| II. Capítulo XVII. De donde se declaró el último punto y estremo adonde llegó y pudo llegar el inaudito ánimo de don Quijote, con la felicemente acabada aventura de los leones. | Chapitre XVII Où se manifeste le dernier terme qu’atteignit et que put atteindre la valeur inouïe de don Quichotte, dans l’heureuse fin qu’il donna à l’aventure des lions |
| Cuenta la historia que cuando don Quijote daba voces a Sancho que le trujese el yelmo, estaba él comprando unos requesones que los pastores le vendían; y, acosado de la mucha priesa de su amo, no supo qué hacer dellos, ni en qué traerlos, y, por no perderlos, que ya los tenía pagados, acordó de echarlos en la celada de su señor, y con este buen recado volvió a ver lo que le quería; el cual, en llegando, le dijo. | L’histoire raconte que, lorsque don Quichotte appelait Sancho pour qu’il lui apportât son armet, l’autre achetait du fromage blanc auprès des bergers. Pressé par les cris de son maître, et ne sachant que faire de ce fromage, ni dans quoi l’emporter, il imagina, pour ne pas le perdre, car il l’avait déjà payé, de le jeter dans la salade de son seigneur ; puis, après cette belle équipée, il revint voir ce que lui voulait don Quichotte, lequel lui dit : |
| -Dame, amigo, esa celada; que yo sé poco de aventuras, o lo que allí descubro es alguna que me ha de necesitar, y me necesita, a tomar mis armas. | « Donne, ami, donne-moi cette salade ; car, ou je sais peu de chose en fait d’aventures, ou celle que je découvre par là va m’obliger et m’oblige dès à présent à prendre les armes. » |
| El del Verde Gabán, que esto oyó, tendió la vista por todas partes, y no descubrió otra cosa que un carro que hacia ellos venía, con dos o tres banderas pequeñas, que le dieron a entender que el tal carro debía de traer moneda de Su Majestad, y así se lo dijo a don Quijote; pero él no le dio crédito, siempre creyendo y pensando que todo lo que le sucediese habían de ser aventuras y más aventuras, y así, respondió al hidalgo. | L’homme au gaban vert, qui entendit ces mots, jeta la vue de tous côtés, et ne découvrit autre chose qu’un chariot qui venait à leur rencontre, avec deux ou trois petites banderoles, d’où il conclut que le chariot portait de l’argent du roi. Il fit part de cette pensée à don Quichotte ; mais celui-ci ne voulut point y ajouter foi, toujours persuadé que tout ce qui lui arrivait devait être aventures sur aventures. Il répondit donc à l’hidalgo : |
| -Hombre apercebido, medio combatido: no se pierde nada en que yo me aperciba, que sé por experiencia que tengo enemigos visibles e invisibles, y no sé cuándo, ni adónde, ni en qué tiempo, ni en qué figuras me han de acometer. | « L’homme prêt au combat s’est à demi battu ; je ne perds rien à m’apprêter, car je sais par expérience que j’ai des ennemis visibles et invisibles ; mais je ne sais ni quand, ni où, ni dans quel temps, ni sous quelles figures ils penseront à m’attaquer. » |
| Y, volviéndose a Sancho, le pidió la celada; el cual, como no tuvo lugar de sacar los requesones, le fue forzoso dársela como estaba. Tomóla don Quijote, y, sin que echase de ver lo que dentro venía, con toda priesa se la encajó en la cabeza; y, como los requesones se apretaron y exprimieron, comenzó a correr el suero por todo el rostro y barbas de don Quijote, de lo que recibió tal susto, que dijo a Sancho. | Se tournant alors vers Sancho, il lui demanda sa salade ; et celui-ci, qui n’avait pas le temps d’en tirer le fromage, fut obligé de la lui donner comme elle était. Don Quichotte, sans apercevoir ce qu’il y avait dedans, se l’emboîta sur la tête en toute hâte ; mais comme le fromage s’exprimait par la pression, le petit-lait commença à couler sur le visage et sur la barbe de don Quichotte ; ce qui lui causa tant d’effroi qu’il dit à Sancho : |
| -¿Qué será esto, Sancho, que parece que se me ablandan los cascos, o se me derriten los sesos, o que sudo de los pies a la cabeza? Y si es que sudo, en verdad que no es de miedo; sin duda creo que es terrible la aventura que agora quiere sucederme. Dame, si tienes, con que me limpie, que el copioso sudor me ciega los ojos. | « Qu’est-ce que cela, Sancho ? On dirait que mon crâne s’amollit, ou que ma cervelle fond, ou que je sue des pieds à la tête. S’il est vrai que je sue, par ma foi, ce n’est pas de peur. Sans doute que c’est une terrible aventure, celle qui va m’arriver. Donne-moi, je te prie, quelque chose pour m’essuyer les yeux, car la sueur me coule si fort du front qu’elle m’aveugle. » |
| Calló Sancho y diole un paño, y dio con él gracias a Dios de que su señor no hubiese caído en el caso. Limpióse don Quijote y quitóse la celada por ver qué cosa era la que, a su parecer, le enfriaba la cabeza, y, viendo aquellas gachas blancas dentro de la celada, las llegó a las narices, y en oliéndolas dijo. | Sancho, sans rien dire, lui donna un mouchoir, et rendit grâce à Dieu de ce que son seigneur n’avait pas deviné le fin mot. Don Quichotte s’essuya, puis ôta sa salade pour voir ce que c’était qui lui faisait froid à la tête. Quand il vit cette bouillie blanche au fond de sa salade, il se l’approcha du nez, et dès qu’il l’eut sentie : |
| -Por vida de mi señora Dulcinea del Toboso, que son requesones los que aquí me has puesto, traidor, bergante y mal mirado escudero. | « Par la vie de ma dame Dulcinée du Toboso, s’écria-t-il, c’est du fromage mou que tu as mis là-dedans, traître, impudent, écuyer malappris. » |
| A lo que, con gran flema y disimulación, respondió Sancho. | Sancho répondit avec un grand flegme et une parfaite dissimulation : |
| -Si son requesones, démelos vuesa merced, que yo me los comeré... Pero cómalos el diablo, que debió de ser el que ahí los puso. ¿Yo había de tener atrevimiento de ensuciar el yelmo de vuesa merced? ¡Hallado le habéis el atrevido! A la fe, señor, a lo que Dios me da a entender, también debo yo de tener encantadores que me persiguen como a hechura y miembro de vuesa merced, y habrán puesto ahí esa inmundicia para mover a cólera su paciencia y hacer que me muela, como suele, las costillas. Pues en verdad que esta vez han dado salto en vago, que yo confío en el buen discurso de mi señor, que habrá considerado que ni yo tengo requesones, ni leche, ni otra cosa que lo valga, y que si la tuviera, antes la pusiera en mi estómago que en la celada. | « Si c’est du fromage blanc, donnez-le-moi, je le mangerai bien ; ou plutôt que le diable le mange, car c’est lui qui l’aura mis là. Est-ce que j’aurais eu l’audace de salir l’armet de Votre Grâce ? Vous avez joliment trouvé le coupable ! Par ma foi, seigneur, à ce que Dieu me fait comprendre, il faut que j’aie aussi des enchanteurs qui me persécutent, comme membre et créature de Votre Grâce. Ils auront mis là ces immondices pour exciter votre patience à la colère, et me faire, selon l’usage, moudre les côtes. Mais, en vérité, pour cette fois, ils auront sauté en l’air, et je me confie assez au bon jugement de mon seigneur, pour croire qu’il aura considéré que je n’ai ni fromage, ni lait, ni rien qui y ressemble, et que si je l’avais, je le mettrais plutôt dans mon estomac que dans la salade. |
| -Todo puede ser -dijo don Quijote. | – Tout est possible » dit don Quichotte. |
| Y todo lo miraba el hidalgo, y de todo se admiraba, especialmente cuando, después de haberse limpiado don Quijote cabeza, rostro y barbas y celada, se la encajó; y, afirmándose bien en los estribos, requiriendo la espada y asiendo la lanza, dijo. | Cependant l’hidalgo regardait et s’étonnait, et il s’étonna bien davantage quand don Quichotte, après s’être essuyé la tête, le visage, la barbe et la salade, s’affermit bien sur ses étriers, dégaina à demi son épée, empoigna sa lance, et s’écria : |
| -Ahora, venga lo que veniere, que aquí estoy con ánimo de tomarme con el mesmo Satanás en persona. | « Maintenant, advienne que pourra ; me voici en disposition d’en venir aux mains avec Satan même en personne. » |
| Llegó en esto el carro de las banderas, en el cual no venía otra gente que el carretero, en las mulas, y un hombre sentado en la delantera. Púsose don Quijote delante y dijo. | Sur ces entrefaites, le char aux banderoles arriva. Il n’y avait d’autres personnes que le charretier, monté sur ses mules, et un homme assis sur le devant de la voiture. Don Quichotte leur coupa le passage, et leur dit : |
| -¿Adónde vais, hermanos? ¿Qué carro es éste, qué lleváis en él y qué banderas son aquéstas. | « Où allez-vous, frères ? Qu’est-ce que ce chariot ? Que menez-vous dedans, et quelles sont ces bannières ? » |
| A lo que respondió el carretero. | Le charretier répondit : |
| -El carro es mío; lo que va en él son dos bravos leones enjaulados, que el general de Orán envía a la corte, presentados a Su Majestad; las banderas son del rey nuestro señor, en señal que aquí va cosa suya. | « Ce chariot est à moi ; ce que j’y mène, ce sont deux beaux lions dans leurs cages, que le gouverneur d’Oran envoie à la cour pour être offerts à Sa Majesté, et les bannières sont celles du roi, notre seigneur, pour indiquer que c’est quelque chose qui lui appartient. |
| -Y ¿son grandes los leones? -preguntó don Quijote. | – Les lions sont-ils grands ? demanda don Quichotte. |
| -Tan grandes -respondió el hombre que iba a la puerta del carro-, que no han pasado mayores, ni tan grandes, de Africa a España jamás; y yo soy el leonero, y he pasado otros, pero como éstos, ninguno. Son hembra y macho; el macho va en esta jaula primera, y la hembra en la de atrás; y ahora van hambrientos porque no han comido hoy; y así, vuesa merced se desvíe, que es menester llegar presto donde les demos de comer. | – Si grands, répondit l’homme qui était juché sur la voiture, que jamais il n’en est venu d’aussi grands d’Afrique en Espagne. Je suis le gardien des lions, et j’en ai conduit bien d’autres, mais comme ceux-là, aucun. Ils sont mâle et femelle ; le lion est dans la cage de devant, la lionne dans celle de derrière, et ils sont affamés maintenant, car ils n’ont rien mangé d’aujourd’hui. Ainsi, que Votre Grâce se détourne, et dépêchons-nous d’arriver où nous puissions leur donner à manger. » |
| A lo que dijo don Quijote, sonriéndose un poco. | Alors don Quichotte, se mettant à sourire : |
| -¿Leoncitos a mí? ¿A mí leoncitos, y a tales horas? Pues, ¡por Dios que han de ver esos señores que acá los envían si soy yo hombre que se espanta de leones! Apeaos, buen hombre, y, pues sois el leonero, abrid esas jaulas y echadme esas bestias fuera, que en mitad desta campaña les daré a conocer quién es don Quijote de la Mancha, a despecho y pesar de los encantadores que a mí los envían. | « De petits lions à moi, dit-il, à moi de petits lions ! et à ces heures-ci ? Eh bien ! pardieu, ces seigneurs les nécromants qui les envoient ici vont voir si je suis homme à m’effrayer de lions. Descendez, brave homme ; et, puisque vous êtes le gardien, ouvrez-moi ces cages, et mettez-moi ces bêtes dehors. C’est au milieu de cette campagne que je leur ferai connaître qui est don Quichotte de la Manche, en dépit et à la barbe des enchanteurs qui me les envoient. |
| -¡Ta, ta! -dijo a esta sazón entre sí el hidalgo-, dado ha señal de quién es nuestro buen caballero: los requesones, sin duda, le han ablandado los cascos y madurado los sesos. | – Ta, ta ! se dit alors l’hidalgo, notre bon chevalier vient de se découvrir. Le fromage blanc lui aura sans doute amolli le crâne et mûri la cervelle. » |
| Llegóse en esto a él Sancho y díjole. | En ce moment, Sancho accourut auprès de lui. |
| -Señor, por quien Dios es, que vuesa merced haga de manera que mi señor don Quijote no se tome con estos leones, que si se toma, aquí nos han de hacer pedazos a todos. | « Ah ! seigneur, s’écria-t-il, au nom de Dieu, que Votre Grâce fasse en sorte que mon seigneur don Quichotte ne se batte pas contre ces lions. S’il les attaque, ils nous mettront tous en morceaux. |
| -Pues, ¿tan loco es vuestro amo -respondió el hidalgo-, que teméis, y creéis que se ha de tomar con tan fieros animales. | – Comment ! votre maître est-il si fou, répondit l’hidalgo, que vous craigniez qu’il ne combatte ces animaux féroces ? |
| -No es loco -respondió Sancho-, sino atrevido. | – Il n’est pas fou, reprit Sancho, mais audacieux. |
| -Yo haré que no lo sea -replicó el hidalgo. | – Je ferai en sorte qu’il ne le soit pas à ce point », répliqua l’hidalgo. |
| Y, llegándose a don Quijote, que estaba dando priesa al leonero que abriese las jaulas, le dijo. | Et, s’approchant de don Quichotte, qui pressait vivement le gardien d’ouvrir les cages, il lui dit : |
| -Señor caballero, los caballeros andantes han de acometer las aventuras que prometen esperanza de salir bien dellas, y no aquellas que de en todo la quitan; porque la valentía que se entra en la juridición de la temeridad, más tiene de locura que de fortaleza. Cuanto más, que estos leones no vienen contra vuesa merced, ni lo sueñan: van presentados a Su Majestad, y no será bien detenerlos ni impedirles su viaje. | « Seigneur chevalier, les chevaliers errants doivent entreprendre les aventures qui offrent quelque chance de succès, mais non celles qui ôtent toute espérance. La valeur qui va jusqu’à la témérité est plus près de la folie que du courage ; et d’ailleurs, ces lions ne viennent pas contre vous ; ils n’y songent pas seulement. C’est un présent offert à Sa Majesté ; vous feriez mal de les retenir et d’empêcher leur voyage. |
| -Váyase vuesa merced, señor hidalgo -respondió don Quijote-, a entender con su perdigón manso y con su hurón atrevido, y deje a cada uno hacer su oficio. Éste es el mío, y yo sé si vienen a mí, o no, estos señores leones. | – Allez, seigneur hidalgo, répondit don Quichotte, occupez-vous de votre chien d’arrêt docile ou de votre hardi furet, et laissez chacun faire son métier. Ceci me regarde, et je sais fort bien si c’est pour moi ou pour d’autres que viennent messieurs les lions. » |
| Y, volviéndose al leonero, le dijo. | Puis, se tournant vers le gardien : |
| -¡Voto a tal, don bellaco, que si no abrís luego luego las jaulas, que con esta lanza os he de coser con el carro! | « Je jure Dieu, don maraud, lui dit-il, que, si vous n’ouvrez vite et vite ces cages, je vous cloue avec cette lance sur le chariot. » |
| El carretero, que vio la determinación de aquella armada fantasía, le dijo. | Le charretier, qui vit la résolution de ce fantôme armé en guerre, lui dit alors : |
| -Señor mío, vuestra merced sea servido, por caridad, dejarme desuncir las mulas y ponerme en salvo con ellas antes que se desenvainen los leones, porque si me las matan, quedaré rematado para toda mi vida; que no tengo otra hacienda sino este carro y estas mulas. | « Que Votre Grâce, mon bon seigneur, veuille bien par charité me laisser dételer mes mules, et gagner avec elles un lieu de sûreté avant que les lions s’échappent. S’ils me les tuaient, je serais perdu le reste de mes jours, car je n’ai d’autre bien que ce chariot et ces mules. |
| -¡Oh hombre de poca fe! -respondió don Quijote-, apéate y desunce, y haz lo que quisieres, que presto verás que trabajaste en vano y que pudieras ahorrar desta diligencia. | – Ô homme de peu de foi ! répondit don Quichotte, descends et dételle tes bêtes, et fais ce que tu voudras ; mais tu verras bientôt que tu t’es donné de la peine inutilement, et que tu pouvais fort bien t’épargner celle que tu vas prendre. » |
| Apeóse el carretero y desunció a gran priesa, y el leonero dijo a grandes voces. | Le charretier sauta par terre, et détela ses mules en toute hâte, tandis que le gardien des lions disait à haute voix : |
| -Séanme testigos cuantos aquí están cómo contra mi voluntad y forzado abro las jaulas y suelto los leones, y de que protesto a este señor que todo el mal y daño que estas bestias hicieren corra y vaya por su cuenta, con más mis salarios y derechos. Vuestras mercedes, señores, se pongan en cobro antes que abra, que yo seguro estoy que no me han de hacer daño. | « Je vous prends tous à témoin que c’est contre ma volonté et par violence que j’ouvre les cages et que je lâche les lions ; je proteste à ce seigneur que tout le mal et préjudice que pourront faire ces bêtes courra pour son compte, y compris mes salaires et autres droits. Hâtez-vous tous, seigneurs, de vous mettre en sûreté avant que je leur ouvre, car pour moi je suis bien sûr qu’elles ne me feront aucun mal. » |
| Otra vez le persuadió el hidalgo que no hiciese locura semejante, que era tentar a Dios acometer tal disparate. A lo que respondió don Quijote que él sabía lo que hacía. Respondióle el hidalgo que lo mirase bien, que él entendía que se engañaba. | L’hidalgo essaya une autre fois de persuader à don Quichotte de ne pas faire une semblable folie, lui disant que c’était tenter Dieu que de se lancer en une si extravagante entreprise. Don Quichotte se borna à répondre qu’il savait ce qu’il faisait. « Prenez-y bien garde, reprit l’hidalgo, car moi, je sais que vous vous trompez. |
| -Ahora, señor -replicó don Quijote-, si vuesa merced no quiere ser oyente desta que a su parecer ha de ser tragedia, pique la tordilla y póngase en salvo. | – Maintenant, seigneur, répliqua don Quichotte, si vous ne voulez pas être spectateur de ce que vous croyez devoir être une tragédie, piquez des deux à la jument pommelée, et mettez-vous en lieu de sûreté. » |
| Oído lo cual por Sancho, con lágrimas en los ojos le suplicó desistiese de tal empresa, en cuya comparación habían sido tortas y pan pintado la de los molinos de viento y la temerosa de los batanes, y, finalmente, todas las hazañas que había acometido en todo el discurso de su vida. | Lorsque Sancho l’entendit ainsi parler, il vint à son tour, les larmes aux yeux, le supplier d’abandonner cette entreprise, en comparaison de laquelle toutes les autres avaient été pain bénit, celle des moulins à vent, l’effroyable aventure des foulons, enfin tous les exploits qu’il avait accomplis dans le cours de sa vie. |
| -Mire, señor -decía Sancho-, que aquí no hay encanto ni cosa que lo valga; que yo he visto por entre las verjas y resquicios de la jaula una uña de león verdadero, y saco por ella que el tal león, cuya debe de ser la tal uña, es mayor que una montaña. | « Prenez garde, seigneur, disait Sancho, qu’il n’y a point d’enchantement ici, ni chose qui y ressemble. J’ai vu à travers les grilles et les fentes de la cage une griffe de lion véritable, et j’en conclus que le lion auquel appartient une telle griffe est plus gros qu’une montagne. |
| -El miedo, a lo menos -respondió don Quijote-, te le hará parecer mayor que la mitad del mundo. Retírate, Sancho, y déjame; y si aquí muriere, ya sabes nuestro antiguo concierto: acudirás a Dulcinea, y no te digo más. | – Allons donc, répondit don Quichotte, la peur te le fera bientôt paraître plus gros que la moitié du monde. Retire-toi, Sancho, et laisse-moi seul. Si je meurs ici, tu connais notre ancienne convention ; tu iras trouver Dulcinée, et je ne t’en dis pas davantage. » |
| A éstas añadió otras razones, con que quitó las esperanzas de que no había de dejar de proseguir su desvariado intento. Quisiera el del Verde Gabán oponérsele, pero viose desigual en las armas, y no le pareció cordura tomarse con un loco, que ya se lo había parecido de todo punto don Quijote; el cual, volviendo a dar priesa al leonero y a reiterar las amenazas, dio ocasión al hidalgo a que picase la yegua, y Sancho al rucio, y el carretero a sus mulas, procurando todos apartarse del carro lo más que pudiesen, antes que los leones se desembanastasen. | À cela, il ajouta d’autres propos qui ôtèrent toute espérance de le voir abandonner son extravagante résolution. L’homme au gaban vert aurait bien voulu s’y opposer de vive force ; mais ses armes étaient trop inégales, et d’ailleurs il ne lui parut pas prudent de se prendre de querelle avec un fou, comme don Quichotte lui semblait maintenant l’être de tout point. Celui-ci revenant à la charge auprès du gardien et réitérant ses menaces avec violence, l’hidalgo se décida à piquer sa jument, Sancho le grison, et le charretier ses mules, pour s’éloigner tous du chariot le plus qu’ils pourraient, avant que les lions sortissent de leurs cages. |
| Lloraba Sancho la muerte de su señor, que aquella vez sin duda creía que llegaba en las garras de los leones; maldecía su ventura, y llamaba menguada la hora en que le vino al pensamiento volver a servirle; pero no por llorar y lamentarse dejaba de aporrear al rucio para que se alejase del carro. Viendo, pues, el leonero que ya los que iban huyendo estaban bien desviados, tornó a requerir y a intimar a don Quijote lo que ya le había requerido e intimado, el cual respondió que lo oía, y que no se curase de más intimaciones y requirimientos, que todo sería de poco fruto, y que se diese priesa. | Sancho pleurait la mort de son seigneur, croyant bien que, cette fois, il laisserait la vie sous les griffes du lion ; il maudissait son étoile, il maudissait l’heure où lui était venue la pensée de rentrer à son service ; mais, tout en pleurant et se lamentant, il n’oubliait pas de rosser le grison à tour de bras pour s’éloigner du chariot au plus vite. Quand le gardien des lions vit que ceux qui avaient pris la fuite étaient déjà loin, il recommença ses remontrances et ses intimations à don Quichotte. « Je vous entends, répondit le chevalier, mais trêve d’intimations et de remontrances ; tout cela serait peine perdue, et vous ferez mieux de vous dépêcher. » |
| En el espacio que tardó el leonero en abrir la jaula primera, estuvo considerando don Quijote si sería bien hacer la batalla antes a pie que a caballo; y, en fin, se determinó de hacerla a pie, temiendo que Rocinante se espantaría con la vista de los leones. Por esto saltó del caballo, arrojó la lanza y embrazó el escudo, y, desenvainando la espada, paso ante paso, con maravilloso denuedo y corazón valiente, se fue a poner delante del carro, encomendándose a Dios de todo corazón, y luego a su señora Dulcinea. | Pendant le temps qu’employa le gardien à ouvrir la première cage, don Quichotte se mit à considérer s’il ne vaudrait pas mieux livrer la bataille à pied qu’à cheval, et, à la fin, il résolut de combattre à pied, dans la crainte que Rossinante ne s’épouvantât à la vue des lions. Aussitôt il saute de cheval, jette sa lance, embrasse son écu, dégaine son épée ; puis, d’un pas assuré et d’un cœur intrépide, s’en va, avec une merveilleuse bravoure, se camper devant le chariot, en se recommandant du fond de l’âme, d’abord à Dieu, puis à sa Dulcinée. |
| Y es de saber que, llegando a este paso, el autor de esta verdadera historia exclama y dice: ''¡Oh fuerte y, sobre todo encarecimiento, animoso don Quijote de la Mancha, espejo donde se pueden mirar todos los valientes del mundo, segundo y nuevo don Manuel de León, que fue gloria y honra de los españoles caballeros! ¿Con qué palabras contaré esta tan espantosa hazaña, o con qué razones la haré creíble a los siglos venideros, o qué alabanzas habrá que no te convengan y cuadren, aunque sean hipérboles sobre todos los hipérboles? Tú a pie, tú solo, tú intrépido, tú magnánimo, con sola una espada, y no de las del perrillo cortadoras, con un escudo no de muy luciente y limpio acero, estás aguardando y atendiendo los dos más fieros leones que jamás criaron las africanas selvas. Tus mismos hechos sean los que te alaben, valeroso manchego, que yo los dejo aquí en su punto por faltarme palabras con que encarecerlos''. | Il faut savoir qu’en arrivant à cet endroit, l’auteur de cette véridique histoire s’écrie dans un transport d’admiration : « Ô vaillant, ô courageux par-dessus toute expression don Quichotte de la Manche ! miroir où peuvent se mirer tous les braves du monde ! nouveau don Manuel Ponce de Léon, qui fut la gloire et l’honneur des chevaliers espagnols ! Avec quelles paroles conterai-je cette prouesse épouvantable ? avec quelles raisons persuasives la rendrai-je croyable aux siècles à venir ? quelles louanges trouverai-je qui puissent convenir et suffire à ta gloire, fussent-elles hyperboles sur hyperboles ? toi à pied, toi seul, toi intrépide, toi magnanime, n’ayant qu’une épée dans une main, et non de ces lames tranchantes marquées au petit chien[114], dans l’autre un écu, et non d’acier très-propre et très-luisant, tu attends de pied ferme les deux plus formidables lions qu’aient nourris les forêts africaines. Ah ! que tes propres exploits parlent à ta louange, valeureux Manchois ; quant à moi, je les laisse à eux-mêmes, car les paroles me manquent pour les louer dignement. » |
| Aquí cesó la referida exclamación del autor, y pasó adelante, anudando el hilo de la historia, diciendo que, visto el leonero ya puesto en postura a don Quijote, y que no podía dejar de soltar al león macho, so pena de caer en la desgracia del indignado y atrevido caballero, abrió de par en par la primera jaula, donde estaba, como se ha dicho, el león, el cual pareció de grandeza extraordinaria y de espantable y fea catadura. Lo primero que hizo fue revolverse en la jaula, donde venía echado, y tender la garra, y desperezarse todo; abrió luego la boca y bostezó muy despacio, y, con casi dos palmos de lengua que sacó fuera, se despolvoreó los ojos y se lavó el rostro; hecho esto, sacó la cabeza fuera de la jaula y miró a todas partes con los ojos hechos brasas, vista y ademán para poner espanto a la misma temeridad. Sólo don Quijote lo miraba atentamente, deseando que saltase ya del carro y viniese con él a las manos, entre las cuales pensaba hacerle pedazos. | Ici l’auteur termine l’exclamation qu’on vient de rapporter, et, passant outre, rattache le fil de son histoire. Quand le gardien de la ménagerie, dit-il, vit que don Quichotte s’était mis en posture, et qu’il fallait à toute force lâcher le lion mâle, sous peine d’encourir la disgrâce du colérique et audacieux chevalier, il ouvrit à deux battants la première cage où se trouvait, comme on l’a dit, cet animal, lequel parut d’une grandeur démesurée et d’un épouvantable aspect. La première chose qu’il fit fut de se tourner et retourner dans la cage où il était couché, puis de s’étendre tout de son long en allongeant la patte et en desserrant la griffe. Ensuite il ouvrit la gueule, bâilla lentement, et, tirant deux pieds de langue, il s’en frotta les yeux et s’en lava toute la face. Cela fait, il mit la tête hors de la cage, et regarda de tous côtés avec des yeux ardents comme deux charbons ; regard et geste capables de jeter l’effroi dans le cœur de la témérité même. Don Quichotte seul l’observait attentivement, brûlant du désir que l’animal s’élançât du char et en vînt aux mains avec lui, car il comptait bien le mettre en pièces entre les siennes. |
| Hasta aquí llegó el estremo de su jamás vista locura. Pero el generoso león, más comedido que arrogante, no haciendo caso de niñerías, ni de bravatas, después de haber mirado a una y otra parte, como se ha dicho, volvió las espaldas y enseñó sus traseras partes a don Quijote, y con gran flema y remanso se volvió a echar en la jaula. Viendo lo cual don Quijote, mandó al leonero que le diese de palos y le irritase para echarle fuera. | Ce fut jusqu’à ce point qu’alla son incroyable folie. Mais le généreux lion, plus courtois qu’arrogant, ne faisant nul cas d’enfantillages et de bravades, après avoir regardé de côté et d’autre, tourna le dos, montra son derrière à don Quichotte, et, avec un sang-froid merveilleux, alla se recoucher dans sa cage. Lorsque don Quichotte vit cela, il ordonna au gardien de prendre un bâton et de l’irriter en le frappant pour le faire sortir. |
| -Eso no haré yo -respondió el leonero-, porque si yo le instigo, el primero a quien hará pedazos será a mí mismo. Vuesa merced, señor caballero, se contente con lo hecho, que es todo lo que puede decirse en género de valentía, y no quiera tentar segunda fortuna. El león tiene abierta la puerta: en su mano está salir, o no salir; pero, pues no ha salido hasta ahora, no saldrá en todo el día. La grandeza del corazón de vuesa merced ya está bien declarada: ningún bravo peleante, según a mí se me alcanza, está obligado a más que a desafiar a su enemigo y esperarle en campaña; y si el contrario no acude, en él se queda la infamia, y el esperante gana la corona del vencimiento. | « Quant à cela, je n’en ferai rien, s’écria le gardien ; car si je l’excite, le premier qu’il mettra en pièces ce sera moi. Que Votre Grâce, seigneur chevalier, se contente de ce qu’elle a fait ; c’est tout ce qu’on peut dire en fait de vaillance, et n’ayez pas l’envie de tenter une seconde fois la fortune. Le lion a la porte ouverte ; il est libre de sortir ou de rester ; s’il n’est pas encore sorti, il ne sortira pas de toute la journée. Mais Votre Grâce a bien manifesté la grandeur de son âme. Aucun brave, à ce que j’imagine, n’est tenu de faire plus que de défier son ennemi et de l’attendre en rase campagne. Si le provoqué ne vient pas, sur lui tombe l’infamie, et le combattant exact au rendez-vous gagne la couronne de la victoire. |
| -Así es verdad -respondió don Quijote-: cierra, amigo, la puerta, y dame por testimonio, en la mejor forma que pudieres, lo que aquí me has visto hacer; conviene a saber: cómo tú abriste al león, yo le esperé, él no salió; volvíle a esperar, volvió a no salir y volvióse acostar. No debo más, y encantos afuera, y Dios ayude a la razón y a la verdad, y a la verdadera caballería; y cierra, como he dicho, en tanto que hago señas a los huidos y ausentes, para que sepan de tu boca esta hazaña. | – Au fait, c’est la vérité, répondit don Quichotte ; ferme la porte, mon ami, et donne-moi un certificat, dans la meilleure forme que tu pourras trouver, de ce que tu viens de me voir faire, à savoir ; que tu as ouvert au lion, que je l’ai attendu, qu’il n’est pas sorti, que je l’ai attendu de nouveau, que de nouveau il a refusé de sortir, et qu’il s’est allé recoucher. Je ne dois rien de plus ; arrière les enchantements, et que l’aide de Dieu soit à la raison, à la justice, à la véritable chevalerie ! et ferme la porte, comme je l’ai dit, pendant que je ferai signe aux fuyards, pour qu’ils reviennent apprendre cette prouesse de ta propre bouche. » |
| Hízolo así el leonero, y don Quijote, poniendo en la punta de la lanza el lienzo con que se había limpiado el rostro de la lluvia de los requesones, comenzó a llamar a los que no dejaban de huir ni de volver la cabeza a cada paso, todos en tropa y antecogidos del hidalgo; pero, alcanzando Sancho a ver la señal del blanco paño, dijo. | Le gardien ne se le fit pas dire deux fois, et don Quichotte, mettant au bout de sa lance le mouchoir avec lequel il avait essuyé sur son visage la pluie du fromage blanc, se mit à appeler ceux qui ne cessaient de fuir et de tourner la tête à chaque pas, tous attroupés autour de l’hidalgo. Sancho aperçut le signal du mouchoir blanc : |
| -Que me maten si mi señor no ha vencido a las fieras bestias, pues nos llama. | « Qu’on me tue, dit-il, si mon seigneur n’a pas vaincu les bêtes féroces, car il nous appelle. » |
| Detuviéronse todos, y conocieron que el que hacía las señas era don Quijote; y, perdiendo alguna parte del miedo, poco a poco se vinieron acercando hasta donde claramente oyeron las voces de don Quijote, que los llamaba. Finalmente, volvieron al carro, y, en llegando, dijo don Quijote al carretero. | Ils s’arrêtèrent tous trois et reconnurent que celui qui faisait les signes était bien don Quichotte. Perdant un peu de leur frayeur, ils se rapprochèrent peu à peu jusqu’à ce qu’ils pussent entendre les cris de don Quichotte qui les appelait. Finalement, ils revinrent auprès du chariot, et quand ils arrivèrent, don Quichotte dit au charretier : |
| -Volved, hermano, a uncir vuestras mulas y a proseguir vuestro viaje; y tú, Sancho, dale dos escudos de oro, para él y para el leonero, en recompensa de lo que por mí se han detenido. | « Allons, frère, attelez vos mules et continuez votre voyage. Et toi, Sancho, donne-lui deux écus d’or, pour lui et pour le gardien des lions, en récompense du temps que je leur ai fait perdre. |
| -Ésos daré yo de muy buena gana -respondió Sancho-; pero, ¿qué se han hecho los leones? ¿Son muertos, o vivos. | – Je les donnerai de bien bon cœur, répondit Sancho ; mais les lions, que sont-ils devenus ? sont-ils morts ou vifs ? » |
| Entonces el leonero, menudamente y por sus pausas, contó el fin de la contienda, exagerando, como él mejor pudo y supo, el valor de don Quijote, de cuya vista el león, acobardado, no quiso ni osó salir de la jaula, puesto que había tenido un buen espacio abierta la puerta de la jaula; y que, por haber él dicho a aquel caballero que era tentar a Dios irritar al león para que por fuerza saliese, como él quería que se irritase, mal de su grado y contra toda su voluntad, había permitido que la puerta se cerrase. | Alors le gardien, prenant son temps et ses aises, se mit à conter par le menu la fin de la bataille, exagérant de son mieux la vaillance de don Quichotte. « À la vue du chevalier, dit-il, le lion, intimidé, n’osa pas sortir de la cage, bien que j’aie tenu la porte ouverte un bon espace de temps ; et quand j’ai dit à ce chevalier que c’était tenter Dieu que d’exciter le lion pour l’obliger par force à sortir, comme il voulait que je fisse, ce n’est qu’à son corps défendant et contre sa volonté qu’il m’a permis de fermer la porte. |
| -¿Qué te parece desto, Sancho? -dijo don Quijote-. ¿Hay encantos que valgan contra la verdadera valentía? Bien podrán los encantadores quitarme la ventura, pero el esfuerzo y el ánimo, será imposible. | – Hein ! que t’en semble, Sancho ? s’écria don Quichotte ; y a-t-il des enchantements qui prévalent contre la véritable valeur ? Les enchanteurs pourront bien m’ôter la bonne chance ; mais le cœur et le courage, je les en défie. » |
| Dio los escudos Sancho, unció el carretero, besó las manos el leonero a don Quijote por la merced recebida, y prometióle de contar aquella valerosa hazaña al mismo rey, cuando en la corte se viese. | Sancho donna les deux écus, le charretier attela ses bêtes, le gardien baisa les mains à don Quichotte en signe de reconnaissance, et lui promit de conter ce vaillant exploit au roi lui-même quand il le verrait à la cour. |
| -Pues, si acaso Su Majestad preguntare quién la hizo, diréisle que el Caballero de los Leones, que de aquí adelante quiero que en éste se trueque, cambie, vuelva y mude el que hasta aquí he tenido del Caballero de la Triste Figura; y en esto sigo la antigua usanza de los andantes caballeros, que se mudaban los nombres cuando querían, o cuando les venía a cuento. | « Eh bien, reprit don Quichotte, si par hasard Sa Majesté demande qui l’a fait, vous lui direz que c’est LE CHEVALIER DES LIONS ; car désormais je veux qu’en ce nom se change, se troque et se transforme celui que j’avais jusqu’à présent porté, de Chevalier de la Triste-fïgure. En cela, je ne fais que suivre l’antique usage des chevaliers errants, qui changeaient de nom quand il leur en prenait fantaisie, ou quand ils y trouvaient leur compte.[115] » |
| Siguió su camino el carro, y don Quijote, Sancho y el del Verde Gabán prosiguieron el suyo. | Cela dit, le chariot reprit sa route, et don Quichotte, Sancho et l’homme au gaban vert continuèrent la leur.[116] |
| En todo este tiempo no había hablado palabra don Diego de Miranda, todo atento a mirar y a notar los hechos y palabras de don Quijote, pareciéndole que era un cuerdo loco y un loco que tiraba a cuerdo. No había aún llegado a su noticia la primera parte de su historia; que si la hubiera leído, cesara la admiración en que lo ponían sus hechos y sus palabras, pues ya supiera el género de su locura; pero, como no la sabía, ya le tenía por cuerdo y ya por loco, porque lo que hablaba era concertado, elegante y bien dicho, y lo que hacía, disparatado, temerario y tonto. Y decía entre sí. | Pendant tout ce temps, don Diego de Miranda n’avait pas dit un mot, tant il mettait d’attention à observer les actions et les paroles de don Quichotte, qui lui paraissait un homme sensé atteint de folie, et un fou doué de bon sens. Il n’avait pas encore connaissance de la première partie de son histoire ; car, s’il en eût fait la lecture, il ne serait pas tombé dans cette surprise où le jetaient les actions et les paroles du chevalier, puisqu’il aurait connu de quelle espèce était sa folie. Ne la connaissant pas, il le prenait, tantôt pour un homme sensé, tantôt pour un fou, car ce qu’il disait était raisonnable, élégant, bien exprimé, et ce qu’il faisait, extravagant, téméraire, absurde. L’hidalgo se disait : |
| -¿Qué más locura puede ser que ponerse la celada llena de requesones y darse a entender que le ablandaban los cascos los encantadores? Y ¿qué mayor temeridad y disparate que querer pelear por fuerza con leones. | « Quelle folie peut-il y avoir plus grande que celle de se mettre sur la tête une salade pleine de fromage blanc, et de s’imaginer que les enchanteurs vous amollissent le crâne ? quelle témérité, quelle extravagance plus grande que de vouloir se battre par force avec des lions ? » |
| Destas imaginaciones y deste soliloquio le sacó don Quijote, diciéndole: | Don Quichotte le tira de cette rêverie, et coupa court à ce monologue en lui disant : |
| -¿Quién duda, señor don Diego de Miranda, que vuestra merced no me tenga en su opinión por un hombre disparatado y loco? Y no sería mucho que así fuese, porque mis obras no pueden dar testimonio de otra cosa. Pues, con todo esto, quiero que vuestra merced advierta que no soy tan loco ni tan menguado como debo de haberle parecido. Bien parece un gallardo caballero, a los ojos de su rey, en la mitad de una gran plaza, dar una lanzada con felice suceso a un bravo toro; bien parece un caballero, armado de resplandecientes armas, pasar la tela en alegres justas delante de las damas, y bien parecen todos aquellos caballeros que en ejercicios militares, o que lo parezcan, entretienen y alegran, y, si se puede decir, honran las cortes de sus príncipes; pero sobre todos éstos parece mejor un caballero andante, que por los desiertos, por las soledades, por las encrucijadas, por las selvas y por los montes anda buscando peligrosas aventuras, con intención de darles dichosa y bien afortunada cima, sólo por alcanzar gloriosa fama y duradera. Mejor parece, digo, un caballero andante, socorriendo a una viuda en algún despoblado, que un cortesano caballero, requebrando a una doncella en las ciudades. Todos los caballeros tienen sus particulares ejercicios: sirva a las damas el cortesano; autorice la corte de su rey con libreas; sustente los caballeros pobres con el espléndido plato de su mesa; concierte justas, mantenga torneos y muéstrese grande, liberal y magnífico, y buen cristiano, sobre todo, y desta manera cumplirá con sus precisas obligaciones. Pero el andante caballero busque los rincones del mundo; éntrese en los más intricados laberintos; acometa a cada paso lo imposible; resista en los páramos despoblados los ardientes rayos del sol en la mitad del verano, y en el invierno la dura inclemencia de los vientos y de los yelos; no le asombren leones, ni le espanten vestiglos, ni atemoricen endriagos; que buscar éstos, acometer aquéllos y vencerlos a todos son sus principales y verdaderos ejercicios. Yo, pues, como me cupo en suerte ser uno del número de la andante caballería, no puedo dejar de acometer todo aquello que a mí me pareciere que cae debajo de la juridición de mis ejercicios; y así, el acometer los leones que ahora acometí derechamente me tocaba, puesto que conocí ser temeridad esorbitante, porque bien sé lo que es valentía, que es una virtud que está puesta entre dos estremos viciosos, como son la cobardía y la temeridad; pero menos mal será que el que es valiente toque y suba al punto de temerario, que no que baje y toque en el punto de cobarde; que así como es más fácil venir el pródigo a ser liberal que al avaro, así es más fácil dar el temerario en verdadero valiente que no el cobarde subir a la verdadera valentía; y, en esto de acometer aventuras, créame vuesa merced, señor don Diego, que antes se ha de perder por carta de más que de menos, porque mejor suena en las orejas de los que lo oyen "el tal caballero es temerario y atrevido" que no "el tal caballero es tímido y cobarde". | « Je parierais, seigneur don Diego de Miranda, que Votre Grâce me tient dans son opinion pour un homme insensé, pour un fou. Et vraiment, je ne m’en étonnerais pas, car mes œuvres ne peuvent rendre témoignage d’autre chose. Eh bien, je veux pourtant faire observer à Votre Grâce que je ne suis pas aussi fou, pas aussi timbré que je dois en avoir l’air. Il sied bien à un brillant chevalier de donner, au milieu de la place, et sous les yeux de son roi, un coup de lance à un brave taureau[117] ; il sied bien à un chevalier, couvert d’armes resplendissantes, de parcourir la lice devant les dames, dans de joyeux tournois ; il sied bien enfin à tous ces chevaliers d’amuser la cour de leurs princes, et de l’honorer, si l’on peut ainsi dire, par tous ces exercices en apparence militaires. Mais il sied bien mieux encore à un chevalier errant d’aller par les solitudes, les déserts, les croisières de chemins, les forêts et les montagnes, chercher de périlleuses aventures avec le désir de leur donner une heureuse issue, seulement pour acquérir une célébrité glorieuse et durable. Il sied mieux, dis-je, à un chevalier errant de secourir une veuve dans quelque désert inhabitable, qu’à un chevalier de cour de séduire une jeune fille dans le sein des cités. Tous les chevaliers, d’ailleurs, ont leurs exercices particuliers. Que celui de cour serve les dames, qu’il rehausse par ses livrées la cour de son roi, qu’il défraye les gentilshommes pauvres au splendide service de sa table, qu’il porte un défi dans une joute, qu’il soit tenant dans un tournoi[118], qu’il se montre grand, libéral, magnifique, et surtout bon chrétien ; alors il remplira convenablement son devoir. Mais que le chevalier errant cherche les extrémités du monde, qu’il pénètre dans les labyrinthes les plus inextricables, qu’il affronte à chaque pas l’impossible, qu’il résiste, au milieu des déserts, aux ardents rayons du soleil dans la canicule, et, pendant l’hiver, à l’âpre inclémence des vents et de la gelée, qu’il ne s’effraye pas des lions, qu’il ne tremble pas en face des vampires et des andriaques ; car chercher ceux-ci, braver ceux-là, et les vaincre tous, voilà ses principaux et véritables exercices. Moi donc, puisqu’il m’est échu en partage d’être membre de la chevalerie errante, je ne puis me dispenser d’entreprendre tout ce qui me semble tomber sous la juridiction de ma profession. Ainsi, il m’appartenait directement d’attaquer ces lions tout à l’heure, quoique je connusse que c’était une témérité sans bornes. Je sais bien, en effet, ce que c’est que la valeur ; c’est une vertu placée entre deux vices extrêmes, la lâcheté et la témérité. Mais il est moins mal à l’homme vaillant de monter jusqu’à toucher le point où il serait téméraire, que de descendre jusqu’à toucher le point où il serait lâche. Car, ainsi qu’il est plus facile au prodigue qu’à l’avare de devenir libéral, il est plus facile au téméraire de se faire véritablement brave, qu’au lâche de monter à la véritable valeur. Quant à ce qui est d’affronter des aventures, croyez-moi, seigneur don Diego, il y a plus à perdre en reculant qu’en avançant ; car lorsqu’on dit : « Ce chevalier est audacieux et téméraire », cela résonne mieux aux oreilles des gens que de dire : « Ce chevalier est timide et poltron. » |
| -Digo, señor don Quijote -respondió don Diego-, que todo lo que vuesa merced ha dicho y hecho va nivelado con el fiel de la misma razón, y que entiendo que si las ordenanzas y leyes de la caballería andante se perdiesen, se hallarían en el pecho de vuesa merced como en su mismo depósito y archivo. Y démonos priesa, que se hace tarde, y lleguemos a mi aldea y casa, donde descansará vuestra merced del pasado trabajo, que si no ha sido del cuerpo, ha sido del espíritu, que suele tal vez redundar en cansancio del cuerpo. | – J’affirme, seigneur don Quichotte, répondit don Diego, que tout ce qu’a dit et fait Votre Grâce est tiré au cordeau de la droite raison, et je suis convaincu que, si les lois et les règlements de la chevalerie venaient à se perdre, ils se retrouveraient dans votre cœur, comme dans leur dépôt naturel et leurs propres archives. Mais pressons-nous un peu, car il serait tard, d’arriver à mon village et à ma maison ; là, Votre Grâce se reposera du travail passé, qui, s’il n’a pas fatigué le corps, a du moins fatigué l’esprit, ce qui cause aussi d’habitude la fatigue du corps. |
| -Tengo el ofrecimiento a gran favor y merced, señor don Diego- respondió don Quijote. | – Je tiens l’invitation à grand honneur et grand’merci, seigneur don Diego », répondit don Quichotte. |
| Y, picando más de lo que hasta entonces, serían como las dos de la tarde cuando llegaron a la aldea y a la casa de don Diego, a quien don Quijote llamaba el Caballero del Verde Gabán. | Ils se mirent alors à piquer leurs montures un peu plus qu’auparavant, et il pouvait être deux heures de l’après-midi quand ils arrivèrent à la maison de don Diego, que don Quichotte appelait le chevalier du Gaban-Vert. |