| II. Capítulo XVI. De lo que sucedió a don Quijote con un discreto caballero de la Mancha. | Chapitre XVI De ce qui arriva à don Quichotte avec un discret gentilhomme de la Manche |
| Con la alegría, contento y ufanidad que se ha dicho, seguía don Quijote su jornada, imaginándose por la pasada vitoria ser el caballero andante más valiente que tenía en aquella edad el mundo; daba por acabadas y a felice fin conducidas cuantas aventuras pudiesen sucederle de allí adelante; tenía en poco a los encantos y a los encantadores; no se acordaba de los inumerables palos que en el discurso de sus caballerías le habían dado, ni de la pedrada que le derribó la mitad de los dientes, ni del desagradecimiento de los galeotes, ni del atrevimiento y lluvia de estacas de los yangüeses. Finalmente, decía entre sí que si él hallara arte, modo o manera como desencantar a su señora Dulcinea, no invidiara a la mayor ventura que alcanzó o pudo alcanzar el más venturoso caballero andante de los pasados siglos. En estas imaginaciones iba todo ocupado, cuando Sancho le dijo. | Dans cette joie, ce ravissement et cet orgueil qu’on vient de dire, don Quichotte poursuivait sa route, s’imaginant, à l’occasion de sa victoire passée, qu’il était le plus vaillant chevalier que possédât le monde en cet âge. Il tenait pour achevées et menées à bonne fin autant d’aventures qu’il pourrait dorénavant lui en arriver ; il ne faisait plus aucun cas des enchantements et des enchanteurs ; il ne se souvenait plus des innombrables coups de bâton qu’il avait reçus dans le cours de ses expéditions chevaleresques, ni de la pluie de pierres qui lui cassa la moitié des dents, ni de l’ingratitude des galériens, ni de l’insolence et de la volée de gourdins des muletiers yangois. Finalement, il se disait tout bas que, s’il trouvait quelque moyen, quelque invention pour désenchanter sa dame Dulcinée, il n’envierait pas le plus grand bonheur dont jouit ou put jouir le plus heureux chevalier errant des siècles passés. Il marchait tout absorbé dans ces rêves agréables, lorsque Sancho lui dit : |
| -¿No es bueno, señor, que aun todavía traigo entre los ojos las desaforadas narices, y mayores de marca, de mi compadre Tomé Cecial. | « N’est-il pas drôle, seigneur, que j’aie encore devant les yeux cet effroyable nez, ce nez démesuré de mon compère Tomé Cécial ? |
| -Y ¿crees tú, Sancho, por ventura, que el Caballero de los Espejos era el bachiller Carrasco; y su escudero, Tomé Cecial, tu compadre. | – Est-ce que tu crois, par hasard, Sancho, répondit don Quichotte, que le chevalier des Miroirs était le bachelier Carrasco, et son écuyer, Tomé Cécial, ton compère ? |
| -No sé qué me diga a eso -respondió Sancho-; sólo sé que las señas que me dio de mi casa, mujer y hijos no me las podría dar otro que él mesmo; y la cara, quitadas las narices, era la misma de Tomé Cecial, como yo se la he visto muchas veces en mi pueblo y pared en medio de mi misma casa; y el tono de la habla era todo uno. | – Je ne sais que dire à cela, reprit Sancho ; tout ce que je sais, c’est que les enseignes qu’il m’a données de ma maison, de ma femme et de mes enfants, sont telles, que personne autre que lui ne pourrait me les donner. Quant à la figure, ma foi, le nez ôté, c’était bien celle de Tomé Cécial, comme je l’ai vu mille et mille fois dans le pays, où nous demeurons porte à porte, et le son de voix était le même aussi. |
| -Estemos a razón, Sancho -replicó don Quijote-. Ven acá: ¿en qué consideración puede caber que el bachiller Sansón Carrasco viniese como caballero andante, armado de armas ofensivas y defensivas, a pelear conmigo? ¿He sido yo su enemigo por ventura? ¿Hele dado yo jamás ocasión para tenerme ojeriza? ¿Soy yo su rival, o hace él profesión de las armas, para tener invidia a la fama que yo por ellas he ganado. | – Soyons raisonnables, Sancho, répliqua don Quichotte. Viens ici, et dis-moi : en quel esprit peut-il tomber que le bachelier Samson Carrasco s’en vienne, comme chevalier errant, pourvu d’armes offensives et défensives, combattre avec moi ? Ai-je été son ennemi par hasard ? lui ai-je donné jamais occasion de me porter rancune ? suis-je son rival, ou bien professe-t-il les armes, pour être jaloux de la renommée que je m’y suis acquise ? |
| -Pues, ¿qué diremos, señor -respondió Sancho-, a esto de parecerse tanto aquel caballero, sea el que se fuere, al bachiller Carrasco, y su escudero a Tomé Cecial, mi compadre? Y si ello es encantamento, como vuestra merced ha dicho, ¿no había en el mundo otros dos a quien se parecieran? | – Eh bien, que dirons-nous, seigneur, repartit Sancho, de ce que ce chevalier, qu’il soit ce qu’il voudra, ressemble tant au bachelier Carrasco, et son écuyer à Tomé Cécial, mon compère ? Et si c’est de l’enchantement, comme Votre Grâce a dit, est-ce qu’il n’y avait pas dans le monde deux autres hommes à qui ceux-là pussent ressembler ? |
| -Todo es artificio y traza -respondió don Quijote- de los malignos magos que me persiguen, los cuales, anteviendo que yo había de quedar vencedor en la contienda, se previnieron de que el caballero vencido mostrase el rostro de mi amigo el bachiller, porque la amistad que le tengo se pusiese entre los filos de mi espada y el rigor de mi brazo, y templase la justa ira de mi corazón, y desta manera quedase con vida el que con embelecos y falsías procuraba quitarme la mía. Para prueba de lo cual ya sabes, ¡oh Sancho!, por experiencia que no te dejará mentir ni engañar, cuán fácil sea a los encantadores mudar unos rostros en otros, haciendo de lo hermoso feo y de lo feo hermoso, pues no ha dos días que viste por tus mismos ojos la hermosura y gallardía de la sin par Dulcinea en toda su entereza y natural conformidad, y yo la vi en la fealdad y bajeza de una zafia labradora, con cataratas en los ojos y con mal olor en la boca; y más, que el perverso encantador que se atrevió a hacer una transformación tan mala no es mucho que haya hecho la de Sansón Carrasco y la de tu compadre, por quitarme la gloria del vencimiento de las manos. Pero, con todo esto, me consuelo; porque, en fin, en cualquiera figura que haya sido, he quedado vencedor de mi enemigo. | – Tout cela, reprit don Quichotte, n’est qu’artifice et machination des méchants magiciens qui me persécutent ; prévoyant que je resterais vainqueur dans la bataille, ils se sont arrangés pour que le chevalier vaincu montrât le visage de mon ami le bachelier, afin que l’amitié que je lui porte se mît entre sa gorge et le fil de mon épée, pour calmer la juste colère dont mon cœur était enflammé et que je laissasse la vie à celui qui cherchait, par des prestiges et des perfidies, à m’enlever la mienne. S’il faut t’en fournir des preuves, tu sais déjà bien, ô Sancho, par une expérience qui ne saurait te tromper, combien il est facile aux enchanteurs de changer les visages en d’autres, rendant beau ce qui est laid, et laid ce qui est beau, puisqu’il n’y a pas encore deux jours que tu as vu de tes propres yeux les charmes et les attraits de la sans pareille Dulcinée dans toute leur pureté, dans tout leur éclat naturel, tandis que moi je la voyais sous la laideur et la bassesse d’une grossière paysanne, avec de la chassie aux yeux et une mauvaise odeur dans la bouche. Est-il étonnant que l’enchanteur pervers qui a osé faire une si détestable transformation ait fait également celle de Samson Carrasco et de ton compère, pour m’ôter des mains la gloire du triomphe ? Mais, avec tout cela, je me console, parce qu’enfin, quelque figure qu’il ait prise, je suis resté vainqueur de mon ennemi. |
| -Dios sabe la verdad de todo -respondió Sancho. | – Dieu sait la vérité de toutes choses », répondit Sancho ; |
| Y como él sabía que la transformación de Dulcinea había sido traza y embeleco suyo, no le satisfacían las quimeras de su amo; pero no le quiso replicar, por no decir alguna palabra que descubriese su embuste. | et, comme il savait que la transformation de Dulcinée était une œuvre de sa ruse, il n’était point satisfait des chimériques raisons de son maître ; mais il ne voulait pas lui répliquer davantage, crainte de dire quelque parole qui découvrît sa supercherie. |
| En estas razones estaban cuando los alcanzó un hombre que detrás dellos por el mismo camino venía sobre una muy hermosa yegua tordilla, vestido un gabán de paño fino verde, jironado de terciopelo leonado, con una montera del mismo terciopelo; el aderezo de la yegua era de campo y de la jineta, asimismo de morado y verde. Traía un alfanje morisco pendiente de un ancho tahalí de verde y oro, y los borceguíes eran de la labor del tahalí; las espuelas no eran doradas, sino dadas con un barniz verde, tan tersas y bruñidas que, por hacer labor con todo el vestido, parecían mejor que si fuera de oro puro. Cuando llegó a ellos, el caminante los saludó cortésmente, y, picando a la yegua, se pasaba de largo; pero don Quijote le dijo. | Ils en étaient là de leur entretien, quand ils furent rejoints par un homme qui suivait le même chemin qu’eux, monté sur une belle jument gris pommelé. Il portait un gaban[106] de fin drap vert garni d’une bordure de velours fauve, et, sur la tête, une montéra du même velours. Les harnais de la jument étaient ajustés à l’écuyère et garnis de vert et de violet. Le cavalier portait un cimeterre moresque, pendu à un baudrier vert et or. Les brodequins étaient du même travail que le baudrier. Quant aux éperons, ils n’étaient pas dorés, mais simplement enduits d’un vernis vert, et si bien brunis, si luisants, que, par leur symétrie avec le reste du costume, ils avaient meilleure façon que s’ils eussent été d’or pur. Quand le voyageur arriva près d’eux, il les salua poliment, et, piquant des deux à sa monture, il allait passer outre ; mais don Quichotte le retint : |
| -Señor galán, si es que vuestra merced lleva el camino que nosotros y no importa el darse priesa, merced recibiría en que nos fuésemos juntos. | « Seigneur galant, lui dit-il, si Votre Grâce suit le même chemin que nous et n’est pas trop pressée, je serais flatté que nous fissions route ensemble. |
| -En verdad -respondió el de la yegua- que no me pasara tan de largo, si no fuera por temor que con la compañía de mi yegua no se alborotara ese caballo. | – En vérité, répondit le voyageur, je n’aurais point passé si vite si je n’eusse craint que le voisinage de ma jument n’inquiétât ce cheval. |
| -Bien puede, señor -respondió a esta sazón Sancho-, bien puede tener las riendas a su yegua, porque nuestro caballo es el más honesto y bien mirado del mundo: jamás en semejantes ocasiones ha hecho vileza alguna, y una vez que se desmandó a hacerla la lastamos mi señor y yo con las setenas. Digo otra vez que puede vuestra merced detenerse, si quisiere; que, aunque se la den entre dos platos, a buen seguro que el caballo no la arrostre. | – Oh ! seigneur, s’écria aussitôt Sancho, vous pouvez bien retenir la bride à votre jument, car notre cheval est le plus honnête et le mieux appris du monde. Jamais, en semblable occasion, il n’a fait la moindre fredaine, et, pour une seule fois qu’il s’est oublié, nous l’avons payé, mon maître et moi, à de gros intérêts. Mais enfin je répète que Votre Grâce peut s’arrêter si bon lui semble, car on servirait au cheval cette jument entre deux plats, qu’à coup sûr il n’y mettrait pas la dent. » |
| Detuvo la rienda el caminante, admirándose de la apostura y rostro de don Quijote, el cual iba sin celada, que la llevaba Sancho como maleta en el arzón delantero de la albarda del rucio; y si mucho miraba el de lo verde a don Quijote, mucho más miraba don Quijote al de lo verde, pareciéndole hombre de chapa. La edad mostraba ser de cincuenta años; las canas, pocas, y el rostro, aguileño; la vista, entre alegre y grave; finalmente, en el traje y apostura daba a entender ser hombre de buenas prendas. | Le voyageur retint la bride, étonné des façons et du visage de don Quichotte, lequel marchait tête nue, car Sancho portait sa salade comme une valise pendue à l’arçon du bât de son âne. Et si l’homme à l’habit vert regardait attentivement don Quichotte, don Quichotte regardait l’homme à l’habit vert encore plus attentivement, parce qu’il lui semblait un homme d’importance et de distinction. Son âge paraissait être de cinquante ans ; ses cheveux grisonnaient à peine ; il avait le nez aquilin, le regard moitié gai, moitié grave ; enfin, dans sa tenue et dans son maintien, il représentait un homme de belles qualités. |
| Lo que juzgó de don Quijote de la Mancha el de lo verde fue que semejante manera ni parecer de hombre no le había visto jamás: admiróle la longura de su caballo, la grandeza de su cuerpo, la flaqueza y amarillez de su rostro, sus armas, su ademán y compostura: figura y retrato no visto por luengos tiempos atrás en aquella tierra. Notó bien don Quijote la atención con que el caminante le miraba, y leyóle en la suspensión su deseo; y, como era tan cortés y tan amigo de dar gusto a todos, antes que le preguntase nada, le salió al camino, diciéndole: | Quant à lui, le jugement qu’il porta de don Quichotte fut qu’il n’avait jamais vu homme de semblable façon et de telle apparence. Tout l’étonnait, la longueur de son cheval, la hauteur de son corps, la maigreur et le teint jaune de son visage, ses armes, son air, son accoutrement, toute cette figure enfin, comme on n’en avait vu depuis longtemps dans le pays. Don Quichotte remarqua fort bien avec quelle attention l’examinait le voyageur, et dans sa surprise il lut son désir. Courtois comme il l’était, et toujours prêt à faire plaisir à tout le monde, avant que l’autre lui eût fait aucune question, il le prévint et dit : |
-Esta figura que vuesa merced en mí ha visto, por ser tan nueva y tan fuera de las que comúnmente se usan, no me maravillaría yo de que le hubiese maravillado; pero dejará vuesa merced de estarlo cuando le diga, como le digo, que soy caballero destos que dicen las gentes que a sus aventuras van. | « Cette figure que Votre Grâce voit en moi est si nouvelle, si hors de l’usage commun, que je ne m’étonnerais pas que vous en fussiez étonné. Mais Votre Grâce cessera de l’être quand je lui dirai que je suis chevalier, de ceux-là dont les gens disent qu’ils vont à leurs aventures. |
| Salí de mi patria, empeñé mi hacienda, dejé mi regalo, y entreguéme en los brazos de la Fortuna, que me llevasen donde más fuese servida. Quise resucitar la ya muerta andante caballería, y ha muchos días que, tropezando aquí, cayendo allí, despeñándome acá y levantándome acullá, he cumplido gran parte de mi deseo, socorriendo viudas, amparando doncellas y favoreciendo casadas, huérfanos y pupilos, propio y natural oficio de caballeros andantes; y así, por mis valerosas, muchas y cristianas hazañas he merecido andar ya en estampa en casi todas o las más naciones del mundo. Treinta mil volúmenes se han impreso de mi historia, y lleva camino de imprimirse treinta mil veces de millares, si el cielo no lo remedia. Finalmente, por encerrarlo todo en breves palabras, o en una sola, digo que yo soy don Quijote de la Mancha, por otro nombre llamado el Caballero de la Triste Figura; y, puesto que las propias alabanzas envilecen, esme forzoso decir yo tal vez las mías, y esto se entiende cuando no se halla presente quien las diga; así que, señor gentilhombre, ni este caballo, esta lanza, ni este escudo, ni escudero, ni todas juntas estas armas, ni la amarillez de mi rostro, ni mi atenuada flaqueza, os podrá admirar de aquí adelante, habiendo ya sabido quién soy y la profesión que hago. | J’ai quitté ma patrie, j’ai engagé mon bien, j’ai laissé le repos de ma maison, et je me suis jeté dans les bras de la fortune, pour qu’elle m’emmenât où il lui plairait. J’ai voulu ressusciter la défunte chevalerie errante, et, depuis bien des jours, bronchant ici, tombant là, me relevant plus loin, j’ai rempli mon désir en grande partie, en secourant des veuves, en protégeant des filles, en favorisant des mineurs et des orphelins, office propre aux chevaliers errants. Aussi, par mes nombreuses, vaillantes et chrétiennes prouesses, ai-je mérité de courir en lettres moulées presque tous les pays du globe. Trente mille volumes de mon histoire se sont imprimés déjà, et elle prend le chemin de s’imprimer trente mille milliers de fois, si le ciel n’y remédie. Finalement, pour tout renfermer en peu de paroles, ou même en une seule, je dis que je suis le chevalier don Quichotte de la Manche, appelé par surnom le chevalier de la Triste-Figure. Et, bien que les louanges propres avilissent, force m’est quelquefois de dire les miennes, j’entends lorsqu’il n’y a personne autre pour les dire. Ainsi donc, seigneur gentilhomme, ni ce cheval, ni cette lance, ni cet écu, ni cet écuyer, ni toutes ces armes ensemble, ni la pâleur de mon visage, ni la maigreur de mon corps, ne pourront plus vous surprendre désormais, puisque vous savez qui je suis et la profession que j’exerce. » |
| Calló en diciendo esto don Quijote, y el de lo verde, según se tardaba en responderle, parecía que no acertaba a hacerlo; pero de allí a buen espacio le dijo. | En achevant ces mots, don Quichotte se tut, et l’homme à l’habit vert tardait tellement à lui répondre, qu’on aurait dit qu’il ne pouvait en venir à bout. Cependant, après une longue pause, il lui dit : |
| -Acertastes, señor caballero, a conocer por mi suspensión mi deseo; pero no habéis acertado a quitarme la maravilla que en mí causa el haberos visto; que, puesto que, como vos, señor, decís, que el saber ya quién sois me lo podría quitar, no ha sido así; antes, agora que lo sé, quedo más suspenso y maravillado. ¿Cómo y es posible que hay hoy caballeros andantes en el mundo, y que hay historias impresas de verdaderas caballerías? No me puedo persuadir que haya hoy en la tierra quien favorezca viudas, ampare doncellas, ni honre casadas, ni socorra huérfanos, y no lo creyera si en vuesa merced no lo hubiera visto con mis ojos. ¡Bendito sea el cielo!, que con esa historia, que vuesa merced dice que está impresa, de sus altas y verdaderas caballerías, se habrán puesto en olvido las innumerables de los fingidos caballeros andantes, de que estaba lleno el mundo, tan en daño de las buenas costumbres y tan en perjuicio y descrédito de las buenas historias. | « Vous avez bien réussi, seigneur cavalier, à reconnaître mon désir dans ma surprise ; mais vous n’avez pas réussi de même à m’ôter l’étonnement que me cause votre vue ; car, bien que vous ayez dit, seigneur, que de savoir qui vous êtes suffirait pour me l’ôter, il n’en est point ainsi ; au contraire, maintenant que je le sais, je reste plus surpris, plus émerveillé que jamais. Comment ! est-il possible qu’il y ait aujourd’hui des chevaliers errants dans le monde, et des histoires imprimées de véritables chevaleries ? Je ne puis me persuader qu’il y ait aujourd’hui sur la terre quelqu’un qui protége les veuves, qui défende les filles, qui respecte les femmes mariées, qui secoure les orphelins ; et je ne le croirais pas si, dans Votre Grâce, je ne le voyais de mes yeux. Béni soit le ciel, qui a permis que cette histoire, que vous dites être imprimée, de vos nobles et véritables exploits de chevalerie, mette en oubli les innombrables prouesses des faux chevaliers errants dont le monde était plein, si fort au préjudice des bonnes œuvres et au discrédit des bonnes histoires ? |
| -Hay mucho que decir -respondió don Quijote- en razón de si son fingidas, o no, las historias de los andantes caballeros. | – Il y a bien des choses à dire, répondit don Quichotte, sur la question de savoir si les histoires des chevaliers errants sont ou non controuvées. |
| -Pues, ¿hay quien dude -respondió el Verde- que no son falsas las tales historias. | – Comment ! reprit l’homme vert, y aurait-il quelqu’un qui doutât de la fausseté de ces histoires ? |
| -Yo lo dudo -respondió don Quijote-, y quédese esto aquí; que si nuestra jornada dura, espero en Dios de dar a entender a vuesa merced que ha hecho mal en irse con la corriente de los que tienen por cierto que no son verdaderas. | – Moi, j’en doute, répliqua don Quichotte ; mais laissons cela pour le moment, et, si notre voyage dure quelque peu, j’espère en Dieu de faire comprendre à Votre Grâce que vous avez mal fait de suivre le courant de ceux qui tiennent pour certain que ces histoires ne sont pas véritables. » |
| Desta última razón de don Quijote tomó barruntos el caminante de que don Quijote debía de ser algún mentecato, y aguardaba que con otras lo confirmase; pero, antes que se divertiesen en otros razonamientos, don Quijote le rogó le dijese quién era, pues él le había dado parte de su condición y de su vida. A lo que respondió el del Verde Gabán. | À ce dernier propos de don Quichotte, le voyageur eut le soupçon que ce devait être quelque cerveau timbré, et il attendit que d’autres propos vinssent confirmer son idée ; mais, avant de passer à de nouveaux sujets d’entretien, don Quichotte le pria de lui dire à son tour qui il était, puisqu’il lui avait rendu compte de sa condition et de sa manière de vivre. À cela, l’homme au gaban vert répondit : |
| -Yo, señor Caballero de la Triste Figura, soy un hidalgo natural de un lugar donde iremos a comer hoy, si Dios fuere servido. Soy más que medianamente rico y es mi nombre don Diego de Miranda; paso la vida con mi mujer, y con mis hijos, y con mis amigos; mis ejercicios son el de la caza y pesca, pero no mantengo ni halcón ni galgos, sino algún perdigón manso, o algún hurón atrevido. Tengo hasta seis docenas de libros, cuáles de romance y cuáles de latín, de historia algunos y de devoción otros; los de caballerías aún no han entrado por los umbrales de mis puertas. Hojeo más los que son profanos que los devotos, como sean de honesto entretenimiento, que deleiten con el lenguaje y admiren y suspendan con la invención, puesto que déstos hay muy pocos en España. Alguna vez como con mis vecinos y amigos, y muchas veces los convido; son mis convites limpios y aseados, y no nada escasos; ni gusto de murmurar, ni consiento que delante de mí se murmure; no escudriño las vidas ajenas, ni soy lince de los hechos de los otros; oigo misa cada día; reparto de mis bienes con los pobres, sin hacer alarde de las buenas obras, por no dar entrada en mi corazón a la hipocresía y vanagloria, enemigos que blandamente se apoderan del corazón más recatado; procuro poner en paz los que sé que están desavenidos; soy devoto de nuestra Señora, y confío siempre en la misericordia infinita de Dios nuestro Señor. | « Moi, seigneur chevalier de la Triste-Figure, je suis un hidalgo, natif d’un bourg où nous irons dîner aujourd’hui, s’il plaît à Dieu. Je suis plus que médiocrement riche, et mon nom est don Diego de Miranda. Je passe la vie avec ma femme, mes enfants et mes amis. Mes exercices sont la chasse et la pêche ; mais je n’entretiens ni faucons, ni lévriers de course ; je me contente de quelque chien d’arrêt docile, ou d’un hardi furet. J’ai environ six douzaines de livres, ceux-là en espagnol, ceux-ci en latin, quelques-uns d’histoire, d’autres de dévotion. Quant aux livres de chevalerie, ils n’ont pas encore passé le seuil de ma porte. Je feuillette les ouvrages profanes de préférence à ceux de dévotion, pourvu qu’ils soient d’honnête passe-temps, qu’ils satisfassent par le bon langage, qu’ils étonnent et plaisent par l’invention ; et de ceux-là, il y en a fort peu dans notre Espagne. Quelquefois je dîne chez mes voisins et mes amis, plus souvent je les invite. Mes repas sont servis avec propreté, avec élégance, et sont assez abondants. Je n’aime point mal parler des gens, et je ne permets point qu’on en parle mal devant moi, Je ne scrute pas la vie des autres, et je ne suis pas à l’affût des actions d’autrui. J’entends la messe chaque jour ; je donne aux pauvres une partie de mon bien, sans faire parade des bonnes œuvres, pour ne pas ouvrir accès dans mon âme à l’hypocrisie et à la vanité, ennemis qui s’emparent tout doucement du cœur le plus modeste et le plus circonspect. J’essaye de réconcilier ceux qui sont en brouille, je suis dévot à Notre-Dame, et j’ai toujours pleine confiance en la miséricorde infinie de Dieu Notre-Seigneur. » |
| Atentísimo estuvo Sancho a la relación de la vida y entretenimientos del hidalgo; y, pareciéndole buena y santa y que quien la hacía debía de hacer milagros, se arrojó del rucio, y con gran priesa le fue a asir del estribo derecho, y con devoto corazón y casi lágrimas le besó los pies una y muchas veces. Visto lo cual por el hidalgo, le preguntó. | Sancho avait écouté très-attentivement cette relation de la vie et des occupations de l’hidalgo. Trouvant qu’une telle vie était bonne et sainte, et que celui qui la menait devait faire des miracles, il sauta à bas du grison, et fut en grande hâte saisir l’étrier droit du gentilhomme ; puis, d’un cœur dévot et les larmes aux yeux, il lui baisa le pied à plusieurs reprises. L’hidalgo voyant son action : |
| -¿Qué hacéis, hermano? ¿Qué besos son éstos. | « Que faites-vous, frère ? s’écria-t-il. Quels baisers sont-ce là ? |
| -Déjenme besar -respondió Sancho-, porque me parece vuesa merced el primer santo a la jineta que he visto en todos los días de mi vida. | – Laissez-moi baiser, répondit Sancho, car il me semble que Votre Grâce est le premier saint à cheval que j’aie vu en tous les jours de ma vie. |
| -No soy santo -respondió el hidalgo-, sino gran pecador; vos sí, hermano, que debéis de ser bueno, como vuestra simplicidad lo muestra. | – Je ne suis pas un saint, reprit l’hidalgo, mais un grand pécheur. Vous, à la bonne heure, frère, qui devez être compté parmi les bons, à en juger par votre simplicité. » |
| Volvió Sancho a cobrar la albarda, habiendo sacado a plaza la risa de la profunda malencolía de su amo y causado nueva admiración a don Diego. Preguntóle don Quijote que cuántos hijos tenía, y díjole que una de las cosas en que ponían el sumo bien los antiguos filósofos, que carecieron del verdadero conocimiento de Dios, fue en los bienes de la naturaleza, en los de la fortuna, en tener muchos amigos y en tener muchos y buenos hijos. | Sancho remonta sur son bât, après avoir tiré le rire de la profonde mélancolie de son maître, et causé un nouvel étonnement à don Diego. Don Quichotte demanda à celui-ci combien d’enfants il avait, et lui dit qu’une des choses en quoi les anciens philosophes, qui manquèrent de la connaissance du vrai Dieu, avaient placé le souverain bien, fut de posséder les avantages de la nature et ceux de la fortune, d’avoir beaucoup d’amis, et des enfants nombreux et bons. |
| -Yo, señor don Quijote -respondió el hidalgo-, tengo un hijo, que, a no tenerle, quizá me juzgara por más dichoso de lo que soy; y no porque él sea malo, sino porque no es tan bueno como yo quisiera. Será de edad de diez y ocho años: los seis ha estado en Salamanca, aprendiendo las lenguas latina y griega; y, cuando quise que pasase a estudiar otras ciencias, halléle tan embebido en la de la poesía, si es que se puede llamar ciencia, que no es posible hacerle arrostrar la de las leyes, que yo quisiera que estudiara, ni de la reina de todas, la teología. Quisiera yo que fuera corona de su linaje, pues vivimos en siglo donde nuestros reyes premian altamente las virtuosas y buenas letras; porque letras sin virtud son perlas en el muladar. Todo el día se le pasa en averiguar si dijo bien o mal Homero en tal verso de la Ilíada; si Marcial anduvo deshonesto, o no, en tal epigrama; si se han de entender de una manera o otra tales y tales versos de Virgilio. En fin, todas sus conversaciones son con los libros de los referidos poetas, y con los de Horacio, Persio, Juvenal y Tibulo; que de los modernos romancistas no hace mucha cuenta; y, con todo el mal cariño que muestra tener a la poesía de romance, le tiene agora desvanecidos los pensamientos el hacer una glosa a cuatro versos que le han enviado de Salamanca, y pienso que son de justa literaria. | « Pour moi, seigneur don Quichotte, répondit l’hidalgo, j’ai un fils tel que, peut-être, si je ne l’avais pas, je me trouverais plus heureux que je ne suis ; non pas qu’il soit mauvais, mais parce qu’il n’est pas aussi bon que j’aurais voulu. Il peut avoir dix-huit ans ; les six dernières années, il les a passées à Salamanque, pour apprendre les langues latine et grecque ; mais quand j’ai voulu qu’il passât à l’étude d’autres sciences, je l’ai trouvé si imbu, si entêté de celle de la poésie (si toutefois elle peut s’appeler science), qu’il est impossible de le faire mordre à celle du droit, que je voudrais qu’il étudiât, ni à la reine de toutes les sciences, la théologie. J’aurais désiré qu’il fût comme la couronne de sa race, puisque nous vivons dans un siècle où nos rois récompensent magnifiquement les gens de lettres vertueux[107], car les lettres sans la vertu sont des perles sur le fumier. Il passe tout le jour à vérifier si Homère a dit bien ou mal dans tel vers de l’Iliade, si Martial fut ou non déshonnête dans telle épigramme, s’il faut entendre d’une façon ou d’une autre tel ou tel vers de Virgile. Enfin, toutes ses conversations sont avec les livres de ces poëtes, ou avec ceux d’Horace, de Perse, de Juvénal, de Tibulle, car des modernes rimeurs il ne fait pas grand cas ; et pourtant ; malgré le peu d’affection qu’il porte à la poésie vulgaire, il a maintenant la tête à l’envers pour composer une glose sur quatre vers qu’on lui a envoyés de Salamanque, |
| A todo lo cual respondió don Quijote. | et qui sont, à ce que je crois, le sujet d’une joute littéraire. |
| -Los hijos, señor, son pedazos de las entrañas de sus padres, y así, se han de querer, o buenos o malos que sean, como se quieren las almas que nos dan vida; a los padres toca el encaminarlos desde pequeños por los pasos de la virtud, de la buena crianza y de las buenas y cristianas costumbres, para que cuando grandes sean báculo de la vejez de sus padres y gloria de su posteridad; y en lo de forzarles que estudien esta o aquella ciencia no lo tengo por acertado, aunque el persuadirles no será dañoso; y cuando no se ha de estudiar para pane lucrando, siendo tan venturoso el estudiante que le dio el cielo padres que se lo dejen, sería yo de parecer que le dejen seguir aquella ciencia a que más le vieren inclinado; y, aunque la de la poesía es menos útil que deleitable, no es de aquellas que suelen deshonrar a quien las posee. La poesía, señor hidalgo, a mi parecer, es como una doncella tierna y de poca edad, y en todo estremo hermosa, a quien tienen cuidado de enriquecer, pulir y adornar otras muchas doncellas, que son todas las otras ciencias, y ella se ha de servir de todas, y todas se han de autorizar con ella; pero esta tal doncella no quiere ser manoseada, ni traída por las calles, ni publicada por las esquinas de las plazas ni por los rincones de los palacios. Ella es hecha de una alquimia de tal virtud, que quien la sabe tratar la volverá en oro purísimo de inestimable precio; hala de tener, el que la tuviere, a raya, no dejándola correr en torpes sátiras ni en desalmados sonetos; no ha de ser vendible en ninguna manera, si ya no fuere en poemas heroicos, en lamentables tragedias, o en comedias alegres y artificiosas; no se ha de dejar tratar de los truhanes, ni del ignorante vulgo, incapaz de conocer ni estimar los tesoros que en ella se encierran. Y no penséis, señor, que yo llamo aquí vulgo solamente a la gente plebeya y humilde; que todo aquel que no sabe, aunque sea señor y príncipe, puede y debe entrar en número de vulgo. Y así, el que con los requisitos que he dicho tratare y tuviere a la poesía, será famoso y estimado su nombre en todas las naciones políticas del mundo. Y a lo que decís, señor, que vuestro hijo no estima mucho la poesía de romance, doyme a entender que no anda muy acertado en ello, y la razón es ésta: el grande Homero no escribió en latín, porque era griego, ni Virgilio no escribió en griego, porque era latino. En resolución, todos los poetas antiguos escribieron en la lengua que mamaron en la leche, y no fueron a buscar las estranjeras para declarar la alteza de sus conceptos. Y, siendo esto así, razón sería se estendiese esta costumbre por todas las naciones, y que no se desestimase el poeta alemán porque escribe en su lengua, ni el castellano, ni aun el vizcaíno, que escribe en la suya. Pero vuestro hijo, a lo que yo, señor, imagino, no debe de estar mal con la poesía de romance, sino con los poetas que son meros romancistas, sin saber otras lenguas ni otras ciencias que adornen y despierten y ayuden a su natural impulso; y aun en esto puede haber yerro; porque, según es opinión verdadera, el poeta nace: quieren decir que del vientre de su madre el poeta natural sale poeta; y, con aquella inclinación que le dio el cielo, sin más estudio ni artificio, compone cosas, que hace verdadero al que dijo: est Deus in nobis... , etcétera. También digo que el natural poeta que se ayudare del arte será mucho mejor y se aventajará al poeta que sólo por saber el arte quisiere serlo; la razón es porque el arte no se aventaja a la naturaleza, sino perficiónala; así que, mezcladas la naturaleza y el arte, y el arte con la naturaleza, sacarán un perfetísimo poeta. Sea, pues, la conclusión de mi plática, señor hidalgo, que vuesa merced deje caminar a su hijo por donde su estrella le llama; que, siendo él tan buen estudiante como debe de ser, y habiendo ya subido felicemente el primer escalón de las esencias, que es el de las lenguas, con ellas por sí mesmo subirá a la cumbre de las letras humanas, las cuales tan bien parecen en un caballero de capa y espada, y así le adornan, honran y engrandecen, como las mitras a los obispos, o como las garnachas a los peritos jurisconsultos. Riña vuesa merced a su hijo si hiciere sátiras que perjudiquen las honras ajenas, y castíguele, y rómpaselas, pero si hiciere sermones al modo de Horacio, donde reprehenda los vicios en general, como tan elegantemente él lo hizo, alábele: porque lícito es al poeta escribir contra la invidia, y decir en sus versos mal de los invidiosos, y así de los otros vicios, con que no señale persona alguna; pero hay poetas que, a trueco de decir una malicia, se pondrán a peligro que los destierren a las islas de Ponto. Si el poeta fuere casto en sus costumbres, lo será también en sus versos; la pluma es lengua del alma: cuales fueren los conceptos que en ella se engendraren, tales serán sus escritos; y cuando los reyes y príncipes veen la milagrosa ciencia de la poesía en sujetos prudentes, virtuosos y graves, los honran, los estiman y los enriquecen, y aun los coronan con las hojas del árbol a quien no ofende el rayo, como en señal que no han de ser ofendidos de nadie los que con tales coronas veen honrados y adornadas sus sienes. | – Les enfants, seigneur, répondit don Quichotte, sont une portion des entrailles de leurs parents ; il faut donc les aimer, qu’ils soient bons ou mauvais, comme on aime les âmes qui nous donnent la vie. C’est aux parents qu’il appartient de les diriger dès l’enfance dans le sentier de la vertu, de la bonne éducation, des mœurs sages et chrétiennes, pour qu’étant hommes, ils soient le bâton de la vieillesse de leurs parents et la gloire de leur postérité. Quant à les forcer d’étudier telle science plutôt que telle autre, je ne le trouve ni prudent ni sage, bien que leur donner des conseils sur ce point ne soit pas nuisible. Lorsqu’il ne s’agit pas d’étudier de pane lucrando, et si l’étudiant est assez heureux pour que le ciel lui ait donné des parents qui lui assurent du pain, je serais volontiers d’avis qu’on le laissât suivre la science pour laquelle il se sentirait le plus d’inclination ; et, bien que celle de la poésie soit moins utile qu’agréable, du moins elle n’est pas de ces sciences qui déshonorent ceux qui les cultivent. La poésie, seigneur hidalgo, est, à mon avis, comme une jeune fille d’un âge tendre et d’une beauté parfaite, que prennent soin de parer et d’enrichir plusieurs autres jeunes filles, qui sont toutes les autres sciences, car elle doit se servir de toutes, et toutes doivent se rehausser par elle. Mais cette aimable vierge ne veut pas être maniée, ni traînée dans les rues, ni affichée dans les carrefours, ni publiée aux quatre coins des palais[108]. Elle est faite d’une alchimie de telle vertu, que celui qui la sait traiter la changera en or pur d’un prix inestimable. Il doit la tenir en laisse, et ne pas la laisser courir dans de honteuses satires ou des sonnets ignobles. Il ne faut la vendre en aucune façon, à moins que ce ne soit en poëmes héroïques, en lamentables tragédies, en comédies ingénieuses et divertissantes ; mais elle ne doit jamais tomber aux mains des baladins ou du vulgaire ignorant, qui ne sait ni reconnaître ni estimer les trésors qu’elle renferme. Et n’allez pas croire, seigneur, que j’appelle ici vulgaire seulement les gens du peuple et d’humble condition ; quiconque ne sait rien, fût-il seigneur et prince, doit être rangé dans le nombre du vulgaire. Ainsi donc, celui qui traitera la poésie avec toutes les qualités que je viens d’indiquer, rendra son nom célèbre et honorable parmi toutes les nations policées de la terre. Quant à ce que vous dites, seigneur, que votre fils n’estime pas beaucoup la poésie en langue castillane, j’aime à croire qu’il se trompe en ce point, et voici ma raison ; le grand Homère n’a pas écrit en latin, parce qu’il était Grec, et Virgile n’a pas écrit en grec, parce qu’il était Latin.[109] En un mot, tous les poëtes anciens écrivirent dans la langue qu’ils avaient tétée avec le lait, et ne s’en allèrent pas chercher les langues étrangères pour exprimer leurs hautes pensées. Puisqu’il en est ainsi, rien ne serait plus raisonnable que d’étendre cette coutume à toutes les nations, et de ne pas déprécier le poëte allemand parce qu’il écrit dans sa langue, ni le Castillan, ni même le Biscayen, parce qu’il écrit dans la sienne. Mais, à ce que j’imagine, votre fils, seigneur, ne doit pas être indisposé contre la poésie vulgaire ; c’est plutôt contre les poëtes qui sont de simples faiseurs de couplets, sans savoir d’autres langues ni posséder d’autres sciences, pour éveiller, soutenir et parer leur talent naturel. Et même en cela on peut se tromper ; car, suivant l’opinion bien fondée, le poëte naît[110] ; c’est-à-dire que, du ventre de sa mère, le poëte de nature sort poëte ; et avec cette seule inclination que lui donne le ciel, sans plus d’étude ni d’effort, il fait des choses qui justifient celui qui a dit : Est deus in nobis[111], etc. J’ajoute encore que le poëte de nature qui s’aidera de l’art sera bien supérieur à celui qui veut être poëte uniquement parce qu’il connaît l’art. La raison en est que l’art ne l’emporte pas sur la nature, mais qu’il la perfectionne ; ainsi, que la nature se mêle à l’art, et l’art à la nature, alors ils formeront un poëte parfait. Or donc, la conclusion de mon discours, seigneur hidalgo, c’est que vous laissiez cheminer votre fils par où l’entraîne son étoile. Puisqu’il est aussi bon étudiant qu’il puisse être, puisqu’il a heureusement franchi la première marche des sciences, qui est celle des langues anciennes, avec leur secours il montera de lui-même au faîte des lettres humaines, lesquelles siéent aussi bien à un gentilhomme de cape et d’épée, pour le parer, l’honorer et le grandir, que les mitres aux évêques, ou les toges aux habiles jurisconsultes. Grondez votre fils, seigneur, s’il fait des satires qui nuisent à la réputation d’autrui ; punissez-le et mettez son ouvrage en pièces. Mais s’il fait des sermons à la manière d’Horace, où il gourmande les vices en général, avec autant d’élégance que l’a fait son devancier, alors louez-le, car il est permis au poëte d’écrire contre l’envie, de déchirer les envieux dans ses vers, et de traiter ainsi tous les autres vices, pourvu qu’il ne désigne aucune personne. Mais il y a des poëtes qui, pour dire une malice, s’exposeraient à se faire exiler dans les îles du Pont[112]. Si le poëte est chaste dans ses mœurs, il le sera aussi dans ses vers. La plume est la langue de l’âme ; telles pensées engendre l’une, tels écrits trace l’autre. Quand les rois et les princes trouvent la miraculeuse science de la poésie dans des hommes prudents, graves et vertueux, ils les honorent, les estiment, les enrichissent, et les couronnent enfin avec les feuilles de l’arbre que la foudre ne frappe jamais[113], pour annoncer que personne ne doit faire offense à ceux dont le front est paré de telles couronnes. » |
| Admirado quedó el del Verde Gabán del razonamiento de don Quijote, y tanto, que fue perdiendo de la opinión que con él tenía, de ser mentecato. Pero, a la mitad desta plática, Sancho, por no ser muy de su gusto, se había desviado del camino a pedir un poco de leche a unos pastores que allí junto estaban ordeñando unas ovejas; y, en esto, ya volvía a renovar la plática el hidalgo, satisfecho en estremo de la discreción y buen discurso de don Quijote, cuando, alzando don Quijote la cabeza, vio que por el camino por donde ellos iban venía un carro lleno de banderas reales; y, creyendo que debía de ser alguna nueva aventura, a grandes voces llamó a Sancho que viniese a darle la celada. El cual Sancho, oyéndose llamar, dejó a los pastores, y a toda priesa picó al rucio, y llegó donde su amo estaba, a quien sucedió una espantosa y desatinada aventura. | L’homme au gaban vert resta tout interdit de la harangue de don Quichotte, au point de perdre peu à peu l’opinion qu’il avait conçue de la maladie de son cerveau. À la moitié de cette dissertation, qui n’était pas fort de son goût, Sancho s’était écarté du chemin pour demander un peu de lait à des bergers qui étaient près de là, occupés à traire leurs brebis. En ce moment l’hidalgo allait reprendre l’entretien, enchanté de l’esprit et du bon sens de don Quichotte, lorsque celui-ci, levant les yeux, vit venir, sur le chemin qu’ils suivaient, un char surmonté de bannières aux armes royales. Croyant que ce devait être quelque nouvelle aventure, il appela Sancho à grands cris pour qu’il vînt lui apporter sa salade. Sancho, qui s’entendit appeler, laissa les bergers, talonna de toutes ses forces le grison, et accourut auprès de son maître, auquel il arriva, comme on va le voir, une insensée et épouvantable aventure. |