienfait.