Don Quijote de la Mancha
         de Miguel de Cervantes Saavedra
Edición bilingüe, español-francés, en textos paralelos
Édition bilingue espagnol-français dans des textes parallèles
Traducción de Louis Viardot
Integrado en el sistema MGARCI
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Traducción bilingüe al: Alemán Francés Inglés Italiano
II. Capítulo VII. De lo que pasó don Quijote con su escudero, con otros sucesos famosísimos. Chapitre VII De ce que traita don Quichotte avec son écuyer, ainsi que d’autres événements fameux
Apenas vio el ama que Sancho Panza se encerraba con su señor, cuando dio en la cuenta de sus tratos; y, imaginando que de aquella consulta había de salir la resolución de su tercera salida y tomando su manto, toda llena de congoja y pesadumbre, se fue a buscar al bachiller Sansón Carrasco, pareciéndole que, por ser bien hablado y amigo fresco de su señor, le podría persuadir a que dejase tan desvariado propósito. À peine la gouvernante eut-elle vu Sancho Panza s’enfermer avec son seigneur, qu’elle devina l’objet de leurs menées. S’imaginant que de cette conférence devait sortir la résolution de leur troisième sortie, elle prit sa mante, et courut, toute pleine de trouble et de chagrin, chercher le bachelier Samson Carrasco, parce qu’il lui sembla qu’étant beau parleur et tout fraîchement ami de son maître, il pourrait mieux que personne lui persuader de laisser là un projet si insensé.
Hallóle paseándose por el patio de su casa, y, viéndole, se dejó caer ante sus pies, trasudando y congojosa. Cuando la vio Carrasco con muestras tan doloridas y sobresaltadas, le dijo: Elle le trouva qui se promenait dans la cour de sa maison, et, dès qu’elle l’aperçut, elle se laissa tomber à ses pieds, haletante et désolée. Quand le bachelier vit de si grandes marques de trouble et de désespoir :
-¿Qué es esto, señora ama? ¿Qué le ha acontecido, que parece que se le quiere arrancar el alma. « Qu’avez-vous, dame gouvernante ? s’écria-t-il ; qu’est-il arrivé ? On dirait que vous vous sentez arracher l’âme.
-No es nada, señor Sansón mío, sino que mi amo se sale; ¡sálese sin duda. – Ce n’est rien, mon bon seigneur Samson, dit-elle, sinon que mon maître fuit, il fuit sans aucun doute.
-Y ¿por dónde se sale, señora? -preguntó Sansón-. ¿Hásele roto alguna parte de su cuerpo. – Et par où fuit-il, madame ? demanda Samson. S’est-il ouvert quelque partie du corps ?
-No se sale -respondió ella-, sino por la puerta de su locura. Quiero decir, señor bachiller de mi ánima, que quiere salir otra vez, que con ésta será la tercera, a buscar por ese mundo lo que él llama venturas, que yo no puedo entender cómo les da este nombre. La vez primera nos le volvieron atravesado sobre un jumento, molido a palos. La segunda vino en un carro de bueyes, metido y encerrado en una jaula, adonde él se daba a entender que estaba encantado; y venía tal el triste, que no le conociera la madre que le parió: flaco, amarillo, los ojos hundidos en los últimos camaranchones del celebro, que, para haberle de volver algún tanto en sí, gasté más de seiscientos huevos, como lo sabe Dios y todo el mundo, y mis gallinas, que no me dejaran mentir. – Il fuit, répondit-elle, par la porte de sa folie ; je veux dire, seigneur bachelier de mon âme, qu’il veut décamper une autre fois, ce qui fera la troisième, pour chercher par le monde ce qu’il appelle de bonnes aventures, et je ne sais vraiment comment il peut les nommer ainsi. La première fois, on nous l’a ramené posé en travers sur un âne, et tout moulu de coups. La seconde fois, il nous est revenu sur une charrette à bœufs, enfermé dans une cage, où il s’imaginait qu’il était enchanté. Il rentrait, le malheureux, dans un tel état, qu’il n’aurait pas été reconnu de la mère qui l’a mis au monde, sec, jaune, les yeux enfoncés jusqu’au fin fond de la cervelle, si bien que pour le faire un peu revenir, il m’en a coûté plus de cinquante douzaines d’œufs, comme Dieu le sait, aussi bien que tout le monde, et surtout mes poules qui ne me laisseront pas mentir.
-Eso creo yo muy bien -respondió el bachiller-; que ellas son tan buenas, tan gordas y tan bien criadas, que no dirán una cosa por otra, si reventasen. En efecto, señora ama: ¿no hay otra cosa, ni ha sucedido otro desmán alguno, sino el que se teme que quiere hacer el señor don Quijote. – Oh ! cela, je le crois bien, répondit le bachelier, car elles sont si bonnes, si dodues et si bien élevées, qu’elles ne diraient pas une chose pour une autre, dussent-elles en crever. Enfin, dame gouvernante, il n’y a rien de plus, et il n’est pas arrivé d’autre malheur que celui que vous craignez pour le seigneur don Quichotte ?
-No, señor -respondió ella. – Non, seigneur, répliqua-t-elle.
-Pues no tenga pena -respondió el bachiller-, sino váyase en hora buena a su casa, y téngame aderezado de almorzar alguna cosa caliente, y, de camino, vaya rezando la oración de Santa Apolonia si es que la sabe, que yo iré luego allá, y verá maravillas. – Eh bien ! ne vous mettez pas en peine, repartit le bachelier ; mais retournez paisiblement chez vous, préparez-m’y quelque chose de chaud pour déjeuner, et, chemin faisant, récitez l’oraison de sainte Apolline, si vous la savez ; je vous suivrai de près, et vous verrez merveille.
-¡Cuitada de mí! -replicó el ama-; ¿la oración de Santa Apolonia dice vuestra merced que rece?: eso fuera si mi amo lo hubiera de las muelas, pero no lo ha sino de los cascos. – Jésus Maria ! répliqua la gouvernante, vous dites que je récite l’oraison de sainte Apolline ? ce serait bon si mon maître avait le mal de dents, mais il n’est pris que de la cervelle.[55]
-Yo sé lo que digo, señora ama: váyase y no se ponga a disputar conmigo, pues sabe que soy bachiller por Salamanca, que no hay más que bachillear -respondió Carrasco. – Je sais ce que je dis, dame gouvernante, répondit Carrasco ; allez, allez, et ne vous mettez pas à disputer avec moi, puisque vous savez que je suis bachelier par l’université de Salamanque. »
Y con esto, se fue el ama, y el bachiller fue luego a buscar al cura, a comunicar con él lo que se dirá a su tiempo. Là-dessus la gouvernante s’en retourna, et le bachelier alla sur-le-champ trouver le curé pour comploter avec lui ce qui se dira dans son temps.
En el que estuvieron encerrados don Quijote y Sancho, pasaron las razones que con mucha puntualidad y verdadera relación cuenta la historia. Pendant celui que demeurèrent enfermés don Quichotte et Sancho, ils eurent l’entretien suivant, dont l’histoire fait, avec toute ponctualité, une relation véridique.
Dijo Sancho a su amo: Sancho dit à son maître :
-Señor, ya yo tengo relucida a mi mujer a que me deje ir con vuestra merced adonde quisiere llevarme. « Seigneur, je tiens enfin ma femme réluite à ce qu’elle me laisse aller avec Votre Grâce où il vous plaira de m’emmener.
-Reducida has de decir, Sancho -dijo don Quijote-, que no relucida. – Réduite, il faut dire, Sancho, dit don Quichotte, et non réluite.
-Una o dos veces -respondió Sancho-, si mal no me acuerdo, he suplicado a vuestra merced que no me emiende los vocablos, si es que entiende lo que quiero decir en ellos, y que, cuando no los entienda, diga: ''Sancho, o diablo, no te entiendo''; y si yo no me declarare, entonces podrá emendarme; que yo soy tan fócil. . – Deux ou trois fois, si je m’en souviens bien, reprit Sancho, j’ai supplié Votre Grâce de ne pas me reprendre les paroles, si vous entendez ce que je veux dire avec elles, et si vous ne m’entendez pas, de dire : « Sancho, ou Diable, parle autrement, je ne t’entends pas. » Et alors, si je ne m’explique pas clairement, vous pourrez me reprendre, car je suis très-fossile.
-No te entiendo, Sancho -dijo luego don Quijote-, pues no sé qué quiere decir soy tan fócil. – Eh bien ! je ne t’entends pas, Sancho, dit aussitôt don Quichotte, car je ne sais ce que veut dire : « Je suis très-fossile. »
-Tan fócil quiere decir -respondió Sancho- soy tan así. – Très-fossile veut dire, reprit Sancho, que je suis très… comme ça.
-Menos te entiendo agora -replicó don Quijote. – Je t’entends encore moins maintenant, répliqua don Quichotte.
-Pues si no me puede entender -respondió Sancho-, no sé cómo lo diga: no sé más, y Dios sea conmigo. – Ma foi, si vous ne pouvez m’entendre, dit Sancho, je ne sais comment le dire ; c’est tout ce que je sais, et que Dieu m’assiste.
-Ya, ya caigo -respondió don Quijote- en ello: tú quieres decir que eres tan dócil, blando y mañero que tomarás lo que yo te dijere, y pasarás por lo que te enseñare. – J’y suis, j’y suis, reprit don Quichotte ; tu veux dire que tu es très-docile, que tu es si doux, si maniable, que tu prendras l’avis que je te donnerai, et feras comme je t’enseignerai.
-Apostaré yo -dijo Sancho- que desde el emprincipio me caló y me entendió, sino que quiso turbarme por oírme decir otras docientas patochadas. – Je parie, s’écria Sancho, que dès l’abord vous m’avez saisi et compris, mais que vous vouliez me troubler pour me faire dire deux cents balourdises.
-Podrá ser -replicó don Quijote-. Y, en efecto, ¿qué dice Teresa. – Cela pourrait bien être, répondit don Quichotte ; mais en définitive, que dit Thérèse ?
-Teresa dice -dijo Sancho- que ate bien mi dedo con vuestra merced, y que hablen cartas y callen barbas, porque quien destaja no baraja, pues más vale un toma que dos te daré. Y yo digo que el consejo de la mujer es poco, y el que no le toma es loco. – Thérèse dit, répliqua Sancho, que je lie bien mon doigt avec le vôtre, et puis, que le papier parle et que la langue se taise, car ce qui s’attache bien se détache bien, et qu’un bon tiens vaut mieux que deux tu l’auras. Et moi je dis que, si le conseil de la femme n’est pas beaucoup, celui qui ne le prend pas est un fou.
-Y yo lo digo también -respondió don Quijote-. Decid, Sancho amigo; pasá adelante, que habláis hoy de perlas. – C’est ce que je dis également, répondit don Quichotte ; allons, ami Sancho, continuez ; vous parlez d’or aujourd’hui.
-Es el caso -replicó Sancho- que, como vuestra merced mejor sabe, todos estamos sujetos a la muerte, y que hoy somos y mañana no, y que tan presto se va el cordero como el carnero, y que nadie puede prometerse en este mundo más horas de vida de las que Dios quisiere darle, porque la muerte es sorda, y, cuando llega a llamar a las puertas de nuestra vida, siempre va depriesa y no la harán detener ni ruegos, ni fuerzas, ni ceptros, ni mitras, según es pública voz y fama, y según nos lo dicen por esos púlpitos. – Le cas est, reprit Sancho, et Votre Grâce le sait mieux que moi, que nous sommes tous sujets à la mort, qu’aujourd’hui nous vivons et demain plus, que l’agneau s’en va aussi vite que le mouton, et que personne ne peut se promettre en ce monde plus d’heures de vie que Dieu ne veut bien lui en accorder ; car la mort est sourde, et, quand elle vient frapper aux portes de notre vie, elle est toujours pressée, et rien ne peut la retenir, ni prières, ni violences, ni sceptres, ni mitres, selon le bruit qui court et suivant qu’on nous le dit du haut de la chaire.
-Todo eso es verdad -dijo don Quijote-, pero no sé dónde vas a parar. – Tout cela est la pure vérité, dit don Quichotte ; mais je ne sais pas où tu veux en venir.
-Voy a parar -dijo Sancho- en que vuesa merced me señale salario conocido de lo que me ha de dar cada mes el tiempo que le sirviere, y que el tal salario se me pague de su hacienda; que no quiero estar a mercedes, que llegan tarde, o mal, o nunca; con lo mío me ayude Dios. En fin, yo quiero saber lo que gano, poco o mucho que sea, que sobre un huevo pone la gallina, y muchos pocos hacen un mucho, y mientras se gana algo no se pierde nada. Verdad sea que si sucediese, lo cual ni lo creo ni lo espero, que vuesa merced me diese la ínsula que me tiene prometida, no soy tan ingrato, ni llevo las cosas tan por los cabos, que no querré que se aprecie lo que montare la renta de la tal ínsula, y se descuente de mi salario gata por cantidad. – J’en veux venir, reprit Sancho, à ce que Votre Grâce m’alloue des gages fixes ; c’est-à-dire à ce que vous me donniez tant par mois pendant que je vous servirai, et que ces gages me soient payés sur vos biens. J’aime mieux cela que d’être à merci ; car les récompenses viennent, ou mal, ou jamais, et, comme on dit, de ce que j’ai que Dieu m’assiste. Enfin, je voudrais savoir ce que je gagne, peu ou beaucoup, car c’est sur un œuf que la poule en pond d’autres, et beaucoup de peu font un beaucoup, et tant qu’on gagne quelque chose on ne perd rien. À la vérité, s’il arrivait (ce que je ne crois ni n’espère) que Votre Grâce me donnât l’île qu’elle m’a promise, je ne suis pas si ingrat, et ne tire pas tellement les choses par les cheveux, que je ne consente à ce qu’on évalue le montant des revenus de cette île, et qu’on la rabatte de mes gages au marc la livre.
-Sancho amigo -respondió don Quijote-, a las veces, tan buena suele ser una gata como una rata. – Ami Sancho, répondit don Quichotte, à bon rat bon chat.[56]
-Ya entiendo -dijo Sancho-: yo apostaré que había de decir rata, y no gata; pero no importa nada, pues vuesa merced me ha entendido. – Je vous entends, dit Sancho, et je gage que vous voulez dire à bon chat bon rat ; mais qu’importe, puisque vous m’avez compris ?
-Y tan entendido -respondió don Quijote- que he penetrado lo último de tus pensamientos, y sé al blanco que tiras con las inumerables saetas de tus refranes. Mira, Sancho: yo bien te señalaría salario, si hubiera hallado en alguna de las historias de los caballeros andantes ejemplo que me descubriese y mostrase, por algún pequeño resquicio, qué es lo que solían ganar cada mes, o cada año; pero yo he leído todas o las más de sus historias, y no me acuerdo haber leído que ningún caballero andante haya señalado conocido salario a su escudero. Sólo sé que todos servían a merced, y que, cuando menos se lo pensaban, si a sus señores les había corrido bien la suerte, se hallaban premiados con una ínsula, o con otra cosa equivalente, y, por lo menos, quedaban con título y señoría. Si con estas esperanzas y aditamentos vos, Sancho, gustáis de volver a servirme, sea en buena hora: que pensar que yo he de sacar de sus términos y quicios la antigua usanza de la caballería andante es pensar en lo escusado. Así que, Sancho mío, volveos a vuestra casa, y declarad a vuestra Teresa mi intención; y si ella gustare y vos gustáredes de estar a merced conmigo, bene quidem; y si no, tan amigos como de antes; que si al palomar no le falta cebo, no le faltarán palomas. Y advertid, hijo, que vale más buena esperanza que ruin posesión, y buena queja que mala paga. Hablo de esta manera, Sancho, por daros a entender que también como vos sé yo arrojar refranes como llovidos. Y, finalmente, quiero decir, y os digo, que si no queréis venir a merced conmigo y correr la suerte que yo corriere, que Dios quede con vos y os haga un santo; que a mí no me faltarán escuderos más obedientes, más solícitos, y no tan empachados ni tan habladores como vos. – Si bien compris, continua don Quichotte, que j’ai pénétré le fond de tes pensées, et deviné à quel blanc tu tires avec les innombrables flèches de tes proverbes. Écoute, Sancho, je te fixerais bien volontiers des gages, si j’avais trouvé dans quelqu’une des histoires de chevaliers errants un exemple qui me fît découvrir ou me laissât seulement entrevoir par une fente ce que les écuyers avaient coutume de gagner par mois ou par année ; mais, quoique j’aie lu toutes ces histoires ou la plupart d’entre elles, je ne me rappelle pas avoir lu qu’aucun chevalier errant eût fixé des gages à son écuyer. Je sais seulement que tous les écuyers servaient à merci, et que, lorsqu’ils y pensaient le moins, si la chance tournait bien à leurs maîtres, ils se trouvaient récompensés par une île ou quelque chose d’équivalent, et que pour le moins ils attrapaient un titre et une seigneurie. Si, avec ces espérances et ces augmentations, il vous plaît, Sancho, de rentrer à mon service, à la bonne heure ; mais si vous pensez que j’ôterai de ses gonds et de ses limites l’antique coutume de la chevalerie errante, je vous baise les mains. Ainsi donc, mon cher Sancho, retournez chez vous, et déclarez ma résolution à votre Thérèse. S’il lui plaît à elle et s’il vous plaît à vous de me servir à merci, bene quidem ; sinon, amis comme devant ; car si l’appât ne manque point au colombier, les pigeons n’y manqueront pas non plus. Et prenez garde, mon fils, que mieux vaut bonne espérance que mauvaise possession, et bonne plainte que mauvais payement. Je vous parle de cette manière, Sancho, pour vous faire entendre que je sais aussi bien que vous lâcher des proverbes comme s’il en pleuvait. Finalement, je veux vous dire, et je vous dis en effet que, si vous ne voulez pas me suivre à merci, et courir la chance que je courrai, que Dieu vous bénisse et vous sanctifie, je ne manquerai pas d’écuyers plus obéissants, plus empressés, et surtout moins gauches et moins bavards que vous. »
Cuando Sancho oyó la firme resolución de su amo se le anubló el cielo y se le cayeron las alas del corazón, porque tenía creído que su señor no se iría sin él por todos los haberes del mundo; y así, estando suspenso y pensativo, entró Sansón Carrasco y la sobrina, deseosos de oír con qué razones persuadía a su señor que no tornarse a buscar las aventuras. Llegó Sansón, socarrón famoso, y, abrazándole como la vez primera y con voz levantada, le dijo. Lorsque Sancho entendit la ferme résolution de son maître, il sentit ses yeux se couvrir de nuages et les ailes du cœur lui tombèrent, car il s’était persuadé que son seigneur ne partirait pas sans lui pour tous les trésors du monde. Tandis qu’il était indécis et rêveur, Samson Carrasco entra, et, derrière lui, la gouvernante et la nièce, empressées de savoir par quelles raisons il persuaderait à leur seigneur de ne pas retourner à la quête des aventures. Samson s’approcha, et, toujours prêt à rire et à gausser, ayant embrassé don Quichotte comme la première fois, il lui dit d’une voix éclatante :
-¡Oh flor de la andante caballería; oh luz resplandeciente de las armas; oh honor y espejo de la nación española! Plega a Dios todopoderoso, donde más largamente se contiene, que la persona o personas que pusieren impedimento y estorbaren tu tercera salida, que no la hallen en el laberinto de sus deseos, ni jamás se les cumpla lo que mal desearen. « Ô fleur de la chevalerie errante ! ô brillante lumière des armes ! ô honneur et miroir de la nation espagnole ! plaise à Dieu tout-puissant, suivant la formule, que la personne ou les personnes qui voudraient mettre obstacle à ta troisième sortie ne trouvent plus elles-mêmes de sortie dans le labyrinthe de leurs désirs, et qu’elles ne voient jamais s’accomplir ce qu’elles ne souhaitent point ! »
Y, volviéndose al ama, le dijo. Et, se tournant vers la gouvernante, il lui dit :
-Bien puede la señora ama no rezar más la oración de Santa Apolonia, que yo sé que es determinación precisa de las esferas que el señor don Quijote vuelva a ejecutar sus altos y nuevos pensamientos, y yo encargaría mucho mi conciencia si no intimase y persuadiese a este caballero que no tenga más tiempo encogida y detenida la fuerza de su valeroso brazo y la bondad de su ánimo valentísimo, porque defrauda con su tardanza el derecho de los tuertos, el amparo de los huérfanos, la honra de las doncellas, el favor de las viudas y el arrimo de las casadas, y otras cosas deste jaez, que tocan, atañen, dependen y son anejas a la orden de la caballería andante. ¡Ea, señor don Quijote mío, hermoso y bravo, antes hoy que mañana se ponga vuestra merced y su grandeza en camino; y si alguna cosa faltare para ponerle en ejecución, aquí estoy yo para suplirla con mi persona y hacienda; y si fuere necesidad servir a tu magnificencia de escudero, lo tendré a felicísima ventura. « Vous pouvez bien, dame gouvernante, vous dispenser de réciter l’oraison de sainte Apolline ; je sais qu’il est arrêté, par une immuable détermination des sphères célestes, que le seigneur don Quichotte doit mettre à exécution ses hautes et nouvelles pensées. Je chargerais lourdement ma conscience si je ne persuadais à ce chevalier, et ne lui intimais, au besoin, de ne pas tenir davantage au repos et dans la retraite la force de son bras valeureux et la bonté de son cœur imperturbable, pour qu’il ne prive pas plus longtemps le monde, par son retard, du redressement des torts, de la protection des orphelins, de l’honneur des filles, de l’appui des veuves, du soutien des femmes mariées, et autres choses de la même espèce qui touchent, appartiennent et adhèrent à l’ordre de la chevalerie errante. Allons, sus, mon bon seigneur don Quichotte, chevalier beau et brave, qu’aujourd’hui plutôt que demain Votre Grandeur se mette en route. Si quelque chose manque pour l’exécution de vos desseins, je suis là, prêt à y suppléer de mes biens et de ma personne, et, s’il fallait servir d’écuyer à Votre Magnificence, je m’en ferais un immense bonheur. »
A esta sazón, dijo don Quijote, volviéndose a Sancho. Aussitôt don Quichotte, se tournant vers Sancho :
-¿No te dije yo, Sancho, que me habían de sobrar escuderos? Mira quién se ofrece a serlo, sino el inaudito bachiller Sansón Carrasco, perpetuo trastulo y regocijador de los patios de las escuelas salmanticenses, sano de su persona, ágil de sus miembros, callado, sufridor así del calor como del frío, así de la hambre como de la sed, con todas aquellas partes que se requieren para ser escudero de un caballero andante. Pero no permita el cielo que, por seguir mi gusto, desjarrete y quiebre la coluna de las letras y el vaso de las ciencias, y tronque la palma eminente de las buenas y liberales artes. Quédese el nuevo Sansón en su patria, y, honrándola, honre juntamente las canas de sus ancianos padres; que yo con cualquier escudero estaré contento, ya que Sancho no se digna de venir conmigo. « Ne te l’ai-je pas dit, Sancho, que j’aurais des écuyers de reste ? Vois un peu qui s’offre à l’être ; rien moins que l’inouï bachelier Samson Carrasco, joie et perpétuel boute-en-train des galeries universitaires de Salamanque, sain de sa personne, agile de ses membres, discret et silencieux, patient dans le chaud comme dans le froid, dans la faim comme dans la soif, ayant enfin toutes les qualités requises pour être écuyer d’un chevalier errant. Mais à Dieu ne plaise que, pour satisfaire mon goût, je renverse la colonne des lettres, que je brise le vase de la science, que j’arrache la palme des beaux-arts. Non, que le nouveau Samson demeure dans sa patrie ; qu’en l’honorant, il honore aussi les cheveux blancs de son vieux père ; et moi je me contenterai du premier écuyer venu, puisque Sancho ne daigne plus venir avec moi.
-Sí digno -respondió Sancho, enternecido y llenos de lágrimas los ojos; y prosiguió-: No se dirá por mí, señor mío: el pan comido y la compañía deshecha; sí, que no vengo yo de alguna alcurnia desagradecida, que ya sabe todo el mundo, y especialmente mi pueblo, quién fueron los Panzas, de quien yo deciendo, y más, que tengo conocido y calado por muchas buenas obras, y por más buenas palabras, el deseo que vuestra merced tiene de hacerme merced; y si me he puesto en cuentas de tanto más cuanto acerca de mi salario, ha sido por complacer a mi mujer; la cual, cuando toma la mano a persuadir una cosa, no hay mazo que tanto apriete los aros de una cuba como ella aprieta a que se haga lo que quiere; pero, en efeto, el hombre ha de ser hombre, y la mujer, mujer; y, pues yo soy hombre dondequiera, que no lo puedo negar, también lo quiero ser en mi casa, pese a quien pesare; y así, no hay más que hacer, sino que vuestra merced ordene su testamento con su codicilo, en modo que no se pueda revolcar, y pongámonos luego en camino, porque no padezca el alma del señor Sansón, que dice que su conciencia le lita que persuada a vuestra merced a salir vez tercera por ese mundo; y yo de nuevo me ofrezco a servir a vuestra merced fiel y legalmente, tan bien y mejor que cuantos escuderos han servido a caballeros andantes en los pasados y presentes tiempos. – Si fait, je daigne, s’écria Sancho, tout attendri et les yeux pleins de larmes ; oh ! non, ce n’est pas de moi, mon seigneur, qu’on dira : « Pain mangé, compagnie faussée. » Je ne viens pas, Dieu merci, de cette race ingrate ; tout le monde sait, et mon village surtout, quels furent les Panza dont je descends ; d’autant plus que je connais et reconnais à beaucoup de bonnes œuvres, et plus encore à de bonnes paroles, le désir qu’a Votre Grâce de me faire merci ; et si je me suis mis en compte de tant et à quand au sujet de mes gages, ç’a été pour complaire à ma femme ; car dès qu’elle se met dans la tête de vous persuader une chose, il n’y a pas de maillet qui serre autant les cercles d’une cuve qu’elle vous serre le bouton pour que vous fassiez ce qu’elle veut. Mais enfin, l’homme doit être homme, et la femme femme ; et puisque je suis homme en quelque part que ce soit, sans qu’il me soit possible de le nier, je veux l’être aussi dans ma maison, en dépit de quiconque y trouverait à redire. Ainsi, il n’y a plus rien à faire, sinon que Votre Grâce couche par écrit son testament et son codicille, en manière qu’il ne se puisse rétorquer[57], et mettons-nous tout de suite en route, pour ne pas laisser dans la peine l’âme du seigneur Samson, qui dit que sa conscience l’oblige à persuader à Votre Grâce de sortir une troisième fois à travers ce monde. Quant à moi, je m’offre de nouveau à servir Votre Grâce fidèlement et loyalement, aussi bien et mieux encore qu’aucun écuyer ait servi chevalier errant dans les temps passés et présents. »
Admirado quedó el bachiller de oír el término y modo de hablar de Sancho Panza; que, puesto que había leído la primera historia de su señor, nunca creyó que era tan gracioso como allí le pintan; pero, oyéndole decir ahora testamento y codicilo que no se pueda revolcar, en lugar de testamento y codicilo que no se pueda revocar, creyó todo lo que dél había leído, y confirmólo por uno de los más solenes mentecatos de nuestros siglos; y dijo entre sí que tales dos locos como amo y mozo no se habrían visto en el mundo. Le bachelier resta tout émerveillé quand il entendit de quelle manière parlait Sancho Panza ; car, bien qu’ayant lu la première histoire de son maître, il ne pouvait s’imaginer que Sancho fût aussi gracieux qu’il y est dépeint. Mais en le voyant dire un testament et un codicille qu’on ne puisse rétorquer, au lieu d’un testament qu’on ne puisse révoquer, il crut tout ce qu’il avait lu sur son compte, et le tint bien décidément pour un des plus solennels insensés de notre siècle. Il dit même, entre ses dents, que deux fous tels que le maître et le valet ne s’étaient jamais vus au monde.
Finalmente, don Quijote y Sancho se abrazaron y quedaron amigos, y con parecer y beneplácito del gran Carrasco, que por entonces era su oráculo, se ordenó que de allí a tres días fuese su partida; en los cuales habría lugar de aderezar lo necesario para el viaje, y de buscar una celada de encaje, que en todas maneras dijo don Quijote que la había de llevar. Ofreciósela Sansón, porque sabía no se la negaría un amigo suyo que la tenía, puesto que estaba más escura por el orín y el moho que clara y limpia por el terso acero. Finalement, don Quichotte et Sancho s’embrassèrent et restèrent bons amis ; puis, sur l’avis et de l’agrément du grand Carrasco, qui était devenu leur oracle, il fut décidé qu’ils partiraient sous trois jours. Ce temps suffisait pour se munir de toutes les choses nécessaires au voyage, et pour chercher une salade à visière ; car don Quichotte voulait absolument en porter une. Samson s’offrit à la lui procurer, parce qu’il savait, dit-il, qu’un de ses amis qui en avait une ne la lui refuserait pas, bien qu’elle fût plus souillée par la rouille et la moisissure que luisante et polie par l’émeri.
Las maldiciones que las dos, ama y sobrina, echaron al bachiller no tuvieron cuento: mesaron sus cabellos, arañaron sus rostros, y, al modo de las endechaderas que se usaban, lamentaban la partida como si fuera la muerte de su señor. El designo que tuvo Sansón, para persuadirle a que otra vez saliese, fue hacer lo que adelante cuenta la historia, todo por consejo del cura y del barbero, con quien él antes lo había comunicado. Les malédictions que donnèrent au bachelier la gouvernante et la nièce furent sans mesure et sans nombre. Elles s’arrachèrent les cheveux, s’égratignèrent le visage, et, à la façon des pleureuses qu’on louait pour les enterrements[58], elles se lamentaient sur le départ de leur seigneur, comme si c’eût été sur sa mort. Le projet qu’avait Samson, en lui persuadant de se mettre encore une fois en campagne, était de faire ce que l’histoire rapportera plus loin ; toute cela sur le conseil du curé et du barbier, avec lesquels il s’était consulté d’abord.
En resolución, en aquellos tres días don Quijote y Sancho se acomodaron de lo que les pareció convenirles; y, habiendo aplacado Sancho a su mujer, y don Quijote a su sobrina y a su ama, al anochecer, sin que nadie lo viese, sino el bachiller, que quiso acompañarles media legua del lugar, se pusieron en camino del Toboso: don Quijote sobre su buen Rocinante, y Sancho sobre su antiguo rucio, proveídas las alforjas de cosas tocantes a la bucólica, y la bolsa de dineros que le dio don Quijote para lo que se ofreciese. Abrazóle Sansón, y suplicóle le avisase de su buena o mala suerte, para alegrarse con ésta o entristecerse con aquélla, como las leyes de su amistad pedían. Prometióselo don Quijote, dio Sansón la vuelta a su lugar, y los dos tomaron la de la gran ciudad del Toboso. Enfin, pendant ces trois jours, don Quichotte et Sancho se pourvurent de ce qui leur sembla convenable ; puis, ayant apaisé, Sancho sa femme, don Quichotte sa gouvernante et sa nièce, un beau soir, sans que personne les vît, sinon le bachelier, qui voulut les accompagner à une demi-lieue du village, ils prirent le chemin du Toboso, don Quichotte sur son bon cheval Rossinante, Sancho sur son ancien grison, le bissac bien fourni de provisions touchant la bucolique, et la bourse pleine d’argent que lui avait donné don Quichotte pour ce qui pouvait arriver. Samson embrassa le chevalier, et le supplia de lui faire savoir sa bonne ou sa mauvaise fortune, pour s’attrister de l’une et se réjouir de l’autre, comme l’exigeaient les lois de leur amitié. Don Quichotte lui en ayant fait la promesse, Samson prit la route de son village, et les deux autres celle de la grande ville du Toboso.