| II. Capítulo XL. De cosas que atañen y tocan a esta aventura y a esta memorable historia. | Chapitre XL Des choses relatives à cette mémorable histoire |
| Real y verdaderamente, todos los que gustan de semejantes historias como ésta deben de mostrarse agradecidos a Cide Hamete, su autor primero, por la curiosidad que tuvo en contarnos las semínimas della, sin dejar cosa, por menuda que fuese, que no la sacase a luz distintamente: pinta los pensamientos, descubre las imaginaciones, responde a las tácitas, aclara las dudas, resuelve los argumentos; finalmente, los átomos del más curioso deseo manifiesta. ¡Oh autor celebérrimo! ¡Oh don Quijote dichoso! ¡Oh Dulcinea famosa! ¡Oh Sancho Panza gracioso! Todos juntos y cada uno de por sí viváis siglos infinitos, para gusto y general pasatiempo de los vivientes. | Véritablement tous ceux qui aiment les histoires comme celle-ci doivent se montrer reconnaissants envers Cid Hamet, son auteur primitif, pour le soin curieux qu’il a pris de nous en conter les plus petits détails, et de n’en pas laisser la moindre parcelle sans la mettre distinctement au jour. Il peint les pensées, découvre les imaginations, répond aux questions tacites, éclaircit les doutes, résout les difficultés proposées, et finalement manifeste jusqu’à ses derniers atomes la plus diligente passion de savoir et d’apprendre. Ô célèbre auteur ! ô fortuné don Quichotte ! ô fameuse Dulcinée ! ô gracieux Sancho Panza ! tous ensemble, et chacun en particulier, vivez des siècles infinis, pour le plaisir et l’amusement universel des vivants ! |
| Dice, pues, la historia que, así como Sancho vio desmayada a la Dolorida, dijo. | L’histoire dit donc qu’en voyant la Doloride évanouie, Sancho s’écria : |
| -Por la fe de hombre de bien, juro, y por el siglo de todos mis pasados los Panzas, que jamás he oído ni visto, ni mi amo me ha contado, ni en su pensamiento ha cabido, semejante aventura como ésta. Válgate mil satanases, por no maldecirte por encantador y gigante, Malambruno; y ¿no hallaste otro género de castigo que dar a estas pecadoras sino el de barbarlas? ¿Cómo y no fuera mejor, y a ellas les estuviera más a cuento, quitarles la mitad de las narices de medio arriba, aunque hablaran gangoso, que no ponerles barbas? Apostaré yo que no tienen hacienda para pagar a quien las rape. | « Je jure, foi d’homme de bien, et par le salut de tous mes aïeux les Panzas, que jamais je n’ai ouï ni vu, et que jamais mon maître n’a conté ni pu imaginer dans sa fantaisie une aventure comme celle-ci. Que mille Satans te maudissent, enchanteur et géant Malambruno ! ne pouvais-tu trouver d’autre espèce de punition pour ces pécheresses que de leur donner des museaux de barbets ? Comment ! ne valait-il pas mieux, et n’était-il pas plus à leur convenance de leur fendre les narines du haut en bas, eussent-elles ensuite parlé du nez, que de leur faire pousser des barbes ? Je gagerais qu’elles n’ont pas de quoi se faire raser. |
| -Así es la verdad, señor -respondió una de las doce-, que no tenemos hacienda para mondarnos; y así, hemos tomado algunas de nosotras por remedio ahorrativo de usar de unos pegotes o parches pegajosos, y aplicándolos a los rostros, y tirando de golpe, quedamos rasas y lisas como fondo de mortero de piedra; que, puesto que hay en Candaya mujeres que andan de casa en casa a quitar el vello y a pulir las cejas y hacer otros menjurjes tocantes a mujeres, nosotras las dueñas de mi señora por jamás quisimos admitirlas, porque las más oliscan a terceras, habiendo dejado de ser primas; y si por el señor don Quijote no somos remediadas, con barbas nos llevarán a la sepultura. | – Oh ! c’est vrai, seigneur, répondit une des douze ; nous ne sommes pas en état de payer un barbier ; aussi quelques-unes de nous ont pris, pour remède économique, l’usage de certains emplâtres de poix. Nous nous les appliquons sur le visage, et, en tirant un bon coup, nos mentons demeurent ras et lisses comme le fond d’un mortier de pierre. Il y a bien à Candaya des femmes qui vont de maison en maison épiler les dames, leur polir les sourcils, et préparer toutes sortes d’ingrédients[220] ; mais nous autres duègnes de madame, nous n’avons jamais voulu accepter leurs services, parce que la plupart sentent l’entremetteuse ; et si le seigneur don Quichotte ne nous porte secours, avec nos barbes on nous portera dans le tombeau. |
| -Yo me pelaría las mías -dijo don Quijote- en tierra de moros, si no remediase las vuestras. | – Je m’arracherais plutôt la mienne en pays de Mores, s’écria don Quichotte, que de ne pas vous débarrasser des vôtres ! » |
| A este punto, volvió de su desmayo la Trifaldi y dijo. | En ce moment, la Trifaldi revint de sa pâmoison. |
| -El retintín desa promesa, valeroso caballero, en medio de mi desmayo llegó a mis oídos, y ha sido parte para que yo dél vuelva y cobre todos mis sentidos; y así, de nuevo os suplico, andante ínclito y señor indomable, vuestra graciosa promesa se convierta en obra. | « L’agréable tintement de cette promesse, dit-elle, ô valeureux chevalier, a frappé mes oreilles au milieu de mon évanouissement, et il a suffi pour me faire recouvrer tous mes sens. Ainsi, je vous en supplie de nouveau, errant, illustre et indomptable seigneur, convertissez en œuvre votre gracieuse promesse. |
| -Por mí no quedará -respondió don Quijote-: ved, señora, qué es lo que tengo de hacer, que el ánimo está muy pronto para serviros. | – Il ne tiendra pas à moi qu’elle reste inaccomplie, répondit don Quichotte. Allons, madame, dites ce que je dois faire ; mon courage est prêt à se mettre à votre service. |
| -Es el caso -respondió la Dolorida -que desde aquí al reino de Candaya, si se va por tierra, hay cinco mil leguas, dos más a menos; pero si se va por el aire y por la línea recta, hay tres mil y docientas y veinte y siete. Es también de saber que Malambruno me dijo que cuando la suerte me deparase al caballero nuestro libertador, que él le enviaría una cabalgadura harto mejor y con menos malicias que las que son de retorno, porque ha de ser aquel mesmo caballo de madera sobre quien llevó el valeroso Pierres robada a la linda Magalona, el cual caballo se rige por una clavija que tiene en la frente, que le sirve de freno, y vuela por el aire con tanta ligereza que parece que los mesmos diablos le llevan. Este tal caballo, según es tradición antigua, fue compuesto por aquel sabio Merlín; prestósele a Pierres, que era su amigo, con el cual hizo grandes viajes, y robó, como se ha dicho, a la linda Magalona, llevándola a las ancas por el aire, dejando embobados a cuantos desde la tierra los miraban; y no le prestaba sino a quien él quería, o mejor se lo pagaba; y desde el gran Pierres hasta ahora no sabemos que haya subido alguno en él. De allí le ha sacado Malambruno con sus artes, y le tiene en su poder, y se sirve dél en sus viajes, que los hace por momentos, por diversas partes del mundo, y hoy está aquí y mañana en Francia y otro día en Potosí; y es lo bueno que el tal caballo ni come, ni duerme ni gasta herraduras, y lleva un portante por los aires, sin tener alas, que el que lleva encima puede llevar una taza llena de agua en la mano sin que se le derrame gota, según camina llano y reposado; por lo cual la linda Magalona se holgaba mucho de andar caballera en él. | – Le cas est, reprit la Doloride, que, d’ici au royaume de Candaya, si l’on va par terre, il y a cinq mille lieues, à deux lieues de plus ou de moins. Mais, si l’on va par les airs, et en ligne droite, il n’y en a que trois mille deux cent vingt-sept. Il faut savoir également que Malambruno me dit qu’à l’instant où le sort me ferait rencontrer le chevalier notre libérateur, il lui enverrait une monture un peu meilleure et moins rétive que les bêtes de retour, car ce doit être ce même cheval de bois sur lequel le vaillant Pierre de Provence enleva la jolie Magalone.[221] Ce cheval se dirige au moyen d’une cheville qu’il a dans le front et qui lui sert de mors, et il vole à travers les airs avec une telle rapidité, qu’on dirait que les diables l’emportent. Ce dit cheval, suivant l’antique tradition, fut fabriqué par le sage Merlin. Il le prêta au comte Pierre, qui était son ami, et qui fit avec lui de grands voyages ; entre autres, il enleva, comme on l’a dit, la jolie Magalone, la menant en croupe par les airs, et laissant ébahis tous ceux qui, de la terre, les regardaient passer. Merlin ne le prêtait qu’à ceux qu’il aimait bien, ou qui le payaient mieux ; et, depuis le fameux Pierre jusqu’à nos jours, nous ne sachions pas que personne l’eût monté. Malambruno l’a tiré de là par la puissance de son art magique, et il le tient en son pouvoir. C’est de lui qu’il se sert pour les voyages qu’il fait à chaque instant en diverses parties du monde. Aujourd’hui il est ici, demain en France, et vingt-quatre heures après au Potosi. Ce qu’il y a de bon, c’est que ce cheval ne mange pas, ne dort pas, n’use point de fers, et qu’il marche l’amble au milieu des airs, sans avoir d’ailes ; au point que celui qu’il porte peut tenir à la main un verre plein d’eau, sans en répandre une goutte, tant il chemine doucement et posément ; c’est pour cela que la jolie Magalone se réjouissait tant d’aller à cheval sur son dos. |
| A esto dijo Sancho. | – Par ma foi, interrompit Sancho, |
| -Para andar reposado y llano, mi rucio, puesto que no anda por los aires; pero por la tierra, yo le cutiré con cuantos portantes hay en el mundo. | pour aller un pas doux et posé, rien de tel que mon âne. Il est vrai qu’il ne marche pas dans l’air ; mais, sur la terre, je défie avec lui tous les ambles du monde. » |
| Riéronse todos, y la Dolorida prosiguió: | Chacun se mit à rire, et la Doloride continua : |
| -Y este tal caballo, si es que Malambruno quiere dar fin a nuestra desgracia, antes que sea media hora entrada la noche, estará en nuestra presencia, porque él me significó que la señal que me daría por donde yo entendiese que había hallado el caballero que buscaba, sería enviarme el caballo, donde fuese con comodidad y presteza. | « Eh bien, ce cheval, si Malambruno veut mettre fin à notre disgrâce, sera là devant nous, une demi-heure au plus après la tombée de la nuit ; car il m’a signifié que le signe qu’il me donnerait pour me faire entendre que j’avais trouvé le chevalier objet de mes recherches, ce serait de m’envoyer le cheval, où que ce fût, avec promptitude et commodité. |
| -Y ¿cuántos caben en ese caballo? -preguntó Sancho. | – Et combien tient-il de personnes sur ce cheval ? demanda Sancho. |
| La Dolorida respondió. | – Deux, répondit la Doloride, |
| -Dos personas: la una en la silla y la otra en las ancas; y, por la mayor parte, estas tales dos personas son caballero y escudero, cuando falta alguna robada doncella. | l’un sur la selle, l’autre sur la croupe ; et généralement ces deux personnes sont le chevalier et l’écuyer, à défaut de quelque demoiselle enlevée. |
| -Querría yo saber, señora Dolorida -dijo Sancho-, qué nombre tiene ese caballo. | – Je voudrais maintenant savoir, madame Doloride, dit Sancho, quel nom porte ce cheval. |
| -El nombre -respondió la Dolorida- no es como el caballo de Belorofonte, que se llamaba Pegaso, ni como el del Magno Alejandro, llamado Bucéfalo, ni como el del furioso Orlando, cuyo nombre fue Brilladoro, ni menos Bayarte, que fue el de Reinaldos de Montalbán, ni Frontino, como el de Rugero, ni Bootes ni Peritoa, como dicen que se llaman los del Sol, ni tampoco se llama Orelia, como el caballo en que el desdichado Rodrigo, último rey de los godos, entró en la batalla donde perdió la vida y el reino. | – Son nom, répondit la Doloride, n’est pas comme celui du cheval de Bellérophon, qui s’appelait Pégase, ni comme celui d’Alexandre le Grand, qui s’appelait Bucéphale. Il ne se nomme point Brillador, comme celui de Roland Furieux, ni Bayart, comme celui de Renaud de Montauban, ni Frontin, comme celui de Roger, ni Bootès ou Péritoa, comme on dit que s’appelaient les chevaux du Soleil[222], ni même Orélia, comme le cheval sur lequel l’infortuné Rodéric, dernier roi des Goths, entra dans la bataille où il perdit la vie et le royaume. |
| -Yo apostaré -dijo Sancho- que, pues no le han dado ninguno desos famosos nombres de caballos tan conocidos, que tampoco le habrán dado el de mi amo, Rocinante, que en ser propio excede a todos los que se han nombrado. | – Je gagerais, s’écria Sancho, que, puisqu’on ne lui a donné aucun de ces fameux noms de chevaux si connus, on ne lui aura pas davantage donné celui du cheval de mon maître, Rossinante, qui, en fait d’être ajusté comme il faut, surpasse tous ceux que l’on a cités. |
| -Así es -respondió la barbada condesa-, pero todavía le cuadra mucho, porque se llama Clavileño el Alígero, cuyo nombre conviene con el ser de leño, y con la clavija que trae en la frente, y con la ligereza con que camina; y así, en cuanto al nombre, bien puede competir con el famoso Rocinante. | – Cela est vrai, répondit la comtesse barbue ; mais cependant le nom de l’autre lui va bien aussi, car il s’appelle Clavilègne le Véloce[223], ce qui exprime qu’il est de bois, qu’il a une cheville au front, et qu’il chemine avec une prodigieuse célérité. Ainsi, quant au nom, il peut bien le disputer au fameux Rossinante. |
| -No me descontenta el nombre -replicó Sancho-, pero ¿con qué freno o con qué jáquima se gobierna. | – En effet, le nom ne me déplaît pas, répliqua Sancho ; mais avec quel frein ou quel harnais se gouverne-t-il ? |
| -Ya he dicho -respondió la Trifaldi- que con la clavija, que, volviéndola a una parte o a otra, el caballero que va encima le hace caminar como quiere, o ya por los aires, o ya rastreando y casi barriendo la tierra, o por el medio, que es el que se busca y se ha de tener en todas las acciones bien ordenadas. | – Je viens de dire, répondit la Trifaldi, que c’est avec la cheville. En la tournant d’un côté ou de l’autre, le chevalier qui est dessus le fait cheminer comme il veut, tantôt au plus haut des airs, tantôt effleurant et presque balayant le sol, tantôt au juste milieu, qu’il faut toujours chercher dans toutes les actions bien ordonnées. |
| -Ya lo querría ver -respondió Sancho-, pero pensar que tengo de subir en él, ni en la silla ni en las ancas, es pedir peras al olmo. ¡Bueno es que apenas puedo tenerme en mi rucio, y sobre un albarda más blanda que la mesma seda, y querrían ahora que me tuviese en unas ancas de tabla, sin cojín ni almohada alguna! Pardiez, yo no me pienso moler por quitar las barbas a nadie: cada cual se rape como más le viniere a cuento, que yo no pienso acompañar a mi señor en tan largo viaje. Cuanto más, que yo no debo de hacer al caso para el rapamiento destas barbas como lo soy para el desencanto de mi señora Dulcinea. | – Je voudrais le voir, reprit Sancho ; mais penser que je monte dessus, soit en selle, soit en croupe, c’est demander des poires à l’ormeau. À peine puis-je me tenir sur mon grison, assis dans le creux d’un bât plus douillet que la soie même ; et l’on voudrait maintenant que je me tinsse sur une croupe de bois, sans coussin, ni tapis ! Pardine, je n’ai pas envie de me moudre pour ôter la barbe à personne. Que ceux qui en ont de trop se la rasent ; mais pour moi, je ne pense pas accompagner mon maître dans un si long voyage. D’ailleurs, je n’ai pas sans doute à servir pour la tonte de ces barbes, comme pour le désenchantement de madame Dulcinée. |
| -Sí sois, amigo -respondió la Trifaldi-, y tanto, que, sin vuestra presencia, entiendo que no haremos nada. | – Si vraiment, ami, répondit Doloride ; et tellement que sans votre présence nous ne ferons rien de bon. |
| -¡Aquí del rey! -dijo Sancho-: ¿qué tienen que ver los escuderos con las aventuras de sus señores? ¿Hanse de llevar ellos la fama de las que acaban, y hemos de llevar nosotros el trabajo? ¡Cuerpo de mí! Aun si dijesen los historiadores: "El tal caballero acabó la tal y tal aventura, pero con ayuda de fulano, su escudero, sin el cual fuera imposible el acabarla". Pero, ¡que escriban a secas: "Don Paralipomenón de las Tres Estrellas acabó la aventura de los seis vestiglos", sin nombrar la persona de su escudero, que se halló presente a todo, como si no fuera en el mundo! Ahora, señores, vuelvo a decir que mi señor se puede ir solo, y buen provecho le haga, que yo me quedaré aquí, en compañía de la duquesa mi señora, y podría ser que cuando volviese hallase mejorada la causa de la señora Dulcinea en tercio y quinto; porque pienso, en los ratos ociosos y desocupados, darme una tanda de azotes que no me la cubra pelo. | – En voici bien d’une autre ! s’écria Sancho ; et qu’ont à voir les écuyers dans les aventures de leurs seigneurs ? Ceux-ci doivent-ils emporter la gloire de celles qu’ils mettent à fin, et nous, supporter le travail ? Mort de ma vie ! si du moins les historiens disaient : « Un tel chevalier a mis à fin telle et telle aventure, mais avec l’aide d’un tel, son écuyer, sans lequel il était impossible de la conclure… » à la bonne heure ; mais qu’ils écrivent tout sec : « Don Paralipoménon des Trois Étoiles a conclu l’aventure des six Vampires » et cela, sans nommer la personne de son écuyer, qui s’était trouvé présent à tout, pas plus que s’il ne fût pas dans le monde ! c’est intolérable. Maintenant, seigneurs, je le répète, mon maître peut s’en aller tout seul, et grand bien lui fasse ! Moi, je resterai ici, en compagnie de madame la duchesse. Il pourrait arriver qu’à son retour il trouvât l’affaire de madame Dulcinée aux trois quarts faite ; car, dans les moments perdus, je pense me donner une volée de coups de fouet à m’en ouvrir la peau. |
| -Con todo eso, le habéis de acompañar si fuere necesario, buen Sancho, porque os lo rogarán buenos; que no han de quedar por vuestro inútil temor tan poblados los rostros destas señoras; que, cierto, sería mal caso. | – Cependant, interrompit la duchesse, il faut accompagner votre maître, si c’est nécessaire, bon Sancho, puisque ce sont des bons comme vous qui vous en font la prière. Il ne sera pas dit que, pour votre vaine frayeur, les mentons de ces dames restent avec leurs toisons ; ce serait un cas de conscience. |
| -¡Aquí del rey otra vez! -replicó Sancho-. Cuando esta caridad se hiciera por algunas doncellas recogidas, o por algunas niñas de la doctrina, pudiera el hombre aventurarse a cualquier trabajo, pero que lo sufra por quitar las barbas a dueñas, ¡mal año! , Mas que las viese yo a todas con barbas, desde la mayor hasta la menor, y de la más melindrosa hasta la más repulgada. | – En voici d’une autre encore un coup ! répliqua Sancho. Si cette charité se faisait pour quelques demoiselles recluses, ou pour quelques petites filles de la doctrine chrétienne, encore passe ; on pourrait s’aventurer à quelque fatigue. Mais pour ôter la barbe à ces duègnes ! malepeste ! j’aimerais mieux les voir toutes barbues, depuis la plus grande jusqu’à la plus petite, depuis la plus mijaurée jusqu’à la plus pimpante. |
| -Mal estáis con las dueñas, Sancho amigo -dijo la duquesa-: mucho os vais tras la opinión del boticario toledano. Pues a fe que no tenéis razón; que dueñas hay en mi casa que pueden ser ejemplo de dueñas, que aquí está mi doña Rodríguez, que no me dejará decir otra cosa. | – Vous en voulez bien aux duègnes, ami Sancho, dit la duchesse, et vous suivez de près l’opinion de l’apothicaire de Tolède. Eh bien ! vous n’avez pas raison. Il y a des duègnes chez moi qui pourraient servir de modèle à des maîtresses de maison, et voilà ma bonne doña Rodriguez qui ne me laissera pas dire autre chose. |
| -Mas que la diga vuestra excelencia -dijo Rodríguez-, que Dios sabe la verdad de todo, y buenas o malas, barbadas o lampiñas que seamos las dueñas, también nos parió nuestra madre como a las otras mujeres; y, pues Dios nos echó en el mundo, Él sabe para qué, y a su misericordia me atengo, y no a las barbas de nadie. | – C’est assez que Votre Excellence le dise, reprit la Rodriguez, et Dieu sait la vérité. Que nous soyons, nous autres duègnes, bonnes ou mauvaises, barbues ou imberbes, enfin nos mères nous ont enfantées comme les autres femmes, et, puisque Dieu nous a mises au monde, il sait bien pourquoi. Aussi, c’est à sa miséricorde que je m’attends, et non à la barbe de personne. |
| -Ahora bien, señora Rodríguez -dijo don Quijote-, y señora Trifaldi y compañía, yo espero en el cielo que mirará con buenos ojos vuestras cuitas, que Sancho hará lo que yo le mandare, ya viniese Clavileño y ya me viese con Malambruno; que yo sé que no habría navaja que con más facilidad rapase a vuestras mercedes como mi espada raparía de los hombros la cabeza de Malambruno; que Dios sufre a los malos, pero no para siempre. | – Voilà qui est bien, madame Rodriguez, dit don Quichotte ; et vous, madame Trifaldi et compagnie, j’espère que le ciel jettera sur votre affliction un regard favorable, et que Sancho fera ce que je lui ordonnerai, soit que Clavilègne arrive, soit que je me voie aux prises avec Malambruno. Ce que je sais, c’est qu’aucun rasoir ne raserait plus aisément le poil de Vos Grâces, que mon épée ne raserait sur ses épaules la tête de Malambruno. Dieu souffre les méchants, mais ce n’est pas pour toujours. |
| -¡Ay! -dijo a esta sazón la Dolorida-, con benignos ojos miren a vuestra grandeza, valeroso caballero, todas las estrellas de las regiones celestes, e infundan en vuestro ánimo toda prosperidad y valentía para ser escudo y amparo del vituperoso y abatido género dueñesco, abominado de boticarios, murmurado de escuderos y socaliñado de pajes; que mal haya la bellaca que en la flor de su edad no se metió primero a ser monja que a dueña. ¡Desdichadas de nosotras las dueñas, que, aunque vengamos por línea recta, de varón en varón, del mismo Héctor el troyano, no dejaran de echaros un vos nuestras señoras, si pensasen por ello ser reinas! ¡Oh gigante Malambruno, que, aunque eres encantador, eres certísimo en tus promesas!, envíanos ya al sin par Clavileño, para que nuestra desdicha se acabe, que si entra el calor y estas nuestras barbas duran, ¡guay de nuestra ventura. | – Ah ! s’écria la Doloride, que toutes les étoiles des régions célestes regardent Votre Grandeur avec des yeux bénins, ô valeureux chevalier ! qu’elles versent sur votre cœur magnanime toute vaillance et toute prospérité, pour que vous deveniez le bouclier et le soutien de la triste et injurieuse engeance des duègnes, détestée des apothicaires, mordue des écuyers et escroquée des pages ! Maudite soit la coquine, qui, à la fleur de son âge, ne s’est pas faite plutôt religieuse que duègne ! Malheur à nous autres duègnes, à qui nos maîtresses jetteraient un toi par la figure, si elles croyaient pour cela devenir reines, vinssions-nous en ligne droite et de mâle en mâle d’Hector le Troyen ! Ô géant Malambruno ! qui, bien qu’enchanteur, es fidèle en tes promesses, envoie-nous vite le sans pareil Clavilègne, pour que notre malheur finisse ; car, si la chaleur vient et que nos barbes restent, hélas ! c’en est fait de nous. » |
| Dijo esto con tanto sentimiento la Trifaldi, que sacó las lágrimas de los ojos de todos los circunstantes, y aun arrasó los de Sancho, y propuso en su corazón de acompañar a su señor hasta las últimas partes del mundo, si es que en ello consistiese quitar la lana de aquellos venerables rostros. | La Trifaldi prononça ces paroles avec un accent si déchirant, qu’elle tira les larmes des yeux de tous les spectateurs, Sancho lui-même sentit les siens se mouiller, et il résolut au fond de son cœur d’accompagner son maître jusqu’au bout du monde, si c’était en cela que consistait le moyen d’ôter la laine de ces vénérables visages. |