Don Quijote de la Mancha
         de Miguel de Cervantes Saavedra
Edición bilingüe, español-francés, en textos paralelos
Édition bilingue espagnol-français dans des textes parallèles
Traducción de Louis Viardot
Integrado en el sistema MGARCI
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Traducción bilingüe al: Alemán Francés Inglés Italiano
II. Capítulo XXXV. Donde se prosigue la noticia que tuvo don Quijote del desencanto de Dulcinea, con otros admirables sucesos. Chapitre XXXV Où se continue la nouvelle que reçut don Quichotte du désenchantement de Dulcinée, avec d’autres événements dignes d’admiration
Al compás de la agradable música vieron que hacia ellos venía un carro de los que llaman triunfales tirado de seis mulas pardas, encubertadas, empero, de lienzo blanco, y sobre cada una venía un diciplinante de luz, asimesmo vestido de blanco, con una hacha de cera grande encendida en la mano. Era el carro dos veces, y aun tres, mayor que los pasados, y los lados, y encima dél, ocupaban doce otros diciplinantes albos como la nieve, todos con sus hachas encendidas, vista que admiraba y espantaba juntamente; y en un levantado trono venía sentada una ninfa, vestida de mil velos de tela de plata, brillando por todos ellos infinitas hojas de argentería de oro, que la hacían, si no rica, a lo menos vistosamente vestida. Traía el rostro cubierto con un transparente y delicado cendal, de modo que, sin impedirlo sus lizos, por entre ellos se descubría un hermosísimo rostro de doncella, y las muchas luces daban lugar para distinguir la belleza y los años, que, al parecer, no llegaban a veinte ni bajaban de diez y siete. Ils virent alors s’approcher d’eux, à la mesure de cette agréable musique, un char de ceux qu’on appelle char de triomphe, traîné par six mules brunes caparaçonnées de toile blanche, sur chacune desquelles était monté un pénitent, à la manière de ceux qui font amende honorable, également vêtu de blanc, avec une grosse torche de cire à la main. Ce char était deux fois, et même trois fois plus grand que les autres. Les côtés et les bords en étaient chargés de douze autres pénitents, blancs comme la neige, et tenant chacun une torche allumée ; spectacle fait pour surprendre et pour épouvanter tout à la fois. Sur un trône élevé au centre du char, était assise une nymphe couverte de mille voiles de gaze d’argent, sur lesquels brillaient une infinité de paillettes d’or, qui lui faisaient, sinon une riche, au moins une élégante parure. Elle avait la figure cachée sous une gaze de soie transparente et délicate, dont le tissu ne pouvait empêcher de découvrir un charmant visage de jeune fille. Les nombreuses lumières permettaient de distinguer ses traits et son âge, qui semblait ne point avoir atteint vingt ans, ni être resté au-dessous de dix-sept.
Junto a ella venía una figura vestida de una ropa de las que llaman rozagantes, hasta los pies, cubierta la cabeza con un velo negro; pero, al punto que llegó el carro a estar frente a frente de los duques y de don Quijote, cesó la música de las chirimías, y luego la de las arpas y laúdes que en el carro sonaban; y, levantándose en pie la figura de la ropa, la apartó a entrambos lados, y, quitándose el velo del rostro, descubrió patentemente ser la mesma figura de la muerte, descarnada y fea, de que don Quijote recibió pesadumbre y Sancho miedo, y los duques hicieron algún sentimiento temeroso. Alzada y puesta en pie esta muerte viva, con voz algo dormida y con lengua no muy despierta, comenzó a decir desta manera Près d’elle était un personnage enveloppé jusqu’aux pieds d’une robe de velours à longue queue, et la tête couverte d’un voile noir. Au moment où le char arriva juste en face du duc et de don Quichotte, la musique des clairons cessa, et, bientôt après, celle des harpes et des luths dont on jouait sur le char même. Alors, se levant tout debout, le personnage à la longue robe l’écarta des deux côtés, et, soulevant le voile qui lui cachait le visage, il découvrit à tous les regards la figure même de la mort, hideuse et décharnée. Don Quichotte en pâlit, Sancho trembla de peur, le duc et la duchesse firent un mouvement d’effroi. Cette Mort vivante, s’étant levée sur les pieds, commença, d’une voix endormie et d’une langue peu éveillée, à parler de la sorte :
-Yo soy Merlín, aquel que las historias
dicen que tuve por mi padre al diablo
(mentira autorizada de los tiempos) ,
príncipe de la Mágica y monarca
y archivo de la ciencia zoroástrica,
émulo a las edades y a los siglos
que solapar pretenden las hazañas
de los andantes bravos caballeros
a quien yo tuve y tengo gran cariño.
Y, puesto que es de los encantadores,
de los magos o mágicos contino
dura la condición, áspera y fuerte,
la mía es tierna, blanda y amorosa,
y amiga de hacer bien a todas gentes.
En las cavernas lóbregas de Dite,
donde estaba mi alma entretenida
en formar ciertos rombos y caráteres,
llegó la voz doliente de la bella
y sin par Dulcinea del Toboso.
Supe su encantamento y su desgracia,
y su trasformación de gentil dama
en rústica aldeana; condolíme,
y, encerrando mi espíritu en el hueco
desta espantosa y fiera notomía,
después de haber revuelto cien mil libros
desta mi ciencia endemoniada y torpe,
vengo a dar el remedio que conviene
a tamaño dolor, a mal tamaño.
¡Oh tú, gloria y honor de cuantos visten
las túnicas de acero y de diamante,
luz y farol, sendero, norte y guía
de aquellos que, dejando el torpe sueño
y las ociosas plumas, se acomodan
a usar el ejercicio intolerable
de las sangrientas y pesadas armas!
A ti digo ¡oh varón, como se debe
por jamás alabado!, a ti, valiente
juntamente y discreto don Quijote,
de la Mancha esplendor, de España estrella,
que para recobrar su estado primo
la sin par Dulcinea del Toboso,
es menester que Sancho, tu escudero,
se dé tres mil azotes y trecientos
en ambas sus valientes posaderas,
al aire descubiertas, y de modo
que le escuezan, le amarguen y le enfaden.
Y en esto se resuelven todos cuantos
de su desgracia han sido los autores,
y a esto es mi venida, mis señores.
« Je suis Merlin, celui que les histoires
disent avoir eu le diable pour père
(mensonge accrédité par le temps),
prince de la magie, monarque
et archive de la science zoroastrique,
émule des âges et des siècles,
qui prétendent engloutir les exploits
des braves chevaliers errants,
à qui j’ai toujours porté et porte encore une grande affection.
« Et, bien que l’humeur des enchanteurs,
des mages et des magiciens soit toujours dure,
âpre et farouche,
la mienne est douce, tendre, amoureuse,
aimant à faire bien à toutes sortes de gens.
« Dans les obscures cavernes du Destin,
où mon âme s’occupait
à former des caractères et des figures magiques,
est venue jusqu’à moi la voix dolente de la belle
et sans pareille Dulcinée du Toboso.
« Je sus son enchantement et sa disgrâce,
sa transformation de gentille dame
en grossière villageoise ; je fus ému de pitié,
et, enfermant mon esprit dans le creux
de cet horrible squelette,
après avoir feuilleté cent mille volumes
de ma science diabolique et vaine,
je viens donner le remède qui convient
à un si grand mal, à une douleur si grande.
« Ô toi, honneur et gloire de tous ceux que revêtent
les tuniques d’acier et de diamant,
lumière, fanal, guide et boussole
de ceux qui laissant le lourd sommeil
et la plume oisive, consentent
à prendre l’intolérable métier des pesantes et sanglantes armes.
« À toi je dis, ô héros jamais dignement loué,
vaillant tout à la fois et spirituel don Quichotte,
splendeur de la Manche, astre de l’Espagne,
que, pour rendre à son premier état
la sans pareille Dulcinée du Toboso,
il faut que Sancho, ton écuyer,
se donne trois mille trois cents
coups de fouet sur ses deux larges fesses,
découvertes à l’air, de façon
qu’il lui en cuise et qu’il lui en reste des marques.
C’est à cela que se résolvent tous ceux
qui ont été les auteurs de sa disgrâce ;
et c’est pour cela que je suis venu, mes seigneurs.
-¡Voto a tal! -dijo a esta sazón Sancho-. No digo yo tres mil azotes, pero así me daré yo tres como tres puñaladas. ¡Válate el diablo por modo de desencantar! ¡Yo no sé qué tienen que ver mis posas con los encantos! ¡Par Dios que si el señor Merlín no ha hallado otra manera como desencantar a la señora Dulcinea del Toboso, encantada se podrá ir a la sepultura! – Ah bien, ma foi, s’écria Sancho, je me donnerai, non pas trois mille, mais trois coups de fouet, comme trois coups de couteau. Au diable soit la manière de désenchanter ! Et qu’est-ce qu’ont à voir mes fesses avec les enchantements ? Pardieu ! si le seigneur Merlin n’a pas trouvé d’autre moyen de désenchanter madame Dulcinée du Toboso, elle pourra bien s’en aller tout enchantée à la sépulture.
-Tomaros he yo -dijo don Quijote-, don villano, harto de ajos}>, y amarraros he a un árbol, desnudo como vuestra madre os parió; y no digo yo tres mil y trecientos, sino seis mil y seiscientos azotes os daré, tan bien pegados que no se os caigan a tres mil y trecientos tirones. Y no me repliquéis palabra, que os arrancaré el alma. – Et moi je vais vous prendre, s’écria don Quichotte, don manant repu d’ail, et vous attacher à un arbre, nu comme votre mère vous a mis au monde, et je vous donnerai, non pas trois mille trois cents, mais six mille six cents coups de fouet, et si bien appliqués que vous ne puissiez vous en débarrasser en trois mille trois cents tours de reins. Et ne répliquez pas un mot, ou je vous arrache l’âme. »
Oyendo lo cual Merlín, dijo. Quand Merlin entendit cela :
-No ha de ser así, porque los azotes que ha de recebir el buen Sancho han de ser por su voluntad, y no por fuerza, y en el tiempo que él quisiere; que no se le pone término señalado; pero permítesele que si él quisiere redemir su vejación por la mitad de este vapulamiento, puede dejar que se los dé ajena mano, aunque sea algo pesada. « Non, reprit-il, ce ne doit pas être ainsi ; il faut que les coups de fouet que recevra le bon Sancho lui soient donnés de sa propre volonté, et non par force, et dans les moments qu’il lui plaira de choisir, car on ne fixe aucun terme. Cependant, s’il veut racheter son tourment pour la moitié de cette somme de coups de fouet, il lui est permis de se les laisser donner par une main étrangère, fût-elle même un peu pesante.
-Ni ajena, ni propia, ni pesada, ni por pesar -replicó Sancho- a mí no me ha de tocar alguna mano. ¿Parí yo, por ventura, a la señora Dulcinea del Toboso, para que paguen mis posas lo que pecaron sus ojos? El señor mi amo sí, que es parte suya, pues la llama a cada paso mi vida, mi alma, sustento y arrimo suyo, se puede y debe azotar por ella y hacer todas las diligencias necesarias para su desencanto; pero, ¿azotarme yo...? ¡Abernuncio. – Ni étrangère ni propre, ni pesante ni à peser, répliqua Sancho, aucune main ne me touchera. Est-ce que j’ai, par hasard, mis au monde madame Dulcinée du Toboso, pour que mes fesses payent le péché qu’ont fait ses beaux yeux ? C’est bon pour le seigneur mon maître, qui est une partie d’elle-même, puisqu’il l’appelle à chaque pas ma vie, mon âme, mon soutien. Il peut et doit se fouetter pour elle, et faire toutes les démarches nécessaires à son désenchantement ; mais me fouetter, moi ? abernuncio. »
Apenas acabó de decir esto Sancho, cuando, levantándose en pie la argentada ninfa que junto al espíritu de Merlín venía, quitándose el sutil velo del rostro, le descubrió tal, que a todos pareció mas que demasiadamente hermoso, y, con un desenfado varonil y con una voz no muy adamada, hablando derechamente con Sancho Panza, dijo. À peine Sancho achevait-il de dire ces paroles, que la nymphe argentée qui se tenait près de l’esprit de Merlin, se leva tout debout, et, détournant son léger voile, elle découvrit un visage qui parut à tous les yeux plus que démesurément beau ; puis, avec un geste mâle et une voix fort peu féminine, elle s’adressa directement à Sancho Panza :
-¡Oh malaventurado escudero, alma de cántaro, corazón de alcornoque, de entrañas guijeñas y apedernaladas! Si te mandaran, ladrón desuellacaras, que te arrojaras de una alta torre al suelo; si te pidieran, enemigo del género humano, que te comieras una docena de sapos, dos de lagartos y tres de culebras; si te persuadieran a que mataras a tu mujer y a tus hijos con algún truculento y agudo alfanje, no fuera maravilla que te mostraras melindroso y esquivo; pero hacer caso de tres mil y trecientos azotes, que no hay niño de la doctrina, por ruin que sea, que no se los lleve cada mes, admira, adarva, espanta a todas las entrañas piadosas de los que lo escuchan, y aun las de todos aquellos que lo vinieren a saber con el discurso del tiempo. Pon, ¡oh miserable y endurecido animal!, pon, digo, esos tus ojos de machuelo espantadizo en las niñas destos míos, comparados a rutilantes estrellas, y veráslos llorar hilo a hilo y madeja a madeja, haciendo surcos, carreras y sendas por los hermosos campos de mis mejillas. Muévate, socarrón y malintencionado monstro, que la edad tan florida mía, que aún se está todavía en el diez y... de los años, pues tengo diez y nueve y no llego a veinte, se consume y marchita debajo de la corteza de una rústica labradora; y si ahora no lo parezco, es merced particular que me ha hecho el señor Merlín, que está presente, sólo porque te enternezca mi belleza; que las lágrimas de una afligida hermosura vuelven en algodón los riscos, y los tigres en ovejas. Date, date en esas carnazas, bestión indómito, y saca de harón ese brío, que a sólo comer y más comer te inclina, y pon en libertad la lisura de mis carnes, la mansedumbre de mi condición y la belleza de mi faz; y si por mí no quieres ablandarte ni reducirte a algún razonable término, hazlo por ese pobre caballero que a tu lado tienes; por tu amo, digo, de quien estoy viendo el alma, que la tiene atravesada en la garganta, no diez dedos de los labios, que no espera sino tu rígida o blanda repuesta, o para salirse por la boca, o para volverse al estómago. « Ô malencontreux écuyer, dit-elle, cœur de poule, âme de bronze, entrailles de cailloux, si l’on t’ordonnait, effronté larron, de te jeter d’une haute tour en bas ; si l’on te demandait, ennemi du genre humain, de manger une douzaine de crapauds, deux douzaines de lézards et trois douzaines de couleuvres ; si l’on te persuadait de tuer ta femme et tes enfants avec le tranchant aigu d’un atroce cimeterre, il ne serait pas étonnant que tu te montrasses malgracieux, et que tu fisses la petite bouche. Mais faire cas de trois mille trois cents coups de fouet, quand il n’y a pas d’écolier des frères de la doctrine, si mauvais sujet qu’il soit, qui n’en attrape chaque mois autant, en vérité, cela surprend, étourdit, stupéfie les entrailles pitoyables de tous ceux qui écoutent une semblable réponse, et même de tous ceux qui viendront à l’apprendre avec le cours du temps. Jette, ô animal misérable et endurci, jette, dis-je, tes yeux de mulet ombrageux sur la prunelle des miens, brillants comme de scintillantes étoiles, et tu les verras pleurer goutte à goutte, ruisseau à ruisseau, traçant des sillons, des sentiers et des routes, à travers les belles campagnes de mes joues. Prends pitié, monstre sournois et malintentionné, prends pitié à voir que mon jeune âge, qui ne passe pas encore la seconde dizaine, puisque j’ai dix-neuf ans, et pas tout à fait vingt, se consume et se flétrit sous l’écorce d’une grossière paysanne. Si maintenant je n’en ai pas l’air, c’est une faveur particulière que m’a faite le seigneur Merlin, ici présent, uniquement pour que mes attraits t’attendrissent, car les larmes d’une beauté affligée changent les rochers en coton et les tigres en brebis. Frappe-toi, frappe-toi sur ces viandes épaisses, bête féroce indomptée, et ranime ce courage que tu ne sais employer qu’à te remplir la bouche et le ventre ; remets en liberté la délicatesse de ma peau, la douceur de mon caractère et la beauté de ma face. Mais, si pour moi tu ne veux pas t’adoucir ni te rendre à la raison, fais-le pour ce pauvre chevalier, qui est debout à tes côtés ; pour ton maître, dis-je, dont je vois l’âme en ce moment, à telles enseignes qu’il la tient au travers de la gorge, à cinq ou six doigts des lèvres, car elle n’attend plus que ta réponse brutale ou tendre, ou pour lui sortir par la bouche, ou pour lui rentrer dans l’estomac. »
Tentóse, oyendo esto, la garganta don Quijote y dijo, volviéndose al duque. À ces mots, don Quichotte se tâta la gorge, et se tournant vers le duc :
-Por Dios, señor, que Dulcinea ha dicho la verdad, que aquí tengo el alma atravesada en la garganta, como una nuez de ballesta. « Pardieu ! seigneur, s’écria-t-il, Dulcinée a dit vrai ; car voici que j’ai l’âme arrêtée au milieu de la gorge, comme une noix d’arbalète.
-¿Qué decís vos a esto, Sancho? -preguntó la duquesa. – Que dites-vous à cela, Sancho ? demanda la duchesse.
-Digo, señora -respondió Sancho-, lo que tengo dicho que de los azotes, abernuncio. – Je dis, madame, répondit Sancho, ce que j’ai dit, quant aux coups de fouet : abernuncio.
-Abrenuncio habéis de decir, Sancho, y no como decís -dijo el duque. – C’est abrenuncio[209] qu’il faut dire, Sancho, reprit le duc, et non comme vous dites.
-Déjeme vuestra grandeza -respondió Sancho-, que no estoy agora para mirar en sotilezas ni en letras más a menos; porque me tienen tan turbado estos azotes que me han de dar, o me tengo de dar, que no sé lo que me digo, ni lo que me hago. Pero querría yo saber de la señora mi señora doña Dulcina del Toboso adónde aprendió el modo de rogar que tiene viene a pedirme que me abra las carnes a azotes, y llámame alma de cántaro y bestión indómito, con una tiramira de malos nombres, que el diablo los sufra. ¿Por ventura son mis carnes de bronce, o vame a mí algo en que se desencante o no? ¿Qué canasta de ropa blanca, de camisas, de tocadores y de escarpines, anque no los gasto, trae delante de sí para ablandarme, sino un vituperio y otro, sabiendo aquel refrán que dicen por ahí, que un asno cargado de oro sube ligero por una montaña, y que dádivas quebrantan peñas, y a Dios rogando y con el mazo dando, y que más vale un "toma" que dos "te daré"? Pues el señor mi amo, que había de traerme la mano por el cerro y halagarme para que yo me hiciese de lana y de algodón cardado, dice que si me coge me amarrará desnudo a un árbol y me doblará la parada de los azotes; y habían de considerar estos lastimados señores que no solamente piden que se azote un escudero, sino un gobernador; como quien dice "bebe con guindas". Aprendan, aprendan mucho de enhoramala a saber rogar, y a saber pedir, y a tener crianza, que no son todos los tiempos unos, ni están los hombres siempre de un buen humor. Estoy yo ahora reventando de pena por ver mi sayo verde roto, y vienen a pedirme que me azote de mi voluntad, estando ella tan ajena dello como de volverme cacique. – Oh ! que Votre Grandeur me laisse tranquille, répliqua Sancho ; je ne suis pas en état maintenant de regarder aux finesses et à une lettre de plus ou de moins, car ces maudits coups de fouet, qu’il faut qu’on me donne ou que je me donne, me tiennent si troublé, que je ne sais ni ce que je dis ni ce que je fais. Mais je voudrais bien savoir de Sa Seigneurie madame doña Dulcinée du Toboso, où elle a appris la manière qu’elle emploie pour prier les gens. Elle vient me demander de m’ouvrir les chairs à coups de fouet, et elle m’appelle cœur de poule, bête féroce indomptée, avec une kyrielle d’autres injures que le diable ne supporterait pas. Est-ce que, par hasard, mes chairs sont de bronze ? est-ce qu’il m’importe en rien qu’elle soit ou non désenchantée ? quelle corbeille de linge blanc, de chemises, de mouchoirs, d’escarpins (bien que je n’en mette pas) a-t-elle envoyée en avant pour me toucher le cœur ? Au lieu de cela, une injure sur l’autre, quoiqu’elle sache le proverbe qui court par ici, qu’un âne chargé d’or monte légèrement la montagne, et que les présents brisent les rochers, et qu’en priant Dieu tu dois donner du maillet, et qu’un bon Tiens vaut mieux que deux Tu l’auras. Et le seigneur mon maître, qui aurait dû me passer la main sur le cou, me flatter et me caresser, pour que je me fisse de laine et de coton cardé, ne dit-il pas que, s’il me prend, il m’attachera tout nu à un arbre, et me doublera la pitance des coups de fouet ? Est-ce que ces bonnes âmes compatissantes n’auraient pas dû considérer qu’ils ne demandent pas seulement qu’un écuyer se fouette, mais bien un gouverneur ? comme qui dirait : « Mange du miel sur tes cerises. » Qu’ils apprennent, à la male heure, qu’ils apprennent à savoir prier et demander, à savoir être polis ; car tous les temps ne sont pas pareils, ni tous les hommes toujours de bonne humeur. Je suis maintenant percé de douleur en voyant les déchirures de mon pourpoint vert, et voilà qu’on vient me demander que je me fouette de bonne volonté, quand je n’en ai pas plus envie que de me faire cacique.
-Pues en verdad, amigo Sancho -dijo el duque-, que si no os ablandáis más que una breva madura, que no habéis de empuñar el gobierno. ¡Bueno sería que yo enviase a mis insulanos un gobernador cruel, de entrañas pedernalinas, que no se doblega a las lágrimas de las afligidas doncellas, ni a los ruegos de discretos, imperiosos y antiguos encantadores y sabios! En resolución, Sancho, o vos habéis de ser azotado, o os han de azotar, o no habéis de ser gobernador. – Eh bien ! en vérité, ami Sancho, dit le duc, si vous ne vous adoucissez pas autant qu’une poire molle, vous n’obtiendrez pas le gouvernement. Il ferait beau, vraiment, que j’envoyasse à mes insulaires un gouverneur cruel, aux entrailles de pierre, qui ne se rend point aux larmes des demoiselles affligées, aux prières de discrets enchanteurs, à l’empire d’anciens sages ! Enfin, Sancho, ou vous vous fouetterez, ou l’on vous fouettera, ou vous ne serez pas gouverneur.
-Señor -respondió Sancho-, ¿no se me darían dos días de término para pensar lo que me está mejor? – Seigneur, répondit Sancho, ne me donnera-t-on pas deux jours de répit pour penser à ce qui me conviendra le mieux ?
-No, en ninguna manera -dijo Merlín-; aquí, en este instante y en este lugar, ha de quedar asentado lo que ha de ser deste negocio, o Dulcinea volverá a la cueva de Montesinos y a su prístino estado de labradora, o ya, en el ser que está, será llevada a los Elíseos Campos, donde estará esperando se cumpla el número del vápulo. – Non en aucune manière, interrompit Merlin ; c’est ici, dans ce lieu, et dans cet instant même, que l’affaire doit être résolue. Ou Dulcinée retournera à la caverne de Montésinos, rendue à son état de paysanne, ou bien, dans l’état où elle est, elle sera conduite aux Champs-Élysées, pour y attendre l’accomplissement total de la flagellation.
-Ea, buen Sancho -dijo la duquesa-, buen ánimo y buena correspondencia al pan que habéis comido del señor don Quijote, a quien todos debemos servir y agradar, por su buena condición y por sus altas caballerías. Dad el sí, hijo, desta azotaina, y váyase el diablo para diablo y el temor para mezquino; que un buen corazón quebranta mala ventura, como vos bien sabéis. – Allons, bon Sancho, s’écria la duchesse, ayez bon courage, et répondez dignement au pain que vous avez mangé chez le seigneur don Quichotte, que nous devons tous servir et chérir à cause de son excellent caractère et de ses hauts exploits de chevalerie. Dites oui, mon fils ; consentez à cette pénitence, et que le diable soit pour le diable, et la crainte pour le poltron, car la mauvaise fortune se brise contre le bon cœur, comme vous savez aussi bien que moi. »
A estas razones respondió con éstas disparatadas Sancho, que, hablando con Merlín, le preguntó. Au lieu de répondre à ces propos, Sancho, perdant la tête, se tourna vers Merlin :
-Dígame vuesa merced, señor Merlín cuando llegó aquí el diablo correo y dio a mi amo un recado del señor Montesinos, mandándole de su parte que le esperase aquí, porque venía a dar orden de que la señora doña Dulcinea del Toboso se desencantase, y hasta agora no hemos visto a Montesinos, ni a sus semejas. « Dites-moi, seigneur Merlin, lui dit-il, quand le diable courrier est arrivé près de nous, il apportait à mon maître un message du seigneur Montésinos, qui lui recommandait de l’attendre ici, parce qu’il venait lui apprendre la façon de désenchanter madame doña Dulcinée du Toboso ; mais jusqu’à présent nous n’avons vu ni Montésinos, ni rien de pareil.
A lo cual respondió Merlín. – Le diable, ami Sancho, répondit Merlin,
-El Diablo, amigo Sancho, es un ignorante y un grandísimo bellaco yo le envié en busca de vuestro amo, pero no con recado de Montesinos, sino mío, porque Montesinos se está en su cueva entendiendo, o, por mejor decir, esperando su desencanto, que aún le falta la cola por desollar. Si os debe algo, o tenéis alguna cosa que negociar con él, yo os lo traeré y pondré donde vos más quisiéredes. Y, por agora, acabad de dar el sí desta diciplina, y creedme que os será de mucho provecho, así para el alma como para el cuerpo para el alma, por la caridad con que la haréis; para el cuerpo, porque yo sé que sois de complexión sanguínea, y no os podrá hacer daño sacaros un poco de sangre. est un ignorant et un grandissime vaurien. C’est moi qui l’ai envoyé à la recherche de votre maître, non pas avec un message de Montésinos, mais de moi, car Montésinos est dans sa caverne, attendant son désenchantement, auquel il reste encore la queue à écorcher. S’il vous doit quelque chose, ou si vous avez quelque affaire à traiter avec lui, je vous l’amènerai, et vous le livrerai où il vous plaira. Mais, quant à présent, consentez à cette discipline ; elle vous sera, croyez-m’en, d’un grand profit pour l’âme et pour le corps ; pour l’âme, en exerçant votre charité chrétienne ; pour le corps, parce que je sais que vous êtes de complexion sanguine, et qu’il n’y aura pas de mal de vous tirer un peu de sang.
-Muchos médicos hay en el mundo hasta los encantadores son médicos -replicó Sancho-; pero, pues todos me lo dicen, aunque yo no me lo veo, digo que soy contento de darme los tres mil y trecientos azotes, con condición que me los tengo de dar cada y cuando que yo quisiere, sin que se me ponga tasa en los días ni en el tiempo; y yo procuraré salir de la deuda lo más presto que sea posible, porque goce el mundo de la hermosura de la señora doña Dulcinea del Toboso, pues, según parece, al revés de lo que yo pensaba, en efecto es hermosa. Ha de ser también condición que no he de estar obligado a sacarme sangre con la diciplina, y que si algunos azotes fueren de mosqueo, se me han de tomar en cuenta. Iten, que si me errare en el número, el señor Merlín, pues lo sabe todo, ha de tener cuidado de contarlos y de avisarme los que me faltan o los que me sobran. – Il y a bien des médecins dans ce monde, répliqua Sancho, jusqu’aux enchanteurs qui se mêlent aussi d’exercer la médecine. Mais, puisque tout le monde me le dit, bien que je n’en voie rien, je réponds donc que je consens à me donner les trois mille trois cents coups de fouet, à la condition que je me les donnerai quand et comme il me plaira, sans qu’on me fixe les jours ni le temps ; mais je tâcherai d’acquitter la dette le plus tôt possible, afin que le monde jouisse de la beauté de madame doña Dulcinée du Toboso, puisqu’il paraît, tout au rebours de ce que je pensais, qu’elle est effectivement fort belle. Une autre condition du marché, c’est que je ne serai pas tenu de me tirer du sang avec la discipline, et que si quelques coups ne font que chasser les mouches, ils entreront toujours en ligne de compte. Item, que si je me trompe sur le nombre, le seigneur Merlin, qui sait tout, aura soin de les compter, et de me faire savoir ceux qui manquent ou ceux qui sont de trop.
-De las sobras no habrá que avisar -respondió Merlín-, porque, llegando al cabal número, luego quedará de improviso desencantada la señora Dulcinea, y vendrá a buscar, como agradecida, al buen Sancho, y a darle gracias, y aun premios, por la buena obra. Así que no hay de qué tener escrúpulo de las sobras ni de las faltas, ni el cielo permita que yo engañe a nadie, aunque sea en un pelo de la cabeza. – Des coups de trop, répondit Merlin, il ne sera pas nécessaire d’en donner avis ; car, en atteignant juste le nombre voulu, madame Dulcinée sera désenchantée à l’instant même, et, en femme reconnaissante, elle viendra chercher le bon Sancho pour lui rendre grâce et le récompenser de sa bonne œuvre. Il ne faut donc avoir aucun scrupule du trop ou du trop peu, et que le ciel me préserve de tromper personne, ne serait-ce que d’un cheveu de la tête !
-¡Ea, pues, a la mano de Dios! -dijo Sancho-. Yo consiento en mi mala ventura; digo que yo acepto la penitencia con las condiciones apuntadas. – Allons donc, à la grâce de Dieu ! s’écria Sancho ; je consens à mon supplice, c’est-à-dire que j’accepte la pénitence, avec les conditions convenues. »
Apenas dijo estas últimas palabras Sancho, cuando volvió a sonar la música de las chirimías y se volvieron a disparar infinitos arcabuces, y don Quijote se colgó del cuello de Sancho, dándole mil besos en la frente y en las mejillas. La duquesa y el duque y todos los circunstantes dieron muestras de haber recebido grandísimo contento, y el carro comenzó a caminar; y, al pasar, la hermosa Dulcinea inclinó la cabeza a los duques y hizo una gran reverencia a Sancho. À peine Sancho eut-il dit ces dernières paroles, que la musique se fit entendre de nouveau, et que recommencèrent les décharges de mousqueterie. Don Quichotte alla se pendre au cou de son écuyer, et lui donna mille baisers sur le front et sur les joues. Le duc, la duchesse et tous les assistants témoignèrent qu’ils ressentaient une joie extrême de cet heureux dénoûment. Enfin, le char se remit en marche, et, en passant, la belle Dulcinée inclina la tête devant le duc et la duchesse, et fit une grande révérence à Sancho.
Y ya, en esto, se venía a más andar el alba, alegre y risueña las florecillas de los campos se descollaban y erguían, y los líquidos cristales de los arroyuelos, murmurando por entre blancas y pardas guijas, iban a dar tributo a los ríos que los esperaban. La tierra alegre, el cielo claro, el aire limpio, la luz serena, cada uno por sí y todos juntos, daban manifiestas señales que el día, que al aurora venía pisando las faldas, había de ser sereno y claro. Y, satisfechos los duques de la caza y de haber conseguido su intención tan discreta y felicemente, se volvieron a su castillo, con prosupuesto de segundar en sus burlas, que para ellos no había veras que más gusto les diesen. En ce moment commençait à poindre l’aube riante et vermeille. Les fleurs des champs se relevaient et dressaient leurs tiges ; les ruisseaux au liquide cristal, murmurant à travers les cailloux blancs et gris, allaient porter aux rivières le tribut qu’elles attendaient. La terre joyeuse, le ciel clair, l’air serein, la lumière pure, tout annonçait que le jour, qui marchait déjà sur le pan de la robe de l’aurore, allait être tranquille et beau. Satisfaits de la chasse et d’avoir atteint leur but avec tant d’habilité et de bonheur, le duc et la duchesse regagnèrent leur château, dans le dessein de continuer des plaisanteries qui les amusaient plus que tout autre divertissement.