| II. Capítulo XLI. De la venida de Clavileño, con el fin desta dilatada aventura. | Chapitre XLI De l’arrivée de Clavilègne, avec la fin de cette longue et prolixe aventure |
| Llegó en esto la noche, y con ella el punto determinado en que el famoso caballo Clavileño viniese, cuya tardanza fatigaba ya a don Quijote, pareciéndole que, pues Malambruno se detenía en enviarle, o que él no era el caballero para quien estaba guardada aquella aventura, o que Malambruno no osaba venir con él a singular batalla. Pero veis aquí cuando a deshora entraron por el jardín cuatro salvajes, vestidos todos de verde yedra, que sobre sus hombros traían un gran caballo de madera. Pusiéronle de pies en el suelo, y uno de los salvajes dijo. | La nuit vint sur ces entrefaites, et avec elle l’heure indiquée pour la venue du fameux cheval Clavilègne. Son retard commençait à tourmenter don Quichotte, lequel concluait, de ce que Malambruno tardait à l’envoyer, ou qu’il n’était pas le chevalier pour qui était réservée cette aventure, ou que Malambruno n’osait point en venir aux mains avec lui en combat singulier. Mais voilà que tout à coup apparaissent dans le jardin quatre sauvages, habillés de feuilles de lierre, et portant sur leurs épaules un grand cheval de bois. Ils le posèrent à terre, sur ses pieds, et l’un des sauvages dit : |
| -Suba sobre esta máquina el que tuviere ánimo para ello. | « Que le chevalier qui en aura le courage monte sur cette machine… |
| -Aquí -dijo Sancho- yo no subo, porque ni tengo ánimo ni soy caballero. | – Alors, interrompit Sancho, je n’y monte pas, car je n’ai point de courage, et ne suis pas chevalier. » |
| Y el salvaje prosiguió diciendo. | Le sauvage continua : |
| -Y ocupe las ancas el escudero, si es que lo tiene, y fíese del valeroso Malambruno, que si no fuere de su espada, de ninguna otra, ni de otra malicia, será ofendido; y no hay más que torcer esta clavija que sobre el cuello trae puesta, que él los llevará por los aires adonde los atiende Malambruno; pero, porque la alteza y sublimidad del camino no les cause váguidos, se han de cubrir los ojos hasta que el caballo relinche, que será señal de haber dado fin a su viaje. | « Et que son écuyer, s’il en a un, monte en croupe. Il peut avoir confiance au valeureux Malambruno, certain de n’avoir à craindre que son épée, mais nulle autre, ni nulle autre embûche. Il n’y a qu’à tourner cette cheville que le cheval a sur le cou, et il emportera le chevalier et l’écuyer par les airs aux lieux où les attend Malambruno. Mais, pour que la hauteur et la sublimité du chemin ne leur cause pas d’étourdissements, il faut qu’ils se couvrent les yeux jusqu’à ce que le cheval hennisse. Ce sera le signe qu’ils ont achevé leur voyage. » |
| Esto dicho, dejando a Clavileño, con gentil continente se volvieron por donde habían venido. La Dolorida, así como vio al caballo, casi con lágrimas dijo a don Quijote. | Cela dit, et laissant là Clavilègne, les quatre sauvages s’en retournèrent à pas comptés par où ils étaient venus. Dès que la Doloride vit le cheval, elle dit à don Quichotte, les larmes aux yeux : |
| -Valeroso caballero, las promesas de Malambruno han sido ciertas: el caballo está en casa, nuestras barbas crecen, y cada una de nosotras y con cada pelo dellas te suplicamos nos rapes y tundas, pues no está en más sino en que subas en él con tu escudero y des felice principio a vuestro nuevo viaje. | « Valeureux chevalier, les promesses de Malambruno sont accomplies, le cheval est chez nous, et nos barbes poussent ; chacune de nous, et par chaque poil de nos mentons, nous te supplions de nous raser et de nous tondre, puisque cela ne tient plus qu’à ce que tu montes sur cette bête avec ton écuyer, et à ce que vous donniez tous deux un heureux début à votre voyage de nouvelle espèce. |
| -Eso haré yo, señora condesa Trifaldi, de muy buen grado y de mejor talante, sin ponerme a tomar cojín, ni calzarme espuelas, por no detenerme: tanta es la gana que tengo de veros a vos, señora, y a todas estas dueñas rasas y mondas. | – C’est ce que je ferai, madame la comtesse Trifaldi, répondit don Quichotte, de bien bon cœur et de bien bonne volonté, sans prendre un coussin et sans chausser d’éperons, pour ne pas perdre un moment, tant j’ai grande envie de vous voir, madame, ainsi que toutes ces duègnes, tondues et rasées. |
| -Eso no haré yo -dijo Sancho-, ni de malo ni de buen talante, en ninguna manera; y si es que este rapamiento no se puede hacer sin que yo suba a las ancas, bien puede buscar mi señor otro escudero que le acompañe, y estas señoras otro modo de alisarse los rostros; que yo no soy brujo, para gustar de andar por los aires. Y ¿qué dirán mis insulanos cuando sepan que su gobernador se anda paseando por los vientos? Y otra cosa más: que habiendo tres mil y tantas leguas de aquí a Candaya, si el caballo se cansa o el gigante se enoja, tardaremos en dar la vuelta media docena de años, y ya ni habrá ínsula ni ínsulos en el mundo que me conozan; y, pues se dice comúnmente que en la tardanza va el peligro, y que cuando te dieren la vaquilla acudas con la soguilla, perdónenme las barbas destas señoras, que bien se está San Pedro en Roma; quiero decir que bien me estoy en esta casa, donde tanta merced se me hace y de cuyo dueño tan gran bien espero como es verme gobernador. | – Et moi, c’est ce que je ne ferai pas, dit Sancho, ni de bonne ni de mauvaise volonté. Si cette tonsure ne peut se faire sans que je monte en croupe, mon seigneur peut bien chercher un autre écuyer qui l’accompagne, et ces dames un autre moyen de se polir le menton, car je ne suis pas un sorcier pour prendre plaisir à courir les airs. Et que diraient mes insulaires en apprenant que leur gouverneur est à se promener parmi les vents ? D’ailleurs, puisqu’il y a trois mille et tant de lieues d’ici à Candaya, si le cheval se fatigue ou si le géant se fâche, nous mettrons à revenir une demi-douzaine d’années, et alors il n’y aura plus d’îles ni d’îlots dans le monde qui me reconnaissent ; et, puisqu’on dit d’habitude que c’est dans le retard qu’est le péril, et que, si l’on te donne la génisse, mets-lui la corde au cou, j’en demande pardon aux barbes de ces dames, mais saint Pierre est fort bien à Rome ; je veux dire que je suis fort bien dans cette maison, où l’on me traite avec tant de bonté, et du maître de laquelle j’attends la faveur insigne de me voir gouverneur. |
| A lo que el duque dijo. | – Ami Sancho, répondit le duc, |
| -Sancho amigo, la ínsula que yo os he prometido no es movible ni fugitiva: raíces tiene tan hondas, echadas en los abismos de la tierra, que no la arrancarán ni mudarán de donde está a tres tirones; y, pues vos sabéis que sé yo que no hay ninguno género de oficio destos de mayor cantía que no se granjee con alguna suerte de cohecho, cuál más, cuál menos, el que yo quiero llevar por este gobierno es que vais con vuestro señor don Quijote a dar cima y cabo a esta memorable aventura; que ahora volváis sobre Clavileño con la brevedad que su ligereza promete, ora la contraria fortuna os traiga y vuelva a pie, hecho romero, de mesón en mesón y de venta en venta, siempre que volviéredes hallaréis vuestra ínsula donde la dejáis, y a vuestros insulanos con el mesmo deseo de recebiros por su gobernador que siempre han tenido, y mi voluntad será la mesma; y no pongáis duda en esta verdad, señor Sancho, que sería hacer notorio agravio al deseo que de serviros tengo. | l’île que je vous ai promise n’est ni mobile ni fugitive. Elle a des racines si profondes, enfoncées dans les abîmes de la terre, qu’on ne pourrait ni l’arracher, ni la changer de place en trois tours de reins. Et puisque nous savons tous deux, vous et moi, qu’il n’y a aucune sorte d’emploi, j’entends de ceux de haute volée, qui ne s’obtienne par quelque espèce de pot-de-vin, l’un plus gros, l’autre plus petit[224], celui que je veux recevoir pour ce gouvernement, c’est que vous alliez avec votre seigneur don Quichotte mettre fin à cette mémorable aventure. Soit que vous reveniez sur Clavilègne dans le peu de temps que promet sa célérité, soit que la fortune contraire vous ramène à pied, comme un pauvre pèlerin, de village en village et d’auberge en auberge, dès que vous reviendrez, vous trouverez votre île où vous l’aurez laissée, et vos insulaires avec le même désir qu’ils ont toujours eu de vous avoir pour gouverneur. Ma volonté sera la même ; et ne mettez aucun doute à cette vérité, seigneur Sancho, car ce serait faire un notable outrage à l’envie que j’ai de vous servir. |
| -No más, señor -dijo Sancho-: yo soy un pobre escudero y no puedo llevar a cuestas tantas cortesías; suba mi amo, tápenme estos ojos y encomiéndenme a Dios, y avísenme si cuando vamos por esas altanerías podré encomendarme a Nuestro Señor o invocar los ángeles que me favorezcan. | – Assez, assez, seigneur, s’écria Sancho ; je ne suis qu’un pauvre écuyer, et ne puis porter tant de courtoisies sur les bras. Que mon maître monte, qu’on me bande les yeux, et qu’on me recommande à Dieu. Il faut aussi m’informer si, quand nous passerons par ces hauteurs, je pourrai recommander mon âme au Seigneur, ou invoquer la protection des anges. |
| A lo que respondió Trifaldi. | – Vous pouvez très-bien, |
| -Sancho, bien podéis encomendaros a Dios o a quien quisiéredes, que Malambruno, aunque es encantador, es cristiano, y hace sus encantamentos con mucha sagacidad y con mucho tiento, sin meterse con nadie. | Sancho, répondit la Doloride, recommander votre âme à Dieu, ou à qui vous plaira ; car, bien qu’enchanteur, Malambruno est chrétien ; il fait ses enchantements avec beaucoup de tact et de prudence, et sans se mettre mal avec personne. |
| -¡Ea, pues -dijo Sancho-, Dios me ayude y la Santísima Trinidad de Gaeta!. | – Allons donc, dit Sancho ; que Dieu m’assiste, et la très-sainte Trinité de Gaëte ! |
| -Desde la memorable aventura de los batanes -dijo don Quijote-, nunca he visto a Sancho con tanto temor como ahora, y si yo fuera tan agorero como otros, su pusilanimidad me hiciera algunas cosquillas en el ánimo. Pero llegaos aquí, Sancho, que con licencia destos señores os quiero hablar aparte dos palabras. | – Depuis la mémorable aventure des foulons, dit don Quichotte, je n’ai jamais vu Sancho avoir aussi peur qu’à présent. Si je croyais aux augures, comme tant d’autres, je sentirais bien un peu de chair de poule à mon courage. Mais venez ici, Sancho ; avec la permission du seigneur et de madame, je veux vous dire deux mots en particulier. » |
| Y, apartando a Sancho entre unos árboles del jardín y asiéndole ambas las manos, le dijo. | Emmenant alors Sancho sous un groupe d’arbres, il lui prit les deux mains et lui dit : |
| -Ya vees, Sancho hermano, el largo viaje que nos espera, y que sabe Dios cuándo volveremos dél, ni la comodidad y espacio que nos darán los negocios; así, querría que ahora te retirases en tu aposento, como que vas a buscar alguna cosa necesaria para el camino, y, en un daca las pajas, te dieses, a buena cuenta de los tres mil y trecientos azotes a que estás obligado, siquiera quinientos, que dados te los tendrás, que el comenzar las cosas es tenerlas medio acabadas. | « Tu vois, mon frère Sancho, le long voyage qui nous attend. Dieu sait quand nous reviendrons, et quel loisir, quelle commodité nous laisseront les affaires. Je voudrais donc que tu te retirasses à présent dans ta chambre, comme si tu allais chercher quelque chose de nécessaire au départ, et qu’en un tour de main tu te donnasses, en à-compte sur les trois mille trois cents coups de fouet auxquels tu t’es obligé, ne serait-ce que cinq ou six cents. Quand ils seront donnés, ce sera autant de fait ; car commencer les choses, c’est les avoir à moitié finies. |
| -¡Par Dios -dijo Sancho-, que vuestra merced debe de ser menguado! Esto es como aquello que dicen: "¡en priesa me vees y doncellez me demandas!" ¿Ahora que tengo de ir sentado en una tabla rasa, quiere vuestra merced que me lastime las posas? En verdad en verdad que no tiene vuestra merced razón. Vamos ahora a rapar estas dueñas, que a la vuelta yo le prometo a vuestra merced, como quien soy, de darme tanta priesa a salir de mi obligación, que vuestra merced se contente, y no le digo más. | – Par Dieu ! s’écria Sancho. Votre Grâce doit avoir perdu l’esprit. C’est comme ceux qui disent : « Tu me vois pressé et tu me demandes ma fille en mariage. » Comment donc ! maintenant qu’il s’agit d’aller à cheval sur une table rase, vous voulez que je me déchire le derrière ? En vérité, ce n’est pas raisonnable. Allons d’abord barbifier ces duègnes, et au retour je vous promets, foi de qui je suis, que je me dépêcherai tellement de remplir mon obligation, que Votre Grâce sera pleinement satisfaite ; et ne disons rien de plus. |
| Y don Quijote respondió. | – Cette promesse, bon Sancho, reprit don Quichotte, |
| -Pues con esa promesa, buen Sancho, voy consolado, y creo que la cumplirás, porque, en efecto, aunque tonto, eres hombre verídico. | suffit pour me consoler ; et je crois fermement que tu l’accompliras, car, tout sot que tu es, tu es homme véridique. |
| -No soy verde, sino moreno -dijo Sancho-, pero aunque fuera de mezcla, cumpliera mi palabra. | – Je ne suis pas vert, mais brun, dit Sancho, et, quand même je serais bariolé, je tiendrais ma parole. » |
| Y con esto se volvieron a subir en Clavileño, y al subir dijo don Quijote. | Après cela, ils revinrent pour monter sur Clavilègne. Et, au moment d’y mettre le pied, don Quichotte dit à Sancho : |
| -Tapaos, Sancho, y subid, Sancho, que quien de tan lueñes tierras envía por nosotros no será para engañarnos, por la poca gloria que le puede redundar de engañar a quien dél se fía; y, puesto que todo sucediese al revés de lo que imagino, la gloria de haber emprendido esta hazaña no la podrá escurecer malicia alguna. | « Allons, Sancho, bandez-vous les yeux, car celui qui nous envoie chercher de si lointains climats n’est pas capable de nous tromper. Quelle gloire pourrait-il gagner à tromper des gens qui se fient à lui ? Mais quand même tout arriverait au rebours de ce que j’imagine, aucune malice ne pourra du moins obscurcir la gloire d’avoir entrepris cette prouesse. |
| -Vamos, señor -dijo Sancho-, que las barbas y lágrimas destas señoras las tengo clavadas en el corazón, y no comeré bocado que bien me sepa hasta verlas en su primera lisura. Suba vuesa merced y tápese primero, que si yo tengo de ir a las ancas, claro está que primero sube el de la silla. | – Allons, seigneur, dit Sancho ; les barbes et les larmes de ces dames, je les ai clouées dans le cœur, et je ne mangerai pas morceau qui me profite avant que j’aie vu leur menton dans son premier poli. Que Votre Grâce monte, et se bouche d’abord les yeux ; car, si je dois aller en croupe, il est clair que je ne dois monter qu’après celui qui va sur la selle. |
| -Así es la verdad -replicó don Quijote. | – Tu as raison », répliqua don Quichotte. |
| Y, sacando un pañuelo de la faldriquera, pidió a la Dolorida que le cubriese muy bien los ojos, y, habiéndoselos cubierto, se volvió a descubrir y dijo. | Et, tirant de sa poche un mouchoir, il pria la Doloride de lui en couvrir les yeux. Quand ce fut fait, il ôta son bandeau et dit : |
| -Si mal no me acuerdo, yo he leído en Virgilio aquello del Paladión de Troya, que fue un caballo de madera que los griegos presentaron a la diosa Palas, el cual iba preñado de caballeros armados, que después fueron la total ruina de Troya; y así, será bien ver primero lo que Clavileño trae en su estómago. | « Je me souviens, si j’ai bonne mémoire, d’avoir lu dans Virgile l’histoire du Palladium de Troie ; ce fut un cheval de bois que les Grecs présentèrent à la déesse Pallas, et qui avait le ventre plein de chevaliers armés, par lesquels la ruine de Troie fut consommée. Il serait donc bon de voir d’abord ce que Clavilègne porte dans ses entrailles. |
| -No hay para qué -dijo la Dolorida-, que yo le fío y sé que Malambruno no tiene nada de malicioso ni de traidor; vuesa merced, señor don Quijote, suba sin pavor alguno, y a mi daño si alguno le sucediere. | – C’est inutile, s’écria la Doloride, je m’en rends caution, et je sais que Malambruno n’est capable ni d’une trahison ni d’un méchant tour. Que Votre Grâce, seigneur don Quichotte, monte sans aucune crainte, et le mal qui arrivera, je le prends à mon compte. » |
| Parecióle a don Quijote que cualquiera cosa que replicase acerca de su seguridad sería poner en detrimento su valentía; y así, sin más altercar, subió sobre Clavileño y le tentó la clavija, que fácilmente se rodeaba; y, como no tenía estribos y le colgaban las piernas, no parecía sino figura de tapiz flamenco pintada o tejida en algún romano triunfo. De mal talante y poco a poco llegó a subir Sancho, y, acomodándose lo mejor que pudo en las ancas, las halló algo duras y no nada blandas, y pidió al duque que, si fuese posible, le acomodasen de algún cojín o de alguna almohada, aunque fuese del estrado de su señora la duquesa, o del lecho de algún paje, porque las ancas de aquel caballo más parecían de mármol que de leño. | Il parut à don Quichotte que tout ce qu’il pourrait répliquer au sujet de sa sûreté personnelle serait une injure à sa vaillance, et, sans plus d’altercation, il monta sur Clavilègne, et essaya la cheville qui tournait aisément. Comme il n’avait point d’étriers, et que ses jambes pendaient tout de leur long, il ressemblait à ces figures de tapisserie de Flandres, peintes, ou plutôt tissues, dans un triomphe d’empereur romain. De mauvais gré, et en se faisant tirer l’oreille. Sancho vint monter à son tour. Il s’arrangea du mieux qu’il put sur la croupe, qu’il trouva fort dure et nullement mollette. Alors il demanda au duc de lui prêter, s’il était possible, quelque coussin ou quelque oreiller, fût-ce de l’estrade de madame la duchesse ou du lit d’un page, car la croupe de ce cheval lui semblait plutôt de marbre que de bois. |
| A esto dijo la Trifaldi que ningún jaez ni ningún género de adorno sufría sobre sí Clavileño; que lo que podía hacer era ponerse a mujeriegas, y que así no sentiría tanto la dureza. Hízolo así Sancho, y, diciendo ''a Dios'', se dejó vendar los ojos, y, ya después de vendados, se volvió a descubrir, y, mirando a todos los del jardín tiernamente y con lágrimas, dijo que le ayudasen en aquel trance con sendos paternostres y sendas avemarías, porque Dios deparase quien por ellos los dijese cuando en semejantes trances se viesen. A lo que dijo don Quijote. | Mais la Trifaldi fit observer que Clavilègne ne souffrait sur son dos aucune espèce de harnais ni d’ornement ; que ce qu’il y avait à faire, c’était que Sancho s’assît à la manière des femmes, et qu’ainsi il sentirait moins la dureté de la monture. C’est ce que fit Sancho ; et, disant adieu, il se laissa bander les yeux. Mais, quand il les eut bandés, il les découvrit encore, et, jetant des regards tendres et suppliants sur tous ceux qui se trouvaient dans le jardin, il les conjura, les larmes aux yeux, de l’aider en ce moment critique avec force Pater Noster et force Ave Maria, afin que Dieu leur envoyât aussi des gens pour leur en dire quand ils se trouveraient en semblable passe. |
| -Ladrón, ¿estás puesto en la horca por ventura, o en el último término de la vida, para usar de semejantes plegarias? ¿No estás, desalmada y cobarde criatura, en el mismo lugar que ocupó la linda Magalona, del cual decendió, no a la sepultura, sino a ser reina de Francia, si no mienten las historias? Y yo, que voy a tu lado, ¿no puedo ponerme al del valeroso Pierres, que oprimió este mismo lugar que yo ahora oprimo? Cúbrete, cúbrete, animal descorazonado, y no te salga a la boca el temor que tienes, a lo menos en presencia mía. | « Larron ! s’écria don Quichotte, es-tu par hasard attaché à la potence ? es-tu au dernier jour de ta vie pour user de telles supplications ? N’es-tu point, lâche et dénaturée créature, assis au même endroit qu’occupa la jolie Magalone, et dont elle descendit, non dans la sépulture, mais sur le trône de France, si les histoires ne mentent pas ? Et moi, qui vais à tes côtés, ne puis-je pas me mettre au niveau du valeureux Pierre, qui étreignit l’endroit même que j’étreins à présent ? Bande-toi, bande-toi les yeux, animal sans cœur, et que la peur qui te travaille ne te sorte plus par la bouche, au moins en ma présence. |
| -Tápenme -respondió Sancho-; y, pues no quieren que me encomiende a Dios ni que sea encomendado, ¿qué mucho que tema no ande por aquí alguna región de diablos que den con nosotros en Peralvillo?. | – Eh bien, qu’on me bouche donc, répondit Sancho ; mais, puisqu’on ne veut pas que je me recommande à Dieu, ni que je lui sois recommandé, est-il étonnant que j’aie peur qu’il n’y ait par ici quelque légion de diables qui nous emporte à Péralvillo[225] ? » |
| Cubriéronse, y, sintiendo don Quijote que estaba como había de estar, tentó la clavija, y, apenas hubo puesto los dedos en ella, cuando todas las dueñas y cuantos estaban presentes levantaron las voces, diciendo. | Enfin on leur banda les yeux, et don Quichotte, se trouvant placé comme il devait l’être, tourna la cheville. À peine y eut-il porté la main, que toutes les duègnes et le reste des assistants élevèrent la voix pour lui crier tous ensemble : |
| -¡Dios te guíe, valeroso caballero. | « Dieu te conduise, valeureux chevalier ; |
| -¡Dios sea contigo, escudero intrépido. | Dieu t’assiste, écuyer intrépide. |
| -¡Ya, ya vais por esos aires, rompiéndolos con más velocidad que una saeta! | Voilà que vous vous élevez dans les airs en les traversant avec plus de rapidité qu’une flèche ; |
| -¡Ya comenzáis a suspender y admirar a cuantos desde la tierra os están mirando. | {T}>voilà que vous commencez à surprendre et à émerveiller tous ceux qui vous regardent de la terre. |
| -¡Tente, valeroso Sancho, que te bamboleas! ¡Mira no cayas, que será peor tu caída que la del atrevido mozo que quiso regir el carro del Sol, su padre. | Tiens-toi, valeureux Sancho, ne te dandine pas, prends garde de tomber ; ta chute serait plus terrible que celle du jeune étourdi qui voulut conduire le char du Soleil son père. » |
| Oyó Sancho las voces, y, apretándose con su amo y ciñiéndole con los brazos, le dijo. | Sancho entendit ces avertissements, et, se serrant près de son maître qu’il étreignait dans ses bras, il lui dit : |
| -Señor, ¿cómo dicen éstos que vamos tan altos, si alcanzan acá sus voces, y no parecen sino que están aquí hablando junto a nosotros. | « Seigneur, comment ces gens-là disent-ils que nous volons si haut, puisque leurs paroles viennent jusqu’ici, et qu’on dirait qu’ils parlent tout à côté de nous ? |
| -No repares en eso, Sancho, que, como estas cosas y estas volaterías van fuera de los cursos ordinarios, de mil leguas verás y oirás lo que quisieres. Y no me aprietes tanto, que me derribas; y en verdad que no sé de qué te turbas ni te espantas, que osaré jurar que en todos los días de mi vida he subido en cabalgadura de paso más llano: no parece sino que no nos movemos de un lugar. Destierra, amigo, el miedo, que, en efecto, la cosa va como ha de ir y el viento llevamos en popa. | – Ne fais pas attention à cela, Sancho, répondit don Quichotte ; comme ces aventures et ces voyages à la volée sortent du cours des choses ordinaires, tu verras et tu entendras de mille lieues tout ce qu’il te plaira. Mais ne me serre pas tant, car tu m’étouffes ; et vraiment je ne sais ce qui peut te troubler, ni te faire peur ; pour moi, j’oserais jurer que de ma vie je n’ai monté une monture d’une allure plus douce. On dirait que nous ne bougeons pas de place. Allons, ami, chasse ta frayeur ; les choses vont en effet comme elles doivent aller, et nous avons le vent en poupe. |
| -Así es la verdad -respondió Sancho-, que por este lado me da un viento tan recio, que parece que con mil fuelles me están soplando. | – C’est pardieu bien la vérité ! répliqua Sancho ; car, de ce côté-là, il me vient un vent si violent qu’on dirait que mille soufflets me soufflent dessus. » |
| Y así era ello, que unos grandes fuelles le estaban haciendo aire: tan bien trazada estaba la tal aventura por el duque y la duquesa y su mayordomo, que no le faltó requisito que la dejase de hacer perfecta. | Sancho disait vrai ; de grands soufflets servaient à lui donner de l’air. L’aventure avait été si bien disposée par le duc, la duchesse et le majordome, que nulle condition requise ne lui manqua pour être parfaite. |
| Sintiéndose, pues, soplar don Quijote, dijo: | Quand don Quichotte se sentit éventer : |
| -Sin duda alguna, Sancho, que ya debemos de llegar a la segunda región del aire, adonde se engendra el granizo, las nieves; los truenos, los relámpagos y los rayos se engendran en la tercera región, y si es que desta manera vamos subiendo, presto daremos en la región del fuego, y no sé yo cómo templar esta clavija para que no subamos donde nos abrasemos. | « Sans aucun doute, Sancho, dit-il, nous devons être arrivés à la seconde région de l’air, où s’engendrent la grêle et la neige. C’est dans la troisième région que s’engendrent les éclairs et les tonnerres, et, si nous continuons à monter de la même façon, nous arriverons bientôt à la région du feu. En vérité, je ne sais comment retenir cette cheville, pour que nous ne montions pas jusqu’où nous soyons embrasés. » |
| En esto, con unas estopas ligeras de encenderse y apagarse, desde lejos, pendientes de una caña, les calentaban los rostros. Sancho, que sintió el calor, dijo. | En ce moment, on leur chauffait la figure avec des étoupes faciles à enflammer et à éteindre, qu’on leur présentait de loin au bout d’un long roseau. Sancho ressentit le premier la chaleur. |
| -Que me maten si no estamos ya en el lugar del fuego, o bien cerca, porque una gran parte de mi barba se me ha chamuscado, y estoy, señor, por descubrirme y ver en qué parte estamos. | « Que je sois pendu, s’écria-t-il, si nous ne sommes arrivés dans le pays du feu, ou du moins bien près, car une partie de ma barbe est déjà roussie ; et j’ai bien envie, seigneur, de me découvrir les yeux pour voir où nous sommes. |
| -No hagas tal -respondió don Quijote-, y acuérdate del verdadero cuento del licenciado Torralba, a quien llevaron los diablos en volandas por el aire, caballero en una caña, cerrados los ojos, y en doce horas llegó a Roma, y se apeó en Torre de Nona, que es una calle de la ciudad, y vio todo el fracaso y asalto y muerte de Borbón, y por la mañana ya estaba de vuelta en Madrid, donde dio cuenta de todo lo que había visto; el cual asimismo dijo que cuando iba por el aire le mandó el diablo que abriese los ojos, y los abrió, y se vio tan cerca, a su parecer, del cuerpo de la luna, que la pudiera asir con la mano, y que no osó mirar a la tierra por no desvanecerse. Así que, Sancho, no hay para qué descubrirnos; que, el que nos lleva a cargo, él dará cuenta de nosotros, y quizá vamos tomando puntas y subiendo en alto para dejarnos caer de una sobre el reino de Candaya, como hace el sacre o neblí sobre la garza para cogerla, por más que se remonte; y, aunque nos parece que no ha media hora que nos partimos del jardín, creéme que debemos de haber hecho gran camino. | – N’en fais rien, répondit don Quichotte, et rappelle-toi la véritable histoire du licencié Torralva, que les diables emportèrent à toute volée au milieu des airs, à cheval sur un bâton et les yeux fermés. En douze heures, il arriva à Rome, descendit à la tour de Nona, qui est une rue de la ville, assista à l’assaut, vit tout le désastre et la mort du connétable de Bourbon ; puis, le lendemain matin, il était de retour à Madrid, où il rendit compte de tout ce qu’il avait vu. Ce Torralva raconta aussi que, pendant qu’il traversait les airs, le diable lui ordonna d’ouvrir les yeux, qu’il les ouvrit et se trouva si près, à ce qu’il lui sembla, du corps de la lune, qu’il aurait pu la prendre avec la main, mais qu’il n’osa pas regarder la terre, de crainte que la tête ne lui tournât[226]. Ainsi donc, Sancho, il ne faut pas nous débander les yeux ; celui qui a pris l’engagement de nous conduire rendra compte de nous, et peut-être faisons-nous ces pointes en l’air pour nous laisser tomber tout d’un coup sur le royaume de Candaya, comme fait le faucon de chasse sur le héron, afin de le prendre de haut, quelque effort que celui-ci fasse pour s’élever. Bien qu’en apparence il n’y ait pas une demi-heure que nous ayons quitté le jardin, crois-moi, nous devons avoir fait un fameux morceau de chemin. |
| -No sé lo que es -respondió Sancho Panza-, sólo sé decir que si la señora Magallanes o Magalona se contentó destas ancas, que no debía de ser muy tierna de carnes. | – Je ne sais ce qu’il en est, répondit Sancho ; tout ce que je peux dire, c’est que, si madame Madeleine ou Magalone s’est contentée de cette croupe, elle ne devait pas avoir la peau bien douillette. » |
| Todas estas pláticas de los dos valientes oían el duque y la duquesa y los del jardín, de que recibían estraordinario contento; y, queriendo dar remate a la estraña y bien fabricada aventura, por la cola de Clavileño le pegaron fuego con unas estopas, y al punto, por estar el caballo lleno de cohetes tronadores, voló por los aires, con estraño ruido, y dio con don Quijote y con Sancho Panza en el suelo, medio chamuscados. | Toute cette conversation des deux braves, le duc, la duchesse et les gens du jardin n’en perdaient pas un mot, et s’en divertissaient prodigieusement. Enfin, pour donner une digne issue à cette aventure étrange et bien fabriquée, on mit le feu avec des étoupes à la queue de Clavilègne ; et, à l’instant, comme le cheval était plein de fusées et de pétards, il sauta en l’air avec un bruit épouvantable, jetant sur l’herbe don Quichotte et Sancho, tous deux à demi roussis. |
| En este tiempo ya se habían desparecido del jardín todo el barbado escuadrón de las dueñas y la Trifaldi y todo, y los del jardín quedaron como desmayados, tendidos por el suelo. Don Quijote y Sancho se levantaron maltrechos, y, mirando a todas partes, quedaron atónitos de verse en el mesmo jardín de donde habían partido y de ver tendido por tierra tanto número de gente; y creció más su admiración cuando a un lado del jardín vieron hincada una gran lanza en el suelo y pendiente della y de dos cordones de seda verde un pergamino liso y blanco, en el cual, con grandes letras de oro, estaba escrito lo siguiente. | Un peu auparavant, l’escadron barbu des duègnes avait disparu du jardin avec la Trifaldi et toute sa suite ; et les gens demeurés au jardin restèrent comme évanouis, étendus par terre. Don Quichotte et Sancho se relevèrent, un peu maltraités ; et, regardant de toutes parts, ils furent stupéfaits de se voir dans le même jardin d’où ils étaient partis, et d’y trouver tant de gens étendus à terre sans mouvement. Mais leur surprise s’accrut encore quand, à un bout du jardin, ils aperçurent une lance fichée dans le sol, d’où pendait, à deux cordons de soie verte, un parchemin uni et blanc sur lequel était écrit en grosses lettres d’or : |
| El ínclito caballero don Quijote de la Mancha feneció y acabó la aventura de la condesa Trifaldi, por otro nombre llamada la dueña Dolorida, y compañía, con sólo intentarla. | « L’insigne chevalier don Quichotte de la Manche a terminé et mis à fin l’aventure de la comtesse Trifaldi, autrement dite la duègne Doloride et compagnie, pour l’avoir seulement entreprise ; |
| Malambruno se da por contento y satisfecho a toda su voluntad, y las barbas de las dueñas ya quedan lisas y mondas, y los reyes don Clavijo y Antonomasia en su prístino estado. Y, cuando se cumpliere el escuderil vápulo, la blanca paloma se verá libre de los pestíferos girifaltes que la persiguen, y en brazos de su querido arrullador; que así está ordenado por el sabio Merlín, protoencantador de los encantadores. | Malambruno se donne pour pleinement content et satisfait. Les mentons des duègnes sont rasés et ras ; le roi don Clavijo et la reine Antonomasie sont revenus à leur ancien état. Aussitôt que sera accomplie l’écuyère flagellation, la blanche colombe se verra hors des griffes pestiférées des vautours qui la persécutent, et dans les bras de son tourtereau chéri. Ainsi l’ordonne le sage Merlin, protoenchanteur des enchanteurs. » |
| Habiendo, pues, don Quijote leído las letras del pergamino, claro entendió que del desencanto de Dulcinea hablaban; y, dando muchas gracias al cielo de que con tan poco peligro hubiese acabado tan gran fecho, reduciendo a su pasada tez los rostros de las venerables dueñas, que ya no parecían, se fue adonde el duque y la duquesa aún no habían vuelto en sí, y, trabando de la mano al duque, le dijo. | Aussitôt que don Quichotte eut déchiffré les lettres du parchemin, il comprit clairement qu’il s’agissait du désenchantement de Dulcinée. Rendant grâce au ciel de ce qu’il eût, à si peu de risques, accompli un si grand exploit, et rendu leur ancien poli aux visages des vénérables duègnes, qui avaient disparu, il s’approcha de l’endroit où le duc et la duchesse étaient encore frappés d’engourdissement. Secouant alors le duc par la main, il lui dit : |
| -¡Ea, buen señor, buen ánimo; buen ánimo, que todo es nada! La aventura es ya acabada sin daño de barras, como lo muestra claro el escrito que en aquel padrón está puesto. | « Allons, bon seigneur, bon courage, tout n’est rien ; l’aventure est finie, sans danger de l’âme ni du corps, comme le prouve clairement l’écriteau que voilà. » |
| El duque, poco a poco, y como quien de un pesado sueño recuerda, fue volviendo en sí, y por el mismo tenor la duquesa y todos los que por el jardín estaban caídos, con tales muestras de maravilla y espanto, que casi se podían dar a entender haberles acontecido de veras lo que tan bien sabían fingir de burlas. Leyó el duque el cartel con los ojos medio cerrados, y luego, con los brazos abiertos, fue a abrazar a don Quijote, diciéndole ser el más buen caballero que en ningún siglo se hubiese visto. | Peu à peu, et comme un homme qui sort d’un pesant sommeil, le duc revint à lui. La duchesse fit de même, ainsi que tous ceux qui étaient étendus dans le jardin, donnant de telles marques de surprise et d’admiration, qu’on aurait fort bien pu croire qu’il leur était arrivé réellement et tout de bon ce qu’ils savaient si bien feindre pour rire. Le duc lut l’écriteau, les yeux à demi fermés, puis, les bras ouverts, il alla embrasser don Quichotte, en lui disant qu’il était le meilleur chevalier qu’aucun siècle eût jamais vu. |
| Sancho andaba mirando por la Dolorida, por ver qué rostro tenía sin las barbas, y si era tan hermosa sin ellas como su gallarda disposición prometía, pero dijéronle que, así como Clavileño bajó ardiendo por los aires y dio en el suelo, todo el escuadrón de las dueñas, con la Trifaldi, había desaparecido, y que ya iban rapadas y sin cañones. Preguntó la duquesa a Sancho que cómo le había ido en aquel largo viaje. A lo cual Sancho respondió. | Sancho cherchait des yeux la Doloride, pour voir quelle figure elle avait sans barbe, et si elle était aussi belle, avec le menton dégarni, que le promettait sa bonne mine. Mais on lui dit qu’au moment où Clavilègne descendit en brûlant du haut des airs, et tomba par terre en éclats, tout l’escadron des duègnes avait disparu avec la Trifaldi, et qu’elles étaient rasées et sans une racine de poil. La duchesse demanda à Sancho comment il s’était trouvé d’un si long voyage, et ce qui lui était arrivé. Sancho répondit : |
| -Yo, señora, sentí que íbamos, según mi señor me dijo, volando por la región del fuego, y quise descubrirme un poco los ojos, pero mi amo, a quien pedí licencia para descubrirme, no la consintió; mas yo, que tengo no sé qué briznas de curioso y de desear saber lo que se me estorba y impide, bonitamente y sin que nadie lo viese, por junto a las narices aparté tanto cuanto el pañizuelo que me tapaba los ojos, y por allí miré hacia la tierra, y parecióme que toda ella no era mayor que un grano de mostaza, y los hombres que andaban sobre ella, poco mayores que avellanas; porque se vea cuán altos debíamos de ir entonces. | « Moi, madame, j’ai senti que nous volions, suivant ce que disait mon maître, dans la région du feu, et j’ai voulu me découvrir les yeux un petit brin. Mais mon maître, à qui je demandai permission de me déboucher, ne voulut pas y consentir. Alors moi, qui ai je ne sais quel grain de curiosité et quelle démangeaison de connaître ce qu’on veut m’empêcher de savoir, tout bonnement et sans que personne le vît, j’écartai un tantinet, à côté du nez, le mouchoir qui me couvrait les yeux. Par là je regardai du côté de la terre, et il me sembla qu’elle n’était pas plus grosse tout entière qu’un grain de moutarde, et que les hommes qui marchaient dessus ne l’étaient guère plus que des noisettes ; jugez par là combien nous devions être haut dans ce moment. |
| A esto dijo la duquesa. | – Mais, ami Sancho, interrompit la duchesse, |
| -Sancho amigo, mirad lo que decís, que, a lo que parece, vos no vistes la tierra, sino los hombres que andaban sobre ella; y está claro que si la tierra os pareció como un grano de mostaza, y cada hombre como una avellana, un hombre solo había de cubrir toda la tierra. | prenez garde à ce que vous dites. À ce qu’il paraît, vous n’avez pas vu la terre, mais les hommes qui marchaient dessus ; car si la terre vous parut comme un grain de moutarde, et chaque homme comme une noisette, il est clair qu’un seul homme aurait couvert toute la terre. |
| -Así es verdad -respondió Sancho-, pero, con todo eso, la descubrí por un ladito, y la vi toda. | – C’est vrai, répondit Sancho ; mais, avec tout cela, je l’ai aperçue par un petit coin, et je l’ai vue tout entière. |
| -Mirad, Sancho -dijo la duquesa-, que por un ladito no se vee el todo de lo que se mira. | – Prenez garde, Sancho, reprit la duchesse, que par un petit coin, on ne peut voir l’ensemble de la chose qu’on regarde. |
| -Yo no sé esas miradas -replicó Sancho-: sólo sé que será bien que vuestra señoría entienda que, pues volábamos por encantamento, por encantamento podía yo ver toda la tierra y todos los hombres por doquiera que los mirara; y si esto no se me cree, tampoco creerá vuestra merced cómo, descubriéndome por junto a las cejas, me vi tan junto al cielo que no había de mí a él palmo y medio, y por lo que puedo jurar, señora mía, que es muy grande además. Y sucedió que íbamos por parte donde están las siete cabrillas; y en Dios y en mi ánima que, como yo en mi niñez fui en mi tierra cabrerizo, que así como las vi, ¡me dio una gana de entretenerme con ellas un rato...! Y si no le cumpliera me parece que reventara. Vengo, pues, y tomo, y ¿qué hago?, Sin decir nada a nadie, ni a mi señor tampoco, bonita y pasitamente me apeé de Clavileño, y me entretuve con las cabrillas, que son como unos alhelíes y como unas flores, casi tres cuartos de hora, y Clavileño no se movió de un lugar, ni pasó adelante. | – Je n’entends rien à ces finesses-là, répliqua Sancho, Tout ce que je sais, c’est que Votre Grâce doit comprendre que, puisque nous volions par enchantement, par enchantement aussi j’ai pu voir toute la terre et tous les hommes, de quelque façon que je les eusse regardés ; si vous ne croyez pas cela, Votre Grâce ne croira pas davantage qu’en me découvrant les yeux du côté des sourcils, je me vis si près du ciel, qu’il n’y avait pas de lui à moi plus d’un palme et demi, et, ce que je puis vous jurer, madame, c’est qu’il est furieusement grand. Il arriva que nous allions du côté où sont les sept chèvres[227], et comme, étant enfant, j’ai été chevrier dans mon pays, je jure Dieu et mon âme que, dès que je les vis, je sentis une si grande envie de causer avec elles un instant, que, si je ne me fusse passé cette fantaisie, je crois que j’en serais crevé. J’arrive donc près d’elles, et qu’est-ce que je fais ? sans rien dire à personne, pas même à mon seigneur, je descends tout bonnement de Clavilègne, et me mets à causer avec les chèvres, qui sont, en vérité, gentilles comme des giroflées et douces comme des fleurs, trois quarts d’heure au moins ; et Clavilègne, tout ce temps, ne bougea pas de place. |
| -Y, en tanto que el buen Sancho se entretenía con las cabras -preguntó el duque-, ¿en qué se entretenía el señor don Quijote?. | – Mais, pendant que le bon Sancho s’entretenait avec les chèvres, demanda le duc, à quoi s’entretenait le seigneur don Quichotte ? » |
| A lo que don Quijote respondió. | Don Quichotte répondit : |
| -Como todas estas cosas y estos tales sucesos van fuera del orden natural, no es mucho que Sancho diga lo que dice. De mí sé decir que ni me descubrí por alto ni por bajo, ni vi el cielo ni la tierra, ni la mar ni las arenas. Bien es verdad que sentí que pasaba por la región del aire, y aun que tocaba a la del fuego; pero que pasásemos de allí no lo puedo creer, pues, estando la región del fuego entre el cielo de la luna y la última región del aire, no podíamos llegar al cielo donde están las siete cabrillas que Sancho dice, sin abrasarnos; y, pues no nos asuramos, o Sancho miente o Sancho sueña. | « Comme tous ces événements se passent hors de l’ordre naturel des choses, il n’est pas étonnant que Sancho dise ce qu’il dit. Quant à moi, je puis dire que je ne me découvris les yeux ni par en haut ni par en bas, et que je ne vis ni le ciel, ni la terre, ni la mer, ni les déserts de sable. J’ai bien senti, il est vrai, que je passais par la région de l’air, et que même je touchais à celle du feu ; mais que nous fussions allés plus loin, je ne le crois pas. En effet, la région du feu étant entre le ciel de la lune et la dernière région de l’air, nous ne pouvions arriver au ciel où sont les sept chèvres dont parle Sancho, sans nous consumer, et, puisque nous ne sommes pas rôtis, ou Sancho ment, ou Sancho rêve. |
| -Ni miento ni sueño -respondió Sancho-: si no, pregúntenme las señas de las tales cabras, y por ellas verán si digo verdad o no. | – Je ne rêve ni ne mens, reprit Sancho ; sinon, qu’on me demande le signalement de ces chèvres, et l’on verra bien si je dis ou non la vérité. |
| -Dígalas, pues, Sancho -dijo la duquesa. | – Eh bien ! comment sont-elles faites, Sancho ? demanda la duchesse. |
| -Son -respondió Sancho- las dos verdes, las dos encarnadas, las dos azules, y la una de mezcla. | – Le voici, répondit Sancho ; deux sont vertes, deux rouges, deux bleues, et la dernière bariolée. |
| -Nueva manera de cabras es ésa -dijo el duque-, y por esta nuestra región del suelo no se usan tales colores; digo, cabras de tales colores. | – C’est une nouvelle espèce de chèvres, dit le duc, et, dans cette région de notre sol, on ne voit pas de semblables couleurs, je veux dire des chèvres de semblables couleurs. |
| -Bien claro está eso -dijo Sancho-; sí, que diferencia ha de haber de las cabras del cielo a las del suelo. | – Oh ! c’est clair, s’écria Sancho. Pensez donc quelle différence il doit y avoir entre les chèvres du ciel et celles de la terre ! |
| -Decidme, Sancho -preguntó el duque-: ¿vistes allá en entre esas cabras algún cabrón. | – Dites-moi, Sancho, reprit le duc, parmi ces chèvres avez-vous vu quelque bouc ? |
| -No, señor -respondió Sancho-, pero oí decir que ninguno pasaba de los cuernos de la luna. | – Non, seigneur, répondit Sancho ; mais j’ai ouï dire qu’aucun animal à cornes ne passait les cornes de la lune. » |
| No quisieron preguntarle más de su viaje, porque les pareció que llevaba Sancho hilo de pasearse por todos los cielos, y dar nuevas de cuanto allá pasaba, sin haberse movido del jardín. | Le duc et la duchesse ne voulurent pas en demander plus long à Sancho sur son voyage, car il leur parut en train de se promener à travers les sept cieux, et de leur donner des nouvelles de tout ce qui s’y passait, sans avoir bougé du jardin. |
| En resolución, éste fue el fin de la aventura de la dueña Dolorida, que dio que reír a los duques, no sólo aquel tiempo, sino el de toda su vida, y que contar a Sancho siglos, si los viviera; y, llegándose don Quijote a Sancho, al oído le dijo. | Finalement, voilà comment finit l’aventure de la duègne Doloride, qui leur donna de quoi rire, non-seulement le temps qu’elle dura, mais celui de toute leur vie, et à Sancho de quoi conter, eût-il vécu des siècles. Don Quichotte, s’approchant de son écuyer, lui dit à l’oreille : |
| -Sancho, pues vos queréis que se os crea lo que habéis visto en el cielo, yo quiero que vos me creáis a mí lo que vi en la cueva de Montesinos; y no os digo más. | « Sancho, puisque vous voulez qu’on croie à ce que vous avez vu dans le ciel, je veux à mon tour que vous croyiez à ce que j’ai vu dans la caverne de Montésinos ; je ne vous en dis pas davantage. » |