| II. Capítulo XXII. Donde se da cuenta de la grande aventura de la cueva de Montesinos, que está en el corazón de la Mancha, a quien dio felice cima el valeroso don Quijote de la Mancha. | Chapitre XXII Où l’on rapporte la grande aventure de la caverne de Montésinos, située au cœur de la Manche, aventure à laquelle mit une heureuse fin le valeureux don Quichotte de la Manche |
| Grandes fueron y muchos los regalos que los desposados hicieron a don Quijote, obligados de las muestras que había dado defendiendo su causa, y al par de la valentía le graduaron la discreción, teniéndole por un Cid en las armas y por un Cicerón en la elocuencia. El buen Sancho se refociló tres días a costa de los novios, de los cuales se supo que no fue traza comunicada con la hermosa Quiteria el herirse fingidamente, sino industria de Basilio, esperando della el mesmo suceso que se había visto; bien es verdad que confesó que había dado parte de su pensamiento a algunos de sus amigos, para que al tiempo necesario favoreciesen su intención y abonasen su engaño. | Avec de grands hommages les nouveaux mariés accueillirent don Quichotte, empressés de reconnaître les preuves de valeur qu’il avait données en défendant leur cause ; et, mettant son esprit aussi haut que son courage, ils le tinrent pour un Cid dans les armes et un Cicéron dans l’éloquence. Le bon Sancho se récréa trois jours aux dépens des mariés, desquels on apprit que la feinte blessure n’avait pas été une ruse concertée avec la belle Quitéria, mais une invention de Basile, qui en attendait précisément le résultat qu’on a vu. Il avoua, à la vérité, qu’il avait fait part de son projet à quelques-uns de ses amis, pour qu’au moment nécessaire ils lui prêtassent leur aide et soutinssent la supercherie. |
| -No se pueden ni deben llamar engaños -dijo don Quijote- los que ponen la mira en virtuosos fines. | « On ne peut et l’on ne doit point, dit don Quichotte, nommer supercherie les moyens qui visent à une fin vertueuse ; et, pour les amants, se marier est la fin par excellence. |
| Y que el de casarse los enamorados era el fin de más excelencia, advirtiendo que el mayor contrario que el amor tiene es la hambre y la continua necesidad, porque el amor es todo alegría, regocijo y contento, y más cuando el amante está en posesión de la cosa amada, contra quien son enemigos opuestos y declarados la necesidad y la pobreza; y que todo esto decía con intención de que se dejase el señor Basilio de ejercitar las habilidades que sabe, que, aunque le daban fama, no le daban dineros, y que atendiese a granjear hacienda por medios lícitos e industriosos, que nunca faltan a los prudentes y aplicados. | Mais prenez garde que le plus grand ennemi qu’ait l’amour, c’est le besoin, la nécessité continuelle. Dans l’amour, tout est joie, plaisir, contentement, surtout quand l’amant est en possession de l’objet aimé, et ses plus mortels ennemis sont la pauvreté et la disette. Tout ce que je dis, c’est dans l’intention de faire abandonner au seigneur Basile l’exercice des talents qu’il possède, lesquels lui donnaient bien de la renommée, mais ne lui produisaient pas d’argent, et pour qu’il s’applique à faire fortune par des moyens d’honnête industrie, qui ne manquent jamais aux hommes prudents et laborieux. |
| -El pobre honrado, si es que puede ser honrado el pobre, tiene prenda en tener mujer hermosa, que, cuando se la quitan, le quitan la honra y se la matan. La mujer hermosa y honrada, cuyo marido es pobre, merece ser coronada con laureles y palmas de vencimiento y triunfo. La hermosura, por sí sola, atrae las voluntades de cuantos la miran y conocen, y como a señuelo gustoso se le abaten las águilas reales y los pájaros altaneros; pero si a la tal hermosura se le junta la necesidad y la estrecheza, también la embisten los cuervos, los milanos y las otras aves de rapiña; y la que está a tantos encuentros firme bien merece llamarse corona de su marido. Mirad, discreto Basilio -añadió don Quijote-: opinión fue de no sé qué sabio que no había en todo el mundo sino una sola mujer buena, y daba por consejo que cada uno pensase y creyese que aquella sola buena era la suya, y así viviría contento. Yo no soy casado, ni hasta agora me ha venido en pensamiento serlo; y, con todo esto, me atrevería a dar consejo al que me lo pidiese del modo que había de buscar la mujer con quien se quisiese casar. Lo primero, le aconsejaría que mirase más a la fama que a la hacienda, porque la buena mujer no alcanza la buena fama solamente con ser buena, sino con parecerlo; que mucho más dañan a las honras de las mujeres las desenvolturas y libertades públicas que las maldades secretas. Si traes buena mujer a tu casa, fácil cosa sería conservarla, y aun mejorarla, en aquella bondad; pero si la traes mala, en trabajo te pondrá el enmendarla: que no es muy hacedero pasar de un estremo a otro. Yo no digo que sea imposible, pero téngolo por dificultoso. | Pour le pauvre honorable (en supposant que le pauvre puisse être honoré), une femme belle est un bijou avec lequel, si on le lui enlève, on lui enlève aussi l’honneur. La femme belle et honnête, dont le mari est pauvre, mérite d’être couronnée avec les lauriers de la victoire et les palmes du triomphe. La beauté par elle seule attire les cœurs de tous ceux qui la regardent, et l’on voit s’y abattre, comme à un appât exquis, les aigles royaux, les nobles faucons, les oiseaux de haute volée. Mais si à la beauté se joignent la pauvreté et le besoin, alors elle se trouve en butte aux attaques des corbeaux, des milans, des plus vils oiseaux de proie, et celle qui résiste à tant de combats mérite bien de s’appeler la couronne de son mari.[141] Écoutez, discret Basile, ajouta don Quichotte ; ce fut l’opinion de je ne sais plus quel ancien sage, qu’il n’y a dans le monde entier qu’une seule bonne femme ; mais il conseillait à chaque mari de penser que cette femme unique était la sienne, pour vivre ainsi pleinement satisfait. Moi, je ne suis pas marié, et jusqu’à cette heure il ne m’est pas venu dans la pensée de l’être ; cependant j’oserais donner à celui qui me les demanderait des avis sur la manière de choisir la femme qu’il voudrait épouser. La première chose que je lui conseillerais, ce serait de faire plus attention à la réputation qu’à la fortune, car la femme vertueuse n’acquiert pas la bonne renommée seulement parce qu’elle est vertueuse, mais encore parce qu’elle le paraît ; en effet, la légèreté et les étourderies publiques nuisent plus à l’honneur des femmes que les fautes secrètes. Si tu mènes une femme vertueuse dans ta maison, il te sera facile de la conserver et même de la fortifier dans cette vertu ; mais si tu mènes une femme de mauvais penchants, tu auras grande peine à la corriger, car il n’est pas fort aisé de passer d’un extrême à l’autre. Je ne dis pas que la chose soit impossible, mais je la regarde comme d’une excessive difficulté. |
| Oía todo esto Sancho, y dijo entre sí. | Sancho avait entendu tout cela ; il se dit tout bas à lui-même : |
| -Este mi amo, cuando yo hablo cosas de meollo y de sustancia suele decir que podría yo tomar un púlpito en las manos y irme por ese mundo adelante predicando lindezas; y yo digo dél que cuando comienza a enhilar sentencias y a dar consejos, no sólo puede tomar púlpito en las manos, sino dos en cada dedo, y andarse por esas plazas a ¿qué quieres boca? ¡Válate el diablo por caballero andante, que tantas cosas sabes! Yo pensaba en mi ánima que sólo podía saber aquello que tocaba a sus caballerías, pero no hay cosa donde no pique y deje de meter su cucharada. | « Ce mien maître, quand je parle de choses moelleuses et substantielles, a coutume de dire que je pourrais prendre une chaire à la main et aller par le monde prêchant de jolis sermons ; eh bien ! moi je dis de lui que, lorsqu’il se met à enfiler des sentences et à donner des conseils, non-seulement il peut prendre une chaire à la main, mais deux à chaque doigt, et s’en aller de place en place prêcher à bouche que veux-tu. Diable soit de lui pour chevalier errant, quand on sait tant de choses ! Je m’imaginais en mon âme qu’il ne savait rien de plus que ce qui avait rapport à ses chevaleries ; mais il n’y a pas une chose où il ne puisse piquer sa fourchette. » |
| Murmuraba esto algo Sancho, y entreoyóle su señor, y preguntóle: | Sancho murmurait ce monologue entre ses dents, et son maître, l’ayant entre-ouï, lui demanda : |
| -¿Qué murmuras, Sancho. | « Que murmures-tu là, Sancho ? |
| -No digo nada, ni murmuro de nada -respondió Sancho-; sólo estaba diciendo entre mí que quisiera haber oído lo que vuesa merced aquí ha dicho antes que me casara, que quizá dijera yo agora: "El buey suelto bien se lame". | – Je ne dis rien, et ne murmure de rien, répondit Sancho ; j’étais seulement à me dire en moi-même que j’aurais bien voulu entendre ce que vient de dire Votre Grâce avant de me marier. Peut-être dirais-je à présent que le bœuf détaché se lèche plus à l’aise. |
| -¿Tan mala es tu Teresa, Sancho? -dijo don Quijote. | – Comment ! ta Thérèse est méchante à ce point, Sancho ? reprit don Quichotte. |
| -No es muy mala -respondió Sancho-, pero no es muy buena; a lo menos, no es tan buena como yo quisiera. | – Elle n’est pas très-méchante, répliqua Sancho ; mais elle n’est pas non plus très-bonne ; du moins elle n’est pas aussi bonne que je le voudrais. |
| -Mal haces, Sancho -dijo don Quijote-, en decir mal de tu mujer, que, en efecto, es madre de tus hijos. | – Tu fais mal, Sancho, continua don Quichotte, de mal parler de ta femme, car enfin elle est la mère de tes enfants. |
| -No nos debemos nada -respondió Sancho-, que también ella dice mal de mí cuando se le antoja, especialmente cuando está celosa, que entonces súfrala el mesmo Satanás. | – Oh ! nous ne nous devons rien, répondit Sancho ; elle ne parle pas mieux de moi quand la fantaisie lui en prend, et surtout quand elle est jalouse ; car alors Satan même ne la souffrirait pas. » |
| Finalmente, tres días estuvieron con los novios, donde fueron regalados y servidos como cuerpos de rey. Pidió don Quijote al diestro licenciado le diese una guía que le encaminase a la cueva de Montesinos, porque tenía gran deseo de entrar en ella y ver a ojos vistas si eran verdaderas las maravillas que de ella se decían por todos aquellos contornos. El licenciado le dijo que le daría a un primo suyo, famoso estudiante y muy aficionado a leer libros de caballerías, el cual con mucha voluntad le pondría a la boca de la mesma cueva, y le enseñaría las lagunas de Ruidera, famosas ansimismo en toda la Mancha, y aun en toda España; y díjole que llevaría con él gustoso entretenimiento, a causa que era mozo que sabía hacer libros para imprimir y para dirigirlos a príncipes. Finalmente, el primo vino con una pollina preñada, cuya albarda cubría un gayado tapete o arpillera. Ensilló Sancho a Rocinante y aderezó al rucio, proveyó sus alforjas, a las cuales acompañaron las del primo, asimismo bien proveídas, y, encomendándose a Dios y despediéndose de todos, se pusieron en camino, tomando la derrota de la famosa cueva de Montesinos. | Finalement, maître et valet restèrent trois jours chez les mariés, où ils furent servis et traités comme des rois. Don Quichotte pria le licencié maître en escrime de lui donner un guide qui le conduisît à la caverne de Montésinos, ayant grand désir d’y entrer et de voir par ses propres yeux si toutes les merveilles que l’on en contait dans les environs étaient véritables. Le licencié répondit qu’il lui donnerait pour guide un sien cousin, fameux étudiant et grand amateur de livres de chevalerie, qui le mènerait très-volontiers jusqu’à la bouche de la caverne, et lui ferait voir aussi les lagunes de Ruidéra, célèbres dans toute la Manche et même dans toute l’Espagne. « Vous pourrez, ajouta le licencié, avoir avec lui d’agréables entretiens, car c’est un garçon qui sait faire des livres pour les imprimer et les adresser à des princes. » En effet, le cousin arriva, monté sur une bourrique pleine, dont le bât était recouvert d’un petit tapis bariolé. Sancho sella Rossinante, bâta le grison, et pourvut son bissac, auquel faisait compagnie celui du cousin, également bien rempli ; puis, se recommandant à Dieu, et prenant congé de tout le monde, ils se mirent en route dans la direction de la fameuse caverne de Montésinos. |
| En el camino preguntó don Quijote al primo de qué género y calidad eran sus ejercicios, su profesión y estudios; a lo que él respondió que su profesión era ser humanista; sus ejercicios y estudios, componer libros para dar a la estampa, todos de gran provecho y no menos entretenimiento para la república; que el uno se intitulaba el de las libreas, donde pinta setecientas y tres libreas, con sus colores, motes y cifras, de donde podían sacar y tomar las que quisiesen en tiempo de fiestas y regocijos los caballeros cortesanos, sin andarlas mendigando de nadie, ni lambicando, como dicen, el cerbelo, por sacarlas conformes a sus deseos e intenciones. | Chemin faisant, don Quichotte demanda au cousin du licencié de quel genre étaient ses exercices, ses études, sa profession. L’autre répondit que sa profession était d’être humaniste, ses études et ses exercices de composer des livres qu’il donnait à la presse, tous de grand profit et d’égal divertissement pour la république. « L’un, dit-il, est intitulé Livre des livrées ; j’y décris sept cent trois livrées avec leurs couleurs, chiffres et devises, et les chevaliers de la cour peuvent y prendre celles qu’ils voudront dans les temps de fêtes et de réjouissances, sans les aller mendier de personne, et sans s’alambiquer, comme on dit, la cervelle, pour en tirer de conformes à leurs désirs et à leurs intentions. |
| -Porque doy al celoso, al desdeñado, al olvidado y al ausente las que les convienen, que les vendrán más justas que pecadoras. Otro libro tengo también, a quien he de llamar Metamorfóseos, o Ovidio español, de invención nueva y rara; porque en él, imitando a Ovidio a lo burlesco, pinto quién fue la Giralda de Sevilla y el Ángel de la Madalena, quién el Caño de Vecinguerra, de Córdoba, quiénes los Toros de Guisando, la Sierra Morena, las fuentes de Leganitos y Lavapiés, en Madrid, no olvidándome de la del Piojo, de la del Caño Dorado y de la Priora; y esto, con sus alegorías, metáforas y translaciones, de modo que alegran, suspenden y enseñan a un mismo punto. Otro libro tengo, que le llamo Suplemento a Virgilio Polidoro, que trata de la invención de las cosas, que es de grande erudición y estudio, a causa que las cosas que se dejó de decir Polidoro de gran sustancia, las averiguo yo, y las declaro por gentil estilo. Olvidósele a Virgilio de declararnos quién fue el primero que tuvo catarro en el mundo, y el primero que tomó las unciones para curarse del morbo gálico, y yo lo declaro al pie de la letra, y lo autorizo con más de veinte y cinco autores: porque vea vuesa merced si he trabajado bien y si ha de ser útil el tal libro a todo el mundo. | En effet, j’en ai pour le jaloux, pour le dédaigné, pour l’oublié, pour l’absent, qui leur iront juste comme un bas de soie. J’ai fait aussi un autre livre, que je veux intituler Métamorphoseos ou l’Ovide espagnol, d’une nouvelle et étrange invention. Imitant Ovide dans le genre burlesque, j’y raconte et peins ce que furent la Giralda de Séville, l’Ange de la Madeleine, l’égout de Vécinguerra à Cordoue, les taureaux de Guisando, la Sierra-Moréna, les fontaines de Léganitos et de Lavapiès à Madrid, sans oublier celle du Pou, celle du Tuyau doré et celle de la Prieure[142]. À chaque chose, j’ajoute les allégories, métaphores et inversions convenables, de façon que l’ouvrage divertisse, étonne et instruise en même temps. J’ai fait encore un autre livre, que j’appelle Supplément à Virgile Polydore[143], et qui traite de l’invention des choses ; c’est un livre de grand travail et de grande érudition, car toutes les choses importantes que Polydore a omis de dire, je les vérifie et les explique d’une gentille façon. Il a, par exemple, oublié de nous faire connaître le premier qui eut un catarrhe dans le monde, et le premier qui fit usage de frictions pour se guérir du mal français. Moi, je le déclare au pied de la lettre, et je m’appuie du témoignage de plus de vingt-cinq auteurs. Voyez maintenant si j’ai bien travaillé, et si un tel livre doit être utile au monde ! » |
| Sancho, que había estado muy atento a la narración del primo, le dijo. | Sancho avait écouté très-attentivement le récit du cousin : |
| -Dígame, señor, así Dios le dé buena manderecha en la impresión de sus libros: ¿sabríame decir, que sí sabrá, pues todo lo sabe, quién fue el primero que se rascó en la cabeza, que yo para mí tengo que debió de ser nuestro padre Adán. | « Dites-moi, seigneur, lui dit-il, et que Dieu vous donne bonne chance dans l’impression de vos livres ! sauriez-vous me dire… Oh ! oui, vous le saurez, puisque vous savez tout, qui fut le premier qui s’est gratté la tête ? il m’est avis que ce dut être notre premier père Adam. |
| -Sí sería -respondió el primo-, porque Adán no hay duda sino que tuvo cabeza y cabellos; y, siendo esto así, y siendo el primer hombre del mundo, alguna vez se rascaría. | – Ce doit l’être en effet, répondit le cousin, car il est hors de doute qu’Adam avait une tête et des cheveux. Dans ce cas, et puisqu’il était le premier homme du monde, il devait bien se gratter quelquefois. |
| -Así lo creo yo -respondió Sancho-; pero dígame ahora: ¿quién fue el primer volteador del mundo. | – C’est ce que je crois aussi, répliqua Sancho. Mais dites-moi maintenant, qui fut le premier sauteur et voltigeur du monde ? |
| -En verdad, hermano -respondió el primo-, que no me sabré determinar por ahora, hasta que lo estudie. Yo lo estudiaré, en volviendo adonde tengo mis libros, y yo os satisfaré cuando otra vez nos veamos, que no ha de ser ésta la postrera. | – En vérité, frère, répondit le cousin, je ne saurais trop décider la chose quant à présent et avant de l’étudier ; mais je l’étudierai dès que je serai de retour où sont mes livres, et je vous satisferai la première fois que nous nous verrons, car j’espère que celle-ci ne sera pas la dernière. |
| -Pues mire, señor -replicó Sancho-, no tome trabajo en esto, que ahora he caído en la cuenta de lo que le he preguntado. Sepa que el primer volteador del mundo fue Lucifer, cuando le echaron o arrojaron del cielo, que vino volteando hasta los abismos. | – Eh bien ! Seigneur, répliqua Sancho, ne vous mettez pas en peine de cela, car je viens maintenant de trouver ce que je vous demandais. Sachez que le premier voltigeur du monde fut Lucifer, quand on le précipita du ciel, car il tomba en voltigeant jusqu’au fond des abîmes. |
| -Tienes razón, amigo -dijo el primo. | – Pardieu, vous avez raison, mon ami », dit le cousin. |
| Y dijo don Quijote. | Et don Quichotte ajouta : |
| -Esa pregunta y respuesta no es tuya, Sancho: a alguno las has oído decir. | « Cette question et cette réponse ne sont pas de toi, Sancho ; tu les avais entendu dire à quelqu’un. |
| -Calle, señor -replicó Sancho-, que a buena fe que si me doy a preguntar y a responder, que no acabe de aquí a mañana. Sí, que para preguntar necedades y responder disparates no he menester yo andar buscando ayuda de vecinos. | – Taisez-vous, seigneur, repartit Sancho ; en bonne foi, si je me mets à demander et à répondre, je n’aurai pas fini d’ici à demain. Croyez-vous que, pour demander des niaiseries et répondre des bêtises, j’aie besoin d’aller chercher l’aide de mes voisins ? |
| -Más has dicho, Sancho, de lo que sabes -dijo don Quijote-; que hay algunos que se cansan en saber y averiguar cosas que, después de sabidas y averiguadas, no importan un ardite al entendimiento ni a la memoria. | – Tu en as dit plus long que tu n’en sais, reprit don Quichotte ; car il y a des gens qui se tourmentent pour savoir et vérifier des choses, lesquelles, une fois sues et vérifiées, ne font pas le profit d’une obole à l’intelligence et à la mémoire. » |
| En estas y otras gustosas pláticas se les pasó aquel día, y a la noche se albergaron en una pequeña aldea, adonde el primo dijo a don Quijote que desde allí a la cueva de Montesinos no había más de dos leguas, y que si llevaba determinado de entrar en ella, era menester proverse de sogas, para atarse y descolgarse en su profundidad. | Ce fut dans ces entretiens et d’autres non moins agréables qu’ils passèrent ce jour-là. La nuit venue, ils se gîtèrent dans un petit village, où le cousin dit à don Quichotte que, de là jusqu’à la caverne de Montésinos, il n’y avait pas plus de deux lieues ; qu’ainsi, s’il était bien résolu à y pénétrer, il n’avait qu’à se munir de cordes pour s’attacher et se faire descendre dans ses profondeurs. |
| Don Quijote dijo que, aunque llegase al abismo, había de ver dónde paraba; y así, compraron casi cien brazas de soga, y otro día, a las dos de la tarde, llegaron a la cueva, cuya boca es espaciosa y ancha, pero llena de cambroneras y cabrahígos, de zarzas y malezas, tan espesas y intricadas, que de todo en todo la ciegan y encubren. En viéndola, se apearon el primo, Sancho y don Quijote, al cual los dos le ataron luego fortísimamente con las sogas; y, en tanto que le fajaban y ceñían, le dijo Sancho. | Don Quichotte répondit que, dût-il descendre jusqu’aux abîmes de l’enfer, il voulait en voir le fond. Ils achetèrent donc environ cent brasses de corde, et le lendemain, vers les deux heures, ils arrivèrent à la caverne, dont la bouche est large et spacieuse, mais remplie d’aubépines, de figuiers sauvages, de ronces et de broussailles tellement épaisses et entrelacées, qu’elles la couvrent entièrement. Quand ils se virent auprès, le cousin, Sancho et don Quichotte mirent ensemble pied à terre, et les deux premiers s’occupèrent aussitôt à attacher fortement le chevalier avec les cordes. Pendant qu’ils lui faisaient une ceinture autour des reins, Sancho lui dit : |
| -Mire vuestra merced, señor mío, lo que hace: no se quiera sepultar en vida, ni se ponga adonde parezca frasco que le ponen a enfriar en algún pozo. Sí, que a vuestra merced no le toca ni atañe ser el escudriñador desta que debe de ser peor que mazmorra. | « Que Votre Grâce, mon bon seigneur, prenne garde à ce qu’elle fait. Croyez-moi, n’allez pas vous ensevelir vivant, et vous pendre comme une cruche qu’on met rafraîchir dans un puits. Ce n’est pas à Votre Grâce qu’il appartient d’être l’examinateur de cette caverne, qui doit être pire qu’un cachot des Mores. |
| -Ata y calla -respondió don Quijote-, que tal empresa como aquésta, Sancho amigo, para mí estaba guardada. | – Attache et tais-toi, répondit don Quichotte ; une entreprise comme celle-ci, ami Sancho, m’était justement réservée. » |
| Y entonces dijo la guía. | Alors le guide ajouta : |
| -Suplico a vuesa merced, señor don Quijote, que mire bien y especule con cien ojos lo que hay allá dentro: quizá habrá cosas que las ponga yo en el libro de mis Transformaciones. | « Je supplie Votre Grâce, seigneur don Quichotte, de regarder et de fureter par là dedans avec cent yeux ; il s’y trouvera peut-être des choses bonnes à mettre dans mon livre des métamorphoses. |
| -En manos está el pandero que le sabrá bien tañer -respondió Sancho Panza. | – Pardieu, répondit Sancho Panza, soyez tranquille, le tambour de basque est dans des mains qui sauront bien en jouer. » |
| Dicho esto y acabada la ligadura de don Quijote -que no fue sobre el arnés, sino sobre el jubón de armar-, dijo don Quijote: | Cela dit et la ceinture de cordes mise à don Quichotte (non sur les pièces de l’armure, mais plus bas, sur les pans du pourpoint) : |
| -Inadvertidos hemos andado en no habernos proveído de algún esquilón pequeño, que fuera atado junto a mí en esta mesma soga, con cuyo sonido se entendiera que todavía bajaba y estaba vivo; pero, pues ya no es posible, a la mano de Dios, que me guíe. 1 | « Nous avons été bien imprévoyants, dit-il, de ne pas nous munir de quelque petite sonnette qu’on aurait attachée près de moi, à la corde même, et dont le bruit aurait fait entendre que je descendais toujours et que j’étais vivant ; mais puisque ce n’est plus possible, à la grâce de Dieu ! » |
| Y luego se hincó de rodillas y hizo una oración en voz baja al cielo, pidiendo a Dios le ayudase y le diese buen suceso en aquella, al parecer, peligrosa y nueva aventura, y en voz alta dijo luego. | Aussitôt il se jeta à genoux, et fit à voix basse une oraison, pour demander à Dieu de lui donner son aide ainsi qu’une heureuse issue à cette nouvelle et périlleuse aventure. Puis, d’une voix haute, il s’écria : |
| -¡Oh señora de mis acciones y movimientos, clarísima y sin par Dulcinea del Toboso! Si es posible que lleguen a tus oídos las plegarias y rogaciones deste tu venturoso amante, por tu inaudita belleza te ruego las escuches, que no son otras que rogarte no me niegues tu favor y amparo, ahora que tanto le he menester. Yo voy a despeñarme, a empozarme y a hundirme en el abismo que aquí se me representa, sólo porque conozca el mundo que si tú me favoreces, no habrá imposible a quien yo no acometa y acabe. | « Ô dame de mes pensées, maîtresse de mes actions, illustre et sans pareille Dulcinée du Toboso, s’il est possible que les prières et les supplications de ton amant fortuné arrivent jusqu’à tes oreilles, par ta beauté inouïe, je te conjure de les écouter ; elles n’ont d’autre objet que de te supplier de ne pas me refuser ta faveur et ton appui, maintenant que j’en ai si grand besoin. Je vais m’enfoncer et me précipiter dans l’abîme qui s’offre devant moi, seulement pour que le monde apprenne que, si tu me favorises, il n’y a point d’entreprise que je n’affronte et ne mette à fin. » |
| Y, en diciendo esto, se acercó a la sima; vio no ser posible descolgarse, ni hacer lugar a la entrada, si no era a fuerza de brazos, o a cuchilladas, y así, poniendo mano a la espada, comenzó a derribar y a cortar de aquellas malezas que a la boca de la cueva estaban, por cuyo ruido y estruendo salieron por ella una infinidad de grandísimos cuervos y grajos, tan espesos y con tanta priesa, que dieron con don Quijote en el suelo; y si él fuera tan agorero como católico cristiano, lo tuviera a mala señal y escusara de encerrarse en lugar semejante. | En disant cela, il s’approcha de l’ouverture, et vit qu’il était impossible de s’y faire descendre et même d’y aborder, à moins que de s’ouvrir par force un passage. Il mit donc l’épée à la main, et commença de couper et d’abattre des branches à travers les broussailles qui cachaient la bouche de la caverne. Au bruit que faisaient ses coups, il en sortit une multitude de corbeaux et de corneilles, si nombreux, si pressés et tellement à la hâte, qu’ils renversèrent don Quichotte sur le dos ; et certes, s’il eût donné aussi pleine croyance aux augures qu’il était bon catholique, il aurait pris la chose en mauvais signe, et se serait dispensé de s’enfermer dans un lieu semblable. |
| Finalmente se levantó, y, viendo que no salían más cuervos ni otras aves noturnas, como fueron murciélagos, que asimismo entre los cuervos salieron, dándole soga el primo y Sancho, se dejó calar al fondo de la caverna espantosa; y, al entrar, echándole Sancho su bendición y haciendo sobre él mil cruces, dijo. | Finalement, il se releva, et, voyant qu’il ne sortait plus ni corbeaux ni oiseaux nocturnes, car des chauves-souris étaient mêlées aux corbeaux, il demanda de la corde au cousin et à Sancho, qui le laissèrent glisser doucement au fond de l’épouvantable caverne. Au moment où il disparut, Sancho lui donna sa bénédiction, et faisant sur lui mille signes de croix : |
| -¡Dios te guíe y la Peña de Francia, junto con la Trinidad de Gaeta, flor, nata y espuma de los caballeros andantes! ¡Allá vas, valentón del mundo, corazón de acero, brazos de bronce! ¡Dios te guíe, otra vez, y te vuelva libre, sano y sin cautela a la luz desta vida, que dejas por enterrarte en esta escuridad que buscas. | « Dieu te conduise, s’écria-t-il, ainsi que la Roche de France et la Trinité de Gaëte[144], fleur, crème, et écume des chevaliers errants ! Va, champion du monde, cœur d’acier, bras d’airain ; Dieu te conduise, dis-je encore, et te ramène sain et sauf à la lumière de cette vie, que tu abandonnes pour t’enterrer dans cette obscurité que tu cherches ! » |
| Casi las mismas plegarias y deprecaciones hizo el primo. | Le cousin fit à peu près les mêmes invocations. |
| Iba don Quijote dando voces que le diesen soga y más soga, y ellos se la daban poco a poco; y cuando las voces, que acanaladas por la cueva salían, dejaron de oírse, ya ellos tenían descolgadas las cien brazas de soga, y fueron de parecer de volver a subir a don Quijote, pues no le podían dar más cuerda. Con todo eso, se detuvieron como media hora, al cabo del cual espacio volvieron a recoger la soga con mucha facilidad y sin peso alguno, señal que les hizo imaginar que don Quijote se quedaba dentro; y, creyéndolo así, Sancho lloraba amargamente y tiraba con mucha priesa por desengañarse, pero, llegando, a su parecer, a poco más de las ochenta brazas, sintieron peso, de que en estremo se alegraron. Finalmente, a las diez vieron distintamente a don Quijote, a quien dio voces Sancho, diciéndole. | Cependant don Quichotte criait coup sur coup qu’on lui donnât de la corde, et les autres la lui donnaient peu à peu. Quand les cris, qui sortaient de la caverne comme par un tuyau, cessèrent d’être entendus, ils avaient lâché les cent brasses de corde. Ils furent alors d’avis de remonter don Quichotte, puisqu’ils ne pouvaient pas le descendre plus bas. Néanmoins, ils attendirent environ une demi-heure, et, au bout de ce temps, ils retirèrent la corde, mais avec une excessive facilité, et sans aucun poids, ce qui leur fit imaginer que don Quichotte était resté dedans. Sancho, le croyant ainsi, pleurait amèrement, et tirait en toute hâte pour s’assurer de la vérité. Mais quand ils furent arrivés à environ quatre-vingts brasses, ils sentirent du poids, ce qui leur causa une joie extrême. Enfin, vers dix brasses, ils aperçurent distinctement don Quichotte, auquel Sancho cria tout joyeux : |
| -Sea vuestra merced muy bien vuelto, señor mío, que ya pensábamos que se quedaba allá para casta. 1 | « Soyez le bien revenu, mon bon seigneur ; nous pensions que vous étiez resté là pour faire race. » |
| Pero no respondía palabra don Quijote; y, sacándole del todo, vieron que traía cerrados los ojos, con muestras de estar dormido. Tendiéronle en el suelo y desliáronle, y con todo esto no despertaba; pero tanto le volvieron y revolvieron, sacudieron y menearon, que al cabo de un buen espacio volvió en sí, desperezándose, bien como si de algún grave y profundo sueño despertara; y, mirando a una y otra parte, como espantado, dijo. | Mais don Quichotte ne répondait pas un mot, et, quand ils l’eurent entièrement retiré de la caverne, ils virent qu’il avait les yeux fermés comme un homme endormi. Ils l’étendirent par terre et délièrent sa ceinture de cordes, sans pouvoir toutefois l’éveiller. Enfin, ils le tournèrent, le retournèrent et le secouèrent si bien, qu’au bout d’un long espace de temps il revint à lui, étendant ses membres comme s’il fût sorti d’un lourd et profond sommeil. Il jeta de côté et d’autre des regards effarés, et s’écria : |
| -Dios os lo perdone, amigos; que me habéis quitado de la más sabrosa y agradable vida y vista que ningún humano ha visto ni pasado. En efecto, ahora acabo de conocer que todos los contentos desta vida pasan como sombra y sueño, o se marchitan como la flor del campo. ¡Oh desdichado Montesinos! ¡Oh mal ferido Durandarte! ¡Oh sin ventura Belerma! ¡Oh lloroso Guadiana, y vosotras sin dicha ijas de Ruidera, que mostráis en vuestras aguas las que lloraron vuestros hermosos ojos. | « Dieu vous le pardonne, amis ! vous m’avez enlevé au plus agréable spectacle, à la plus délicieuse vie dont aucun mortel ait jamais joui. Maintenant, en effet, je viens de reconnaître que toutes les joies de ce monde passent comme l’ombre et le songe, ou se flétrissent comme la fleur des champs. Ô malheureux Montésinos ! Ô Durandart couvert de blessures ! ô infortunée Bélerme ! ô larmoyant Guadiana ! et vous, déplorables filles de Ruidéra, qui montrez dans vos eaux abondantes celles qu’ont versées vos beaux yeux ! » |
| Escuchaban el primo y Sancho las palabras de don Quijote, que las decía como si con dolor inmenso las sacara de las entrañas. Suplicáronle les diese a entender lo que decía, y les dijese lo que en aquel infierno había visto. | Le cousin et Sancho écoutaient avec grande attention les paroles de don Quichotte, qui les prononçait comme s’il les eût tirées avec une douleur immense du fond de ses entrailles. Ils le supplièrent de leur expliquer ce qu’il voulait dire, et de leur raconter ce qu’il avait vu dans cet enfer. |
| -¿Infierno le llamáis? -dijo don Quijote-; pues no le llaméis ansí, porque no lo merece, como luego veréis. | « Enfer vous l’appelez ! s’écria don Quichotte ; non, ne l’appelez pas ainsi, car il ne le mérite pas, comme vous allez voir. » |
| Pidió que le diesen algo de comer, que traía grandísima hambre. Tendieron la arpillera del primo sobre la verde yerba, acudieron a la despensa de sus alforjas, y, sentados todos tres en buen amor y compaña, merendaron y cenaron, todo junto. Levantada la arpillera, dijo don Quijote de la Mancha. | Il demanda qu’on lui donnât d’abord quelque chose à manger, parce qu’il avait une horrible faim. On étendit sur l’herbe verte le tapis qui faisait la selle du cousin, on vida les bissacs, et, tous trois assis en bon accord et bonne amitié, ils goûtèrent et soupèrent tout à la fois. Quand le tapis fut enlevé, don Quichotte s’écria : |
| -No se levante nadie, y estadme, hijos, todos atentos. | « Que personne ne se lève, enfants, et soyez tous attentifs. » |