| II. Capítulo XXXIV. Que cuenta de la noticia que se tuvo de cómo se había de desencantar la sin par Dulcinea del Toboso, que es una de las aventuras más famosas deste libro. | Chapitre XXXIV Qui raconte la découverte que l’on fit de la manière dont il fallait désenchanter la sans pareille Dulcinée, ce qui est une des plus fameuses aventures de ce livre |
| Grande era el gusto que recebían el duque y la duquesa de la conversación de don Quijote y de la de Sancho Panza; y, confirmándose en la intención que tenían de hacerles algunas burlas que llevasen vislumbres y apariencias de aventuras, tomaron motivo de la que don Quijote ya les había contado de la cueva de Montesinos, para hacerle una que fuese famosa (pero de lo que más la duquesa se admiraba era que la simplicidad de Sancho fuese tanta que hubiese venido a creer ser verdad infalible que Dulcinea del Toboso estuviese encantada, habiendo sido él mesmo el encantador y el embustero de aquel negocio); y así, habiendo dado orden a sus criados de todo lo que habían de hacer, de allí a seis días le llevaron a caza de montería, con tanto aparato de monteros y cazadores como pudiera llevar un rey coronado. Diéronle a don Quijote un vestido de monte y a Sancho otro verde, de finísimo paño; pero don Quijote no se le quiso poner, diciendo que otro día había de volver al duro ejercicio de las armas y que no podía llevar consigo guardarropas ni reposterías. Sancho sí tomó el que le dieron, con intención de venderle en la primera ocasión que pudiese. | Extrême était le plaisir que le duc et la duchesse trouvaient à la conversation de don Quichotte et à celle de Sancho. Mais ce qui étonnait le plus la duchesse, c’était que la simplicité de Sancho fût telle qu’il arrivât à croire comme une vérité infaillible que Dulcinée du Toboso était enchantée, tandis qu’il avait été lui-même l’enchanteur et le machinateur de toute l’affaire. Enfin, s’affermissant dans l’intention qu’ils avaient de jouer à leurs hôtes quelques tours qui sentissent les aventures, ils prirent occasion de celle que leur avait contée don Quichotte de la caverne de Montésinos pour en préparer une fameuse.[202] Après avoir donné des ordres et des instructions à leurs gens sur ce qu’ils avaient à faire, au bout de six jours ils conduisirent le chevalier à la chasse de la grosse bête, avec un équipage de piqueurs et de chiens, tel que l’aurait pu mener un roi couronné. On donna à don Quichotte un habit de chasse, et un autre à Sancho, en drap vert de la plus grande finesse. Don Quichotte ne voulut point accepter ni mettre le sien, disant qu’il aurait bientôt à reprendre le dur exercice des armes, et qu’il ne pouvait porter une garde-robe avec lui. Quant à Sancho, il prit celui qu’on lui donna, dans l’intention de le vendre à la première occasion qui s’offrirait. |
| Llegado, pues, el esperado día, armóse don Quijote, vistióse Sancho, y, encima de su rucio, que no le quiso dejar aunque le daban un caballo, se metió entre la tropa de los monteros. La duquesa salió bizarramente aderezada, y don Quijote, de puro cortés y comedido, tomó la rienda de su palafrén, aunque el duque no quería consentirlo, y, finalmente, llegaron a un bosque que entre dos altísimas montañas estaba, donde, tomados los puestos, paranzas y veredas, y repartida la gente por diferentes puestos, se comenzó la caza con grande estruendo, grita y vocería, de manera que unos a otros no podían oírse, así por el ladrido de los perros como por el son de las bocinas. | Le jour venu, don Quichotte s’arma de toutes pièces ; Sancho mit son habit de chasse, et, monté sur le grison, qu’il ne voulut point abandonner, quoiqu’on lui offrît un cheval, il se mêla dans la foule des chasseurs. La duchesse se présenta élégamment parée, et don Quichotte, toujours courtois et galant, prit la bride de son palefroi[203], quoique le duc voulût s’y opposer. Finalement, ils arrivèrent à un bois situé entre deux hautes montagnes ; puis, les postes étant pris, les sentiers occupés, et toute la troupe répartie dans les différents passages, on commença la chasse à cor et à cri, tellement qu’on ne pouvait s’entendre les uns les autres, tant à cause des aboiements des chiens que du bruit des cors de chasse. La duchesse mit pied à terre, et, prenant à la main un épieu aigu[204], elle se plaça dans un poste où elle savait que les sangliers avaient coutume de venir passer. Le duc et don Quichotte descendirent également de leurs montures, et se placèrent à ses côtés. Pour Sancho, il se mit derrière tout le monde, sans descendre du grison, qu’il n’osait point abandonner, crainte de quelque mésaventure. |
| Apeóse la duquesa, y, con un agudo venablo en las manos, se puso en un puesto por donde ella sabía que solían venir algunos jabalíes. Apeóse asimismo el duque y don Quijote, y pusiéronse a sus lados; Sancho se puso detrás de todos, sin apearse del rucio, a quien no osara desamparar, porque no le sucediese algún desmán. Y, apenas habían sentado el pie y puesto en ala con otros muchos criados suyos, cuando, acosado de los perros y seguido de los cazadores, vieron que hacia ellos venía un desmesurado jabalí, crujiendo dientes y colmillos y arrojando espuma por la boca; y en viéndole, embrazando su escudo y puesta mano a su espada, se adelantó a recebirle don Quijote. Lo mesmo hizo el duque con su venablo; pero a todos se adelantara la duquesa, si el duque no se lo estorbara. Sólo Sancho, en viendo al valiente animal, desamparó al rucio y dio a correr cuanto pudo, y, procurando subirse sobre una alta encina, no fue posible; antes, estando ya a la mitad dél, asido de una rama, pugnando subir a la cima, fue tan corto de ventura y tan desgraciado, que se desgajó la rama, y, al venir al suelo, se quedó en el aire, asido de un gancho de la encina, sin poder llegar al suelo. Y, viéndose así, y que el sayo verde se le rasgaba, y pareciéndole que si aquel fiero animal allí allegaba le podía alcanzar, comenzó a dar tantos gritos y a pedir socorro con tanto ahínco, que todos los que le oían y no le veían creyeron que estaba entre los dientes de alguna fiera. | À peine occupaient-ils leur poste, après avoir rangé sur les ailes un grand nombre de leurs gens, qu’ils virent accourir sur eux, poursuivi par les chasseurs et harcelé par les chiens, un énorme sanglier qui faisait craquer ses dents et ses défenses, et jetait l’écume par la bouche. Aussitôt que don Quichotte l’aperçut, mettant l’épée à la main et embrassant son écu, il s’avança bravement à sa rencontre. Le duc fit de même avec son épieu, et la duchesse les aurait devancés tous, si le duc ne l’en eût empêchée. Le seul Sancho, à la vue du terrible animal, lâcha le grison et se mit à courir de toutes ses forces ; puis il essaya de grimper sur un grand chêne ; mais ce fut en vain ; car étant parvenu à la moitié du tronc, et saisissant une branche pour gagner la cime, il fut si mal chanceux que la branche rompit, et qu’en tombant par terre il resta suspendu à un tronçon, sans pouvoir arriver jusqu’en bas. Quant il se vit accroché de la sorte, quand il s’aperçut que son pourpoint vert se déchirait, et qu’en passant, le formidable animal pourrait bien l’atteindre, il se mit à jeter de tels cris, et à demander du secours avec tant d’instance, que tous ceux qui l’entendaient et ne le voyaient pas crurent qu’il était sous la dent de quelque bête féroce. |
| Finalmente, el colmilludo jabalí quedó atravesado de las cuchillas de muchos venablos que se le pusieron delante; y, volviendo la cabeza don Quijote a los gritos de Sancho, que ya por ellos le había conocido, viole pendiente de la encina y la cabeza abajo, y al rucio junto a él, que no le desamparó en su calamidad; y dice Cide Hamete que pocas veces vio a Sancho Panza sin ver al rucio, ni al rucio sin ver a Sancho: tal era la amistad y buena fe que entre los dos se guardaban. | Finalement, le sanglier aux longues défenses tomba sous le fer d’une foule d’épieux qu’on lui opposa, et don Quichotte, tournant alors la tête aux cris de Sancho (car il avait reconnu sa voix), le vit pendu au chêne, la tête en bas, et près de lui le grison, qui ne l’avait point abandonné dans sa détresse. Et Cid Hamet dit à ce propos qu’il a vu bien rarement Sancho Panza sans voir le grison, ni le grison sans voir Sancho ; tant grande était l’amitié qu’ils avaient l’un pour l’autre, et la fidélité qu’ils se gardaient. |
| Llegó don Quijote y descolgó a Sancho; el cual, viéndose libre y en el suelo, miró lo desgarrado del sayo de monte, y pesóle en el alma; que pensó que tenía en el vestido un mayorazgo. En esto, atravesaron al jabalí poderoso sobre una acémila, y, cubriéndole con matas de romero y con ramas de mirto, le llevaron, como en señal de vitoriosos despojos, a unas grandes tiendas de campaña que en la mitad del bosque estaban puestas, donde hallaron las mesas en orden y la comida aderezada, tan sumptuosa y grande, que se echaba bien de ver en ella la grandeza y magnificencia de quien la daba. Sancho, mostrando las llagas a la duquesa de su roto vestido, dijo. | Don Quichotte arriva et décrocha Sancho, lequel, dès qu’il se vit libre et les pieds sur la terre, examina la déchirure de son habit de chasse, qu’il ressentit au fond de l’âme, car il croyait avoir un majorat dans cet habit. Enfin, on posa l’énorme sanglier sur le dos d’un mulet de bât ; et l’ayant couvert avec des branches de romarin et des bouquets de myrte, les chasseurs triomphants le conduisirent, comme dépouille opime, à de grandes tentes de campagne qu’on avait dressées au milieu du bois. Là on trouva la table mise et le repas servi, si abondant, si somptueux, qu’on y reconnaissait bien la grandeur et la magnificence de ceux qui le donnaient. Sancho, montrant à la duchesse les plaies de son habit déchiré : |
| -Si esta caza fuera de liebres o de pajarillos, seguro estuviera mi sayo de verse en este estremo. Yo no sé qué gusto se recibe de esperar a un animal que, si os alcanza con un colmillo, os puede quitar la vida; yo me acuerdo haber oído cantar un romance antiguo que dice. | « Si cette chasse, dit-il, eût été aux lièvres ou aux petits oiseaux, mon pourpoint ne serait pas en cet état. Je ne sais vraiment pas quel plaisir on trouve à attendre un animal qui, s’il vous attrape avec ses crochets, peut vous ôter la vie. Je me rappelle avoir entendu chanter un vieux romance qui dit : |
De los osos seas comido. como Favila el nombrado. | « Sois-tu mangé des ours comme Favila le Renommé ! » |
| -Ése fue un rey godo -dijo don Quijote-, que, yendo a caza de montería, le comió un oso. | – Ce fut un roi goth[205], dit don Quichotte, qui, étant allé à la chasse aux montagnes, fut mangé par un ours. |
| -Eso es lo que yo digo -respondió Sancho-: que no querría yo que los príncipes y los reyes se pusiesen en semejantes peligros, a trueco de un gusto que parece que no le había de ser, pues consiste en matar a un animal que no ha cometido delito alguno. | – C’est justement ce que je dis, reprit Sancho ; je ne voudrais pas que les rois et les princes se missent en semblable danger, pour chercher un plaisir qui ne devrait pas, ce semble, en être un, puisqu’il consiste à tuer un animal qui n’a commis aucun méfait. |
| -Antes os engañáis, Sancho -respondió el duque-, porque el ejercicio de la caza de monte es el más conveniente y necesario para los reyes y príncipes que otro alguno. La caza es una imagen de la guerra: hay en ella estratagemas, astucias, insidias para vencer a su salvo al enemigo; padécense en ella fríos grandísimos y calores intolerables; menoscábase el ocio y el sueño, corrobóranse las fuerzas, agilítanse los miembros del que la usa, y, en resolución, es ejercicio que se puede hacer sin perjuicio de nadie y con gusto de muchos; y lo mejor que él tiene es que no es para todos, como lo es el de los otros géneros de caza, excepto el de la volatería, que también es sólo para reyes y grandes señores. Así que, ¡oh Sancho!, mudad de opinión, y, cuando seáis gobernador, ocupaos en la caza y veréis como os vale un pan por ciento. | – Au contraire, Sancho, répondit le duc, vous vous trompez beaucoup ; car l’exercice de la chasse à la grande bête est plus convenable, plus nécessaire aux rois et aux princes qu’aucun autre. Cette chasse est une image de la guerre ; on y emploie des stratagèmes, des ruses, des embûches, pour vaincre sans risque l’ennemi ; on y souffre des froids excessifs et d’intolérables chaleurs ; on y oublie le sommeil et l’oisiveté ; on s’y rend le corps plus robuste, les membres plus agiles ; enfin, c’est un exercice qu’on peut prendre en faisant plaisir à plusieurs et sans nuire à personne. D’ailleurs, ce qu’il y a de mieux, c’est qu’il n’est pas fait pour tout le monde, comme les autres espèces de chasse, hormis celle du haut vol, qui n’appartient aussi qu’aux rois et aux grands seigneurs. Ainsi donc, ô Sancho, changez d’opinion, et, quand vous serez gouverneur, adonnez-vous à la chasse ; vous verrez comme vous vous en trouverez bien. |
| -Eso no -respondió Sancho-: el buen gobernador, la pierna quebrada y en casa. ¡Bueno sería que viniesen los negociantes a buscarle fatigados y él estuviese en el monte holgándose! ¡Así enhoramala andaría el gobierno! Mía fe, señor, la caza y los pasatiempos más han de ser para los holgazanes que para los gobernadores. En lo que yo pienso entretenerme es en jugar al triunfo envidado las pascuas, y a los bolos los domingos y fiestas; que esas cazas ni cazos no dicen con mi condición ni hacen con mi conciencia. | – Oh ! pour cela non, répondit Sancho ; le bon gouverneur, comme la bonne femme, jambe cassée et à la maison. Il serait beau, vraiment que les gens affairés vinssent le chercher de loin, et qu’il fût au bois à se divertir ! Le gouvernement irait tout de travers. Par ma foi, seigneur, la chasse et les divertissements sont plus faits pour les fainéants que pour les gouverneurs. Ce à quoi je pense m’amuser, c’est à jouer à la triomphe les quatre jours de Pâques[206], et aux boules les dimanches et fêtes. Toutes ces chasses-là ne vont guère à mon humeur, et ne s’accommodent pas à ma conscience. |
| -Plega a Dios, Sancho, que así sea, porque del dicho al hecho hay gran trecho. | – Plaise à Dieu, Sancho, qu’il en soit ainsi, reprit le duc, car du dire au faire la distance est grande. |
| -Haya lo que hubiere -replicó Sancho-, que al buen pagador no le duelen prendas, y más vale al que Dios ayuda que al que mucho madruga, y tripas llevan pies, que no pies a tripas; quiero decir que si Dios me ayuda, y yo hago lo que debo con buena intención, sin duda que gobernaré mejor que un gerifalte. ¡No, sino pónganme el dedo en la boca y verán si aprieto o no. | – Qu’il y ait le chemin qu’on voudra, répliqua Sancho ; au bon payeur il ne coûte rien de donner des gages ; et mieux vaut celui que Dieu assiste que celui qui se lève grand matin, et ce sont les tripes qui portent les pieds, non les pieds les tripes ; je veux dire que si Dieu m’assiste, et si je fais ce que je dois avec bonne intention, sans aucun doute je gouvernerai mieux qu’un aigle royal ; sinon, qu’on me mette le doigt dans la bouche, et l’on verra si je serre ou non les dents. |
| -¡Maldito seas de Dios y de todos sus santos, Sancho maldito -dijo don Quijote-, y cuándo será el día, como otras muchas veces he dicho, donde yo te vea hablar sin refranes una razón corriente y concertada! Vuestras grandezas dejen a este tonto, señores míos, que les molerá las almas, no sólo puestas entre dos, sino entre dos mil refranes, traídos tan a sazón y tan a tiempo cuanto le dé Dios a él la salud, o a mí si los querría escuchar. | – Maudit sois-tu de Dieu et de tous ses saints, Sancho maudit ! s’écria don Quichotte. Quand donc viendra le jour, comme je te l’ai dit maintes fois, où je te verrai parler sans proverbes, et tenir des propos suivis et sensés ? Que Vos Grandeurs laissent là cet imbécile, mes seigneurs ; il vous moudra l’âme, non pas entre deux, mais entre deux mille proverbes, amenés si à point, si à propos, que Dieu veille à son salut, ou au mien si je voulais les écouter. |
| -Los refranes de Sancho Panza -dijo la duquesa-, puesto que son más que los del Comendador Griego, no por eso son en menos de estimar, por la brevedad de las sentencias. De mí sé decir que me dan más gusto que otros, aunque sean mejor traídos y con más sazón acomodados. | – Les proverbes de Sancho Panza, dit la duchesse, bien qu’ils soient plus nombreux que ceux du commentateur grec[207], n’en doivent pas moins être estimés, à cause de la brièveté des sentences. Quant à moi, je puis dire qu’ils me font plus de plaisir que d’autres, ceux-ci fussent-ils mieux amenés et ajustés plus à propos. » |
| Con estos y otros entretenidos razonamientos, salieron de la tienda al bosque, y en requerir algunas paranzas, y presto, se les pasó el día y se les vino la noche, y no tan clara ni tan sesga como la sazón del tiempo pedía, que era en la mitad del verano; pero un cierto claroescuro que trujo consigo ayudó mucho a la intención de los duques; y, así como comenzó a anochecer, un poco más adelante del crepúsculo, a deshora pareció que todo el bosque por todas cuatro partes se ardía, y luego se oyeron por aquí y por allí, y por acá y por acullá, infinitas cornetas y otros instrumentos de guerra, como de muchas tropas de caballería que por el bosque pasaba. La luz del fuego, el son de los bélicos instrumentos, casi cegaron y atronaron los ojos y los oídos de los circunstantes, y aun de todos los que en el bosque estaban. Luego se oyeron infinitos lelilíes, al uso de moros cuando entran en las batallas, sonaron trompetas y clarines, retumbaron tambores, resonaron pífaros, casi todos a un tiempo, tan contino y tan apriesa, que no tuviera sentido el que no quedara sin él al son confuso de tantos intrumentos. Pasmóse el duque, suspendióse la duquesa, admiróse don Quijote, tembló Sancho Panza, y, finalmente, aun hasta los mesmos sabidores de la causa se espantaron. Con el temor les cogió el silencio, y un postillón que en traje de demonio les pasó por delante, tocando en voz de corneta un hueco y desmesurado cuerno, que un ronco y espantoso son despedía. | Au milieu de cet entretien, et d’autres non moins divertissants, ils sortirent des tentes pour rentrer dans le bois, où le reste du jour se passa à chercher des postes et préparer des affûts. La nuit vint, non pas aussi claire et sereine que semblait le promettre la saison, puisqu’on était au milieu de l’été ; mais un certain clair-obscur, qu’elle amena et répandit avec elle, aida singulièrement aux projets des hôtes de don Quichotte. Dès que la nuit fut tombée, et un peu après le crépuscule, il sembla tout à coup que les quatre coins du bois prenaient feu. Ensuite on entendit par ci, par là, devant, derrière, et de tous côtés, une infinité de trompettes et d’autres instruments de guerre, ainsi que le pas de nombreuses troupes de cavalerie qui traversaient la forêt en tous sens. La lumière du feu et le son des instruments guerriers aveuglaient presque et assourdissaient les assistants, ainsi que tous ceux qui se trouvaient dans le bois. Bientôt on entendit une infinité de hélélis, de ces cris à l’usage des Mores quand ils engagent la bataille.[208] Les tambours battaient ; les trompettes, les clairons, les fifres résonnaient tous à la fois, si continuellement et si fort, que celui-là n’aurait pas eu de sens qui eût conservé le sien au bruit confus de tant d’instruments. Le duc pâlit, la duchesse frissonna, don Quichotte se sentit troubler, Sancho Panza trembla de tous ses membres, et ceux même qui connaissaient la vérité s’épouvantèrent. Le silence les saisit avec la peur, et, dans ce moment, un postillon passa devant eux, en équipage de démon, sonnant, au lieu de trompette, d’une corne démesurée, dont il tirait un bruit rauque et effroyable. |
| -¡Hola, hermano correo! -dijo el duque-, ¿quién sois, adónde vais, y qué gente de guerra es la que por este bosque parece que atraviesa. | « Holà ! frère courrier, s’écria le duc, qui êtes-vous ? où allez-vous ? quels gens de guerre sont ceux qui traversent ce bois ? » |
| A lo que respondió el correo con voz horrísona y desenfadada. | Le courrier répondit avec une voix brusque et farouche : |
| -Yo soy el Diablo; voy a buscar a don Quijote de la Mancha; la gente que por aquí viene son seis tropas de encantadores, que sobre un carro triunfante traen a la sin par Dulcinea del Toboso. Encantada viene con el gallardo francés Montesinos, a dar orden a don Quijote de cómo ha de ser desencantada la tal señora. | « Je suis le diable ; je vais chercher don Quichotte de la Manche ; les gens qui viennent par ici sont six troupes d’enchanteurs, qui amènent sur un char de triomphe la sans pareille Dulcinée du Toboso ; elle vient, enchantée avec le brillant Français Montésinos, apprendre à don Quichotte comment peut être désenchantée la pauvre dame. |
| -Si vos fuérades diablo, como decís y como vuestra figura muestra, ya hubiérades conocido al tal caballero don Quijote de la Mancha, pues le tenéis delante. | – Si vous étiez le diable, comme vous le dites, et comme le montre votre aspect, reprit le duc, vous auriez déjà reconnu le chevalier don Quichotte de la Manche, car le voilà devant vous. |
| -En Dios y en mi conciencia -respondió el Diablo- que no miraba en ello, porque traigo en tantas cosas divertidos los pensamientos, que de la principal a que venía se me olvidaba. | – En mon âme et conscience, répondit le diable, je n’y avais pas fait attention ; j’ai l’esprit occupé de tant de choses que j’oubliais la principale, celle pour laquelle je venais justement. |
| -Sin duda -dijo Sancho- que este demonio debe de ser hombre de bien y buen cristiano, porque, a no serlo, no jurara en Dios y en mi conciencia. Ahora yo tengo para mí que aun en el mesmo infierno debe de haber buena gente. | – Sans doute, s’écria Sancho, que ce démon est honnête homme et bon chrétien ; car, s’il ne l’était pas, il ne jurerait point en son âme et conscience. Maintenant je croirai que, jusque dans l’enfer, il doit y avoir de braves gens. » |
| Luego el Demonio, sin apearse, encaminando la vista a don Quijote, dijo. | Aussitôt le démon, sans mettre pied à terre, et tournant les yeux sur don Quichotte, lui dit : |
| -A ti, el Caballero de los Leones (que entre las garras dellos te vea yo), me envía el desgraciado pero valiente caballero Montesinos, mandándome que de su parte te diga que le esperes en el mismo lugar que te topare, a causa que trae consigo a la que llaman Dulcinea del Toboso, con orden de darte la que es menester para desencantarla. Y, por no ser para más mi venida, no ha de ser más mi estada: los demonios como yo queden contigo, y los ángeles buenos con estos señores. | « À toi, le chevalier des Lions (que ne puis-je te voir entre leurs griffes !), m’envoie le malheureux, mais vaillant chevalier Montésinos, pour te dire de sa part que tu l’attendes à l’endroit même où je te rencontrerai, parce qu’il amène avec lui celle qu’on nomme Dulcinée du Toboso, dans le désir de te faire connaître le moyen à prendre pour la désenchanter. Ma venue n’étant à autre fin, ce doit être la fin de mon séjour. Que les démons de mon espèce restent avec toi, et les bons anges avec ces seigneurs. » |
| Y, en diciendo esto, tocó el desaforado cuerno, y volvió las espaldas y fuese, sin esperar respuesta de ninguno. | À ces mots, il se remit à souffler dans son énorme cornet, tourna le dos, et s’en fut, sans attendre une réponse de personne. |
| Renovóse la admiración en todos, especialmente en Sancho y don Quijote: en Sancho, en ver que, a despecho de la verdad, querían que estuviese encantada Dulcinea; en don Quijote, por no poder asegurarse si era verdad o no lo que le había pasado en la cueva de Montesinos. Y, estando elevado en estos pensamientos, el duque le dijo. | La surprise s’accrut pour tout le monde, surtout pour Sancho, quand il vit qu’on voulait à toute force, et en dépit de la vérité, que Dulcinée fût enchantée réellement ; pour don Quichotte, parce qu’il ne pouvait toujours pas démêler si ce qui lui était arrivé dans la caverne de Montésinos était vrai ou faux. Tandis qu’il s’abîmait dans ces pensées, le duc lui demanda : |
| -¿Piensa vuestra merced esperar, señor don Quijote? | « Est-ce que Votre Grâce pense attendre cette visite, seigneur don Quichotte ? |
| -Pues ¿no? -respondió él-. Aquí esperaré intrépido y fuerte, si me viniese a embestir todo el infierno. | – Pourquoi non ? répondit-il ; j’attendrai de pied ferme et de cœur intrépide, dût m’assaillir l’enfer tout entier. |
| -Pues si yo veo otro diablo y oigo otro cuerno como el pasado, así esperaré yo aquí como en Flandes -dijo Sancho. | – Eh bien ! moi, s’écria Sancho, si je vois un autre diable comme le dernier, et si j’entends un autre cornet à bouquin, j’attendrai ici comme je suis en Flandre. » |
| En esto, se cerró más la noche, y comenzaron a discurrir muchas luces por el bosque, bien así como discurren por el cielo las exhalaciones secas de la tierra, que parecen a nuestra vista estrellas que corren. Oyóse asimismo un espantoso ruido, al modo de aquel que se causa de las ruedas macizas que suelen traer los carros de bueyes, de cuyo chirrío áspero y continuado se dice que huyen los lobos y los osos, si los hay por donde pasan. Añadióse a toda esta tempestad otra que las aumentó todas, que fue que parecía verdaderamente que a las cuatro partes del bosque se estaban dando a un mismo tiempo cuatro rencuentros o batallas, porque allí sonaba el duro estruendo de espantosa artillería, acullá se disparaban infinitas escopetas, cerca casi sonaban las voces de los combatientes, lejos se reiteraban los lililíes agarenos. | La nuit, en ce moment, achevait de se fermer, et l’on commença à voir courir çà et là des lumières à travers le bois, comme se répandent par le ciel les exhalaisons sèches de la terre, lesquelles paraissent à notre vue autant d’étoiles qui filent. On entendit en même temps un bruit épouvantable, dans le genre de celui que produisent les roues massives des charrettes à bœufs, bruit aigu, criard, continuel, qui fait, dit-on, fuir les loups et les ours, s’il y en a sur leur passage. À toutes ces tempêtes s’en ajouta une autre, qui les accrut encore ; il semblait véritablement qu’aux quatre coins du bois on livrât en même temps quatre batailles. Là, résonnait le bruit sourd et effroyable de l’artillerie ; ici, partaient une infinité d’arquebuses ; tout près, on entendait les cris des combattants ; plus loin, les hélélis sarrasins. |
| Finalmente, las cornetas, los cuernos, las bocinas, los clarines, las trompetas, los tambores, la artillería, los arcabuces, y, sobre todo, el temeroso ruido de los carros, formaban todos juntos un son tan confuso y tan horrendo, que fue menester que don Quijote se valiese de todo su corazón para sufrirle; pero el de Sancho vino a tierra, y dio con él desmayado en las faldas de la duquesa, la cual le recibió en ellas, y a gran priesa mandó que le echasen agua en el rostro. Hízose así, y él volvió en su acuerdo, a tiempo que ya un carro de las rechinantes ruedas llegaba a aquel puesto. | Finalement, les cornets, les cors de chasse, les clairons, les trompettes, les tambours, l’artillerie, les coups d’arquebuse, et par-dessus tout l’épouvantable cliquetis des charrettes, tout cela formait à la fois un bruit si confus, si horrible, que don Quichotte eut besoin de rassembler tout son courage pour l’entendre sans effroi. Quant à Sancho, le sien fut bientôt abattu ; il tomba évanoui aux pieds de la duchesse, qui le reçut dans le pan de sa robe, et s’empressa de lui faire jeter de l’eau sur le visage. L’aspersion faite, il revint à lui dans le moment où un char aux roues criardes arrivait en cet endroit. |
| Tirábanle cuatro perezosos bueyes, todos cubiertos de paramentos negros; en cada cuerno traían atada y encendida una grande hacha de cera, y encima del carro venía hecho un asiento alto, sobre el cual venía sentado un venerable viejo, con una barba más blanca que la mesma nieve, y tan luenga que le pasaba de la cintura; su vestidura era una ropa larga de negro bocací, que, por venir el carro lleno de infinitas luces, se podía bien divisar y discernir todo lo que en él venía. Guiábanle dos feos demonios vestidos del mesmo bocací, con tan feos rostros, que Sancho, habiéndolos visto una vez, cerró los ojos por no verlos otra. Llegando, pues, el carro a igualar al puesto, se levantó de su alto asiento el viejo venerable, y, puesto en pie, dando una gran voz, dijo. | Quatre bœufs tardifs le traînaient, tout couverts de housses noires, et portant, attachée à chaque corne, une grande torche allumée. Sur le chariot était élevé une espèce de trône, et sur ce trône était assis un vieillard vénérable, avec une barbe plus blanche que la neige, et si longue qu’elle lui tombait au-dessous de la ceinture. Son vêtement était une ample robe de boucassin noir ; et, comme le chariot portait une infinité de lumières, on pouvait aisément y distinguer tous les objets. Il était conduit par deux laids démons, habillés de la même étoffe, et de si hideux visage, qu’après les avoir vus une fois, Sancho ferma les yeux, pour ne pas les voir une seconde. Quand le char fut arrivé en face du poste où se trouvait la compagnie, le vénérable vieillard se leva de son siège élevé, et, dès qu’il fut debout, il dit d’une voix haute : |
| -Yo soy el sabio Lirgandeo. | « Je suis le sage Lirgandée ; » |
| Y pasó el carro adelante, sin hablar más palabra. Tras éste pasó otro carro de la misma manera, con otro viejo entronizado; el cual, haciendo que el carro se detuviese, con voz no menos grave que el otro, dijo. | et le char passa outre, sans qu’il ajoutât un seul mot. Derrière ce chariot en vint un autre tout pareil, avec un autre vieillard intronisé, lequel, faisant arrêter son attelage, dit d’une voix non moins grave que le premier : |
| -Yo soy el sabio Alquife, el grande amigo de Urganda la Desconocida. | « Je suis le sage Alquife, grand ami d’Urgande la Déconnue ; » |
| Y pasó adelante. | et il passa outre. |
| Luego, por el mismo continente, llegó otro carro; pero el que venía sentado en el trono no era viejo como los demás, sino hombrón robusto y de mala catadura, el cual, al llegar, levantándose en pie, como los otros, dijo con voz más ronca y más endiablada. | Bientôt, et de la même façon, arriva un troisième chariot. Mais celui qui occupait le trône n’était pas un vieillard comme les deux premiers ; c’était un homme large et robuste, et de mine rébarbative. En arrivant, il se leva debout comme les autres, et dit d’une voix encore plus rauque et plus diabolique : |
| -Yo soy Arcaláus el encantador, enemigo mortal de Amadís de Gaula y de toda su parentela. | « Je suis Arcalaüs l’enchanteur, ennemi mortel d’Amadis de Gaule et de toute sa lignée ; » et il passa outre. |
| Y pasó adelante. Poco desviados de allí hicieron alto estos tres carros, y cesó el enfadoso ruido de sus ruedas, y luego se oyó otro, no ruido, sino un son de una suave y concertada música formado, con que Sancho se alegró, y lo tuvo a buena señal; y así, dijo a la duquesa, de quien un punto ni un paso se apartaba. | À quelque distance de là, les trois chariots firent halte, et alors cessa l’insupportable criaillement des roues. Bientôt on n’entendit d’autre bruit que le son d’une musique douce et concertante. Sancho s’en réjouit fort, et en tira bon présage. |
| -Señora, donde hay música no puede haber cosa mala. | « Madame, dit-il à la duchesse, dont il ne s’écartait ni d’un pas ni d’un instant, où il y a de la musique, il ne peut rien y avoir de mauvais. |
| -Tampoco donde hay luces y claridad -respondió la duquesa. | – Pas davantage où il y a des lumières et de la clarté, répondit la duchesse. |
| A lo que replicó Sancho. | – Oh ! reprit Sancho, |
| -Luz da el fuego y claridad las hogueras, como lo vemos en las que nos cercan, y bien podría ser que nos abrasasen, pero la música siempre es indicio de regocijos y de fiestas. | le feu donne de la lumière et les fournaises de la clarté, comme nous pouvons le voir à celles qui nous entourent, et qui pourraient bien pourtant nous embraser ; au lieu que la musique est toujours un signe de réjouissance et de fêtes. |
| -Ello dirá -dijo don Quijote, que todo lo escuchaba. | – C’est ce qu’on va voir », dit don Quichotte, qui écoutait leur entretien ; |
| Y dijo bien, como se muestra en el capítulo siguiente. | et il avait raison, ainsi que le prouve le chapitre suivant. |