| II. Capítulo XLVII. Donde se prosigue cómo se portaba Sancho Panza en su gobierno. | Chapitre XLVII Où l’on continue de raconter comment se conduisait Sancho dans son gouvernement |
| Cuenta la historia que desde el juzgado llevaron a Sancho Panza a un suntuoso palacio, adonde en una gran sala estaba puesta una real y limpísima mesa; y, así como Sancho entró en la sala, sonaron chirimías, y salieron cuatro pajes a darle aguamanos, que Sancho recibió con mucha gravedad. | L’histoire raconte que, de la salle d’audience, on conduisit Sancho à un somptueux palais, où, dans une grande salle, était dressée une table élégamment servie. Dès que Sancho entra dans la salle du festin, les clairons sonnèrent, et quatre pages s’avancèrent pour lui verser de l’eau sur les mains ; cérémonie que Sancho laissa faire avec une parfaite gravité. |
| Cesó la música, sentóse Sancho a la cabecera de la mesa, porque no había más de aquel asiento, y no otro servicio en toda ella. Púsose a su lado en pie un personaje, que después mostró ser médico, con una varilla de ballena en la mano. Levantaron una riquísima y blanca toalla con que estaban cubiertas las frutas y mucha diversidad de platos de diversos manjares; uno que parecía estudiante echó la bendición, y un paje puso un babador randado a Sancho; otro que hacía el oficio de maestresala, llegó un plato de fruta delante; pero, apenas hubo comido un bocado, cuando el de la varilla tocando con ella en el plato, se le quitaron de delante con grandísima celeridad; pero el maestresala le llegó otro de otro manjar. Iba a probarle Sancho; pero, antes que llegase a él ni le gustase, ya la varilla había tocado en él, y un paje alzádole con tanta presteza como el de la fruta. Visto lo cual por Sancho, quedó suspenso, y, mirando a todos, preguntó si se había de comer aquella comida como juego de maesecoral. A lo cual respondió el de la vara. | La musique cessa, et Sancho s’assit au haut bout de la table, car il n’y avait pas d’autre siège ni d’autre couvert tout à l’entour. Alors vint se mettre debout à ses côtés un personnage qu’on reconnut ensuite pour médecin, tenant à la main une baguette de baleine ; puis on enleva une fine et blanche nappe qui couvrait les fruits et les mets de toutes sortes dont la table était chargée. Une espèce d’ecclésiastique donna la bénédiction, et un page tenait une bavette sous le menton de Sancho. Un autre page, qui faisait l’office de maître d’hôtel, lui présenta un plat de fruits. Mais à peine Sancho en eut-il mangé une bouchée, que l’homme à la baleine toucha le plat du bout de sa baguette, et on le desservit avec une célérité merveilleuse. Le maître d’hôtel approcha aussitôt un autre mets, que Sancho se mit en devoir de goûter ; mais, avant qu’il y eût porté, non les dents, mais seulement la main, déjà la baguette avait touché le plat, et un page l’avait emporté avec autant de promptitude que le plat de fruits. Quand Sancho vit cela, il resta immobile de surprise ; puis, regardant tous les assistants à la ronde, il demanda s’il fallait manger ce dîner comme au jeu de passe-passe. L’homme à la verge répondit : |
| -No se ha de comer, señor gobernador, sino como es uso y costumbre en las otras ínsulas donde hay gobernadores. Yo, señor, soy médico, y estoy asalariado en esta ínsula para serlo de los gobernadores della, y miro por su salud mucho más que por la mía, estudiando de noche y de día, y tanteando la complexión del gobernador, para acertar a curarle cuando cayere enfermo; y lo principal que hago es asistir a sus comidas y cenas, y a dejarle comer de lo que me parece que le conviene, y a quitarle lo que imagino que le ha de hacer daño y ser nocivo al estómago; y así, mandé quitar el plato de la fruta, por ser demasiadamente húmeda, y el plato del otro manjar también le mandé quitar, por ser demasiadamente caliente y tener muchas especies, que acrecientan la sed; y el que mucho bebe mata y consume el húmedo radical, donde consiste la vida. | « Il ne faut manger, seigneur gouverneur, que suivant l’usage et la coutume des autres îles où il y a des gouverneurs comme vous. Moi, seigneur, je suis médecin, gagé pour être celui des gouverneurs de cette île. Je m’occupe beaucoup plus de leur santé que de la mienne, travaillant nuit et jour, et étudiant la complexion du gouverneur pour réussir à le guérir, s’il vient à tomber malade. Ma principale occupation est d’assister à ses repas, pour le laisser manger ce qui me semble lui convenir, et lui défendre ce que j’imagine devoir être nuisible à son estomac[247]. Ainsi j’ai fait enlever le plat de fruits, parce que c’est une chose trop humide, et, quant à l’autre mets, je l’ai fait enlever aussi, parce que c’est une substance trop chaude, et qu’il y a beaucoup d’épices qui excitent la soif. Or, celui qui boit beaucoup détruit et consomme l’humide radical dans lequel consiste la vie. |
| -Desa manera, aquel plato de perdices que están allí asadas, y, a mi parecer, bien sazonadas, no me harán algún daño. | – En ce cas, reprit Sancho, ce plat de perdrix rôties, et qui me semblent cuites fort à point, ne peut me faire aucun mal ? |
| A lo que el médico respondió: | – Le seigneur gouverneur, répondit le médecin, |
| -Ésas no comerá el señor gobernador en tanto que yo tuviere vida. | ne mangera pas de ces perdrix tant que je serai vivant. |
| -Pues, ¿por qué? -dijo Sancho. | – Et pourquoi ? demanda Sancho. |
| Y el médico respondió. | – Pourquoi ? reprit le médecin ; |
| -Porque nuestro maestro Hipócrates, norte y luz de la medicina, en un aforismo suyo, dice: Omnis saturatio mala, perdices autem pessima. Quiere decir: "Toda hartazga es mala; pero la de las perdices, malísima". | parce que notre maître Hippocrate, boussole et lumière de la médecine, a dit dans un aphorisme : Omnis saturatio mala ; perdicis autem pessima[248] ; ce qui signifie. : « Toute indigestion est mauvaise ; mais celle de perdrix, très-mauvaise. » |
| -Si eso es así -dijo Sancho-, vea el señor doctor de cuantos manjares hay en esta mesa cuál me hará más provecho y cuál menos daño, y déjeme comer dél sin que me le apalee; porque, por vida del gobernador, y así Dios me le deje gozar, que me muero de hambre, y el negarme la comida, aunque le pese al señor doctor y él más me diga, antes será quitarme la vida que aumentármela. | – S’il en est ainsi, dit Sancho, que le seigneur docteur voie un peu, parmi tous les mets qu’il y a sur cette table, quel est celui qui me fera le plus de bien, ou le moins de mal, et qu’il veuille bien m’en laisser manger à mon aise sans me le bâtonner, car, par la vie du gouverneur (Dieu veuille m’en laisser jouir !), je meurs de faim. Si l’on m’empêche de manger, quoi qu’en dise le seigneur docteur, et quelque regret qu’il en ait, ce sera plutôt m’ôter la vie que me la conserver. |
| -Vuestra merced tiene razón, señor gobernador -respondió el médico-; y así, es mi parecer que vuestra merced no coma de aquellos conejos guisados que allí están, porque es manjar peliagudo. De aquella ternera, si no fuera asada y en adobo, aún se pudiera probar, pero no hay para qué. | – Votre Grâce a parfaitement raison, seigneur gouverneur, répondit le médecin. Aussi suis-je d’avis que Votre Grâce ne mange point de ces lapins fricassés que voilà, parce que c’est un mets de bête à poil[249]. Quant à cette pièce de veau, si elle n’était pas rôtie et mise en daube, on en pourrait goûter ; mais il ne faut pas y songer en cet état. » |
| Y Sancho dijo. | Sancho dit alors : |
| -Aquel platonazo que está más adelante vahando me parece que es olla podrida, que por la diversidad de cosas que en las tales ollas podridas hay, no podré dejar de topar con alguna que me sea de gusto y de provecho. | « Ce grand plat qui est là, plus loin, et d’où sort tant de fumée, il me semble que c’est une olla podrida[250] ; et dans ces ollas podridas, il y a tant de choses et de tant d’espèces, que je ne puis manquer d’en rencontrer quelqu’une qui me soit bonne au goût et à la santé. |
| -Absit! -dijo el médico-. Vaya lejos de nosotros tan mal pensamiento: no hay cosa en el mundo de peor mantenimiento que una olla podrida. Allá las ollas podridas para los canónigos, o para los retores de colegios, o para las bodas labradorescas, y déjennos libres las mesas de los gobernadores, donde ha de asistir todo primor y toda atildadura; y la razón es porque siempre y a doquiera y de quienquiera son más estimadas las medicinas simples que las compuestas, porque en las simples no se puede errar y en las compuestas sí, alterando la cantidad de las cosas de que son compuestas; mas lo que yo sé que ha de comer el señor gobernador ahora, para conservar su salud y corroborarla, es un ciento de cañutillos de suplicaciones y unas tajadicas subtiles de carne de membrillo, que le asienten el estómago y le ayuden a la digestión. | – Absit ! s’écria le médecin ; loin de nous une semblable pensée ! Il n’y a rien au monde de pire digestion qu’une olla podrida. C’est bon pour les chanoines, pour les recteurs de collège, pour les noces de village ; mais qu’on en délivre les tables des gouverneurs, où doit régner toute délicatesse et toute ponctualité. La raison en est claire ; où que ce soit, et de qui que ce soit, les médecines simples sont toujours plus en estime que les médecines composées ; car dans les simples on ne peut se tromper ; mais dans les composées, cela est très-facile, en altérant la quantité des médicaments qui doivent y entrer. Ce que le seigneur gouverneur doit manger maintenant, s’il veut m’en croire, pour conserver et même pour corroborer sa santé, c’est un cent de fines oublies, et trois ou quatre lèches de coing, bien minces, qui, en lui fortifiant l’estomac, aideront singulièrement à la digestion. » |
| Oyendo esto Sancho, se arrimó sobre el espaldar de la silla y miró de hito en hito al tal médico, y con voz grave le preguntó cómo se llamaba y dónde había estudiado. A lo que él respondió. | Quand Sancho entendit cela, il se jeta en arrière sur le dossier de sa chaise, regarda fixement le médecin, et lui demanda d’un ton grave comment il s’appelait, et où il avait étudié. |
| -Yo, señor gobernador, me llamo el doctor Pedro Recio de Agüero, y soy natural de un lugar llamado Tirteafuera, que está entre Caracuel y Almodóvar del Campo, a la mano derecha, y tengo el grado de doctor por la universidad de Osuna. | « Moi, seigneur gouverneur, répondit le médecin, je m’appelle le docteur Pédro Récio de Aguéro[251] ; je suis natif d’un village appelé Tirtéafuéra[252], qui est entre Caracuel et Almodovar del Campo, à main droite, et j’ai reçu le grade de docteur à l’université d’Osuna. |
| A lo que respondió Sancho, todo encendido en cólera. | – Eh bien ! s’écria Sancho tout enflammé de colère, |
| -Pues, señor doctor Pedro Recio de Mal Agüero, natural de Tirteafuera, lugar que está a la derecha mano como vamos de Caracuel a Almodóvar del Campo, graduado en Osuna, quíteseme luego delante, si no, voto al sol que tome un garrote y que a garrotazos, comenzando por él, no me ha de quedar médico en toda la ínsula, a lo menos de aquellos que yo entienda que son ignorantes; que a los médicos sabios, prudentes y discretos los pondré sobre mi cabeza y los honraré como a personas divinas. Y vuelvo a decir que se me vaya, Pedro Recio, de aquí; si no, tomaré esta silla donde estoy sentado y se la estrellaré en la cabeza; y pídanmelo en residencia, que yo me descargaré con decir que hice servicio a Dios en matar a un mal médico, verdugo de la república. Y denme de comer, o si no, tómense su gobierno, que oficio que no da de comer a su dueño no vale dos habas. | seigneur docteur Pédro Récio de mauvais augure, natif de Tirtéafuéra, village qui est à main droite quand on va de Caracuel à Almodovar del Campo, gradué par l’université d’Osuna, ôtez-vous de devant moi vite et vite, ou sinon, je jure par le soleil que je prends un gourdin, et qu’à coups de bâton, en commençant par vous, je ne laisse pas médecin dans l’île entière ; au moins de ceux que je reconnaîtrai bien pour des ignorants, car les médecins instruits, prudents et discrets, je les placerai sur ma tête, et les honorerai comme des hommes divins. Mais, je le répète, que Pédro Récio s’en aille vite d’ici ; sinon, j’empoigne cette chaise où je suis assis, et je la lui casse sur la tête. Qu’on m’en demande ensuite compte à la résidence[253] ; il suffira de dire, pour ma décharge, que j’ai rendu service à Dieu en assommant un méchant médecin, bourreau de la république. Et qu’on me donne à manger, ou qu’on reprenne le gouvernement, car un métier qui ne donne pas de quoi vivre à celui qui l’exerce ne vaut pas deux fèves. » |
| Alborotóse el doctor, viendo tan colérico al gobernador, y quiso hacer tirteafuera de la sala, sino que en aquel instante sonó una corneta de posta en la calle, y, asomándose el maestresala a la ventana, volvió diciendo. | Le docteur s’épouvanta en voyant le gouverneur si fort en colère, et voulut faire Tirtéafuéra de la salle ; mais, à ce même instant, on entendit sonner dans la rue un cornet de postillon. Le maître d’hôtel courut à la fenêtre, et dit en revenant : |
| -Correo viene del duque mi señor; algún despacho debe de traer de importancia. | « Voici venir un courrier du duc, monseigneur ; il apporte sans doute quelque dépêche importante. » |
| Entró el correo sudando y asustado, y, sacando un pliego del seno, le puso en las manos del gobernador, y Sancho le puso en las del mayordomo, a quien mandó leyese el sobreescrito, que decía así: A don Sancho Panza, gobernador de la ínsula Barataria, en su propia mano o en las de su secretario. Oyendo lo cual, Sancho dijo. | Le courrier entra, couvert de sueur et haletant de fatigue. Il tira de son sein un pli qu’il remit aux mains du gouverneur, et Sancho le passa à celles du majordome, en lui ordonnant de lire la suscription. Elle était ainsi conçue : À don Sancho Panza, gouverneur de l’île Barataria, pour lui remettre en mains propres ou en celles de son secrétaire. |
| -¿Quién es aquí mi secretario. | « Et qui est ici mon secrétaire ? » demanda aussitôt Sancho. |
| Y uno de los que presentes estaban respondió. | Alors un des assistants répondit : |
| -Yo, señor, porque sé leer y escribir, y soy vizcaíno. | « Moi, seigneur, car je sais lire et écrire, et je suis Biscayen. |
| -Con esa añadidura -dijo Sancho-, bien podéis ser secretario del mismo emperador. Abrid ese pliego, y mirad lo que dice. | – Avec ce titre par-dessus le marché, reprit Sancho, vous pourriez être secrétaire de l’empereur lui-même.[254] Ouvrez ce pli, et voyez ce qu’il contient. » |
| Hízolo así el recién nacido secretario, y, habiendo leído lo que decía, dijo que era negocio para tratarle a solas. Mandó Sancho despejar la sala, y que no quedasen en ella sino el mayordomo y el maestresala, y los demás y el médico se fueron; y luego el secretario leyó la carta, que así decía. | Le secrétaire nouveau-né obéit, et, après avoir lu la dépêche, il dit que c’était une affaire qu’il fallait traiter en secret. Sancho ordonna de vider la salle et de n’y laisser que le majordome et le maître d’hôtel. Tous les autres s’en allèrent avec le médecin, et aussitôt le secrétaire lut la dépêche, qui s’exprimait ainsi : |
| A mi noticia ha llegado, señor don Sancho Panza, que unos enemigos míos y desa ínsula la han de dar un asalto furioso, no sé qué noche; conviene velar y estar alerta, porque no le tomen desapercebido. Sé también, por espías verdaderas, que han entrado en ese lugar cuatro personas disfrazadas para quitaros la vida, porque se temen de vuestro ingenio; abrid el ojo, y mirad quién llega a hablaros, y no comáis de cosa que os presentaren. Yo tendré cuidado de socorreros si os viéredes en trabajo, y en todo haréis como se espera de vuestro entendimiento. Deste lugar, a 16 de agosto, a las cuatro de la mañana. | « Il est arrivé à ma connaissance que certains ennemis de moi et de cette île que vous gouvernez doivent lui donner un furieux assaut, je ne sais quelle nuit. Ayez soin de veiller et de rester sur le qui-vive, afin de n’être pas pris au dépourvu. Je sais aussi, par des espions dignes de foi, que quatre personnes déguisées sont entrées dans votre ville pour vous ôter la vie, parce qu’on redoute singulièrement la pénétration de votre esprit. Ayez l’œil au guet, voyez bien qui s’approche pour vous parler, et ne mangez rien de ce qu’on vous présentera. J’aurai soin de vous porter secours si vous vous trouvez en péril ; mais vous agirez en toute chose comme on l’attend de votre intelligence. De ce pays, le 16 août, à quatre heures du matin. |
Vuestro amigo, El Duque. | Votre ami, le duc. » |
| Quedó atónito Sancho, y mostraron quedarlo asimismo los circunstantes; y, volviéndose al mayordomo, le dijo. | Sancho demeura frappé de stupeur, et les assistants montrèrent un saisissement égal. Alors, se tournant vers le majordome, il lui dit : |
| -Lo que agora se ha de hacer, y ha de ser luego, es meter en un calabozo al doctor Recio; porque si alguno me ha de matar, ha de ser él, y de muerte adminícula y pésima, como es la de la hambre. | « Ce qu’il faut faire à présent, je veux dire tout de suite, c’est de mettre au fond d’un cul de basse fosse le docteur Récio ; car si quelqu’un doit me tuer, c’est lui, et de la mort la plus lente et la plus horrible, comme est celle de la faim. |
| -También -dijo el maestresala- me parece a mí que vuesa merced no coma de todo lo que está en esta mesa, porque lo han presentado unas monjas, y, como suele decirse, detrás de la cruz está el diablo. | – Il me semble aussi, dit le maître d’hôtel, que Votre Grâce fera bien de ne pas manger de tout ce qui est sur cette table, car la plupart de ces friandises ont été offertes par des religieuses ; et, comme on a coutume de dire, derrière la croix se tient le diable. |
| -No lo niego -respondió Sancho-, y por ahora denme un pedazo de pan y obra de cuatro libras de uvas, que en ellas no podrá venir veneno; porque, en efecto, no puedo pasar sin comer, y si es que hemos de estar prontos para estas batallas que nos amenazan, menester será estar bien mantenidos, porque tripas llevan corazón, que no corazón tripas. Y vos, secretario, responded al duque mi señor y decidle que se cumplirá lo que manda como lo manda, sin faltar punto; y daréis de mi parte un besamanos a mi señora la duquesa, y que le suplico no se le olvide de enviar con un propio mi carta y mi lío a mi mujer Teresa Panza, que en ello recibiré mucha merced, y tendré cuidado de servirla con todo lo que mis fuerzas alcanzaren; y de camino podéis encajar un besamanos a mi señor don Quijote de la Mancha, porque vea que soy pan agradecido; y vos, como buen secretario y como buen vizcaíno, podéis añadir todo lo que quisiéredes y más viniere a cuento. Y álcense estos manteles, y denme a mí de comer, que yo me avendré con cuantas espías y matadores y encantadores vinieren sobre mí y sobre mi ínsula. | – Je ne le nie pas, reprit Sancho. Quant à présent, qu’on me donne un bon morceau de pain, et quatre à cinq livres de raisin, où l’on ne peut avoir logé le poison ; car enfin je ne puis vivre sans manger. Et, si nous avons à nous tenir prêts pour ces batailles qui nous menacent, il faut être bien restauré, car ce sont les tripes qui portent le cœur, et non le cœur les tripes. Vous, secrétaire, répondez au duc mon seigneur, et dites-lui qu’on exécutera tout ce qu’il ordonne, sans qu’il y manque un point. Vous donnerez de ma part un baise-main à madame la duchesse, et vous ajouterez que je la supplie de ne pas oublier une chose, qui est d’envoyer par un exprès ma lettre et mon paquet à ma femme Thérèse Panza ; qu’en cela elle me fera grand’merci, et que j’aurai soin de la servir en tout ce que mes forces me permettront. Chemin faisant, vous pourrez enchâsser dans la lettre un baisemain à mon seigneur don Quichotte, pour qu’il voie que je suis, comme on dit, pain reconnaissant. Et vous, en bon secrétaire et en bon Biscayen, vous pourrez ajouter tout ce que vous voudrez et qui viendra bien à propos. Maintenant, qu’on lève cette nappe, et qu’on me donne à manger. Après cela, je me verrai le blanc des yeux avec autant d’espions, d’assassins et d’enchanteurs qu’il en viendra fondre sur moi et sur mon île. » |
| En esto entró un paje, y dijo. | En ce moment un page entra. |
| -Aquí está un labrador negociante que quiere hablar a Vuestra Señoría en un negocio, según él dice, de mucha importancia. | « Voici, dit-il, un laboureur commerçant qui veut parler à Votre Seigneurie d’une affaire, à ce qu’il dit, de haute importance. |
| -Estraño caso es éste -dijo Sancho- destos negociantes. ¿Es posible que sean tan necios, que no echen de ver que semejantes horas como éstas no son en las que han de venir a negociar? ¿Por ventura los que gobernamos, los que somos jueces, no somos hombres de carne y de hueso, y que es menester que nos dejen descansar el tiempo que la necesidad pide, sino que quieren que seamos hechos de piedra marmol? Por Dios y en mi conciencia que si me dura el gobierno (que no durará, según se me trasluce), que yo ponga en pretina a más de un negociante. Agora decid a ese buen hombre que entre; pero adviértase primero no sea alguno de los espías, o matador mío. | – C’est une étrange chose que ces gens affairés ! s’écria Sancho. Est-il possible qu’ils soient assez bêtes pour ne pas s’apercevoir que ce n’est pas à ces heures-ci qu’ils devraient venir traiter de leurs affaires ? Est-ce que, par hasard, nous autres gouverneurs, nous autres juges, nous ne sommes pas des hommes de chair et d’os ? Ne faut-il pas qu’ils nous laissent reposer le temps qu’exige la nécessité, ou, sinon, veulent-ils que nous soyons fabriqués de marbre ? En mon âme et conscience, si le gouvernement me dure entre les mains (ce que je ne crois guère, à ce que j’entrevois), je mettrai à la raison plus d’un homme d’affaires. Pour aujourd’hui, dites à ce brave homme qu’il entre ; mais qu’on s’assure d’abord que ce n’est pas un des espions ou de mes assassins. |
| -No, señor -respondió el paje-, porque parece una alma de cántaro, y yo sé poco, o él es tan bueno como el buen pan. | – Non, seigneur, répondit le page, car il a l’air d’une sainte nitouche, et je n’y entends pas grand’chose, ou il est bon comme le bon pain. |
| -No hay que temer -dijo el mayordomo-, que aquí estamos todos. | – D’ailleurs, il n’y a rien à craindre, ajouta le majordome ; nous sommes tous ici. |
| -¿Sería posible -dijo Sancho-, maestresala, que agora que no está aquí el doctor Pedro Recio, que comiese yo alguna cosa de peso y de sustancia, aunque fuese un pedazo de pan y una cebolla. | – Serait-il possible, maître d’hôtel, demanda Sancho, à présent que le docteur Pédro Récio s’en est allé, que je mangeasse quelque chose de pesant et de substantiel, ne fût-ce qu’un quartier de pain et un oignon ? |
| -Esta noche, a la cena, se satisfará la falta de la comida, y quedará Vuestra Señoría satisfecho y pagado -dijo el maestresala. | – Cette nuit, au souper, répondit le maître d’hôtel, on réparera le défaut du dîner, et Votre Seigneurie sera pleinement payée et satisfaite. |
| -Dios lo haga -respondió Sancho. | – Dieu le veuille ! » répliqua Sancho. |
| Y, en esto, entró el labrador, que era de muy buena presencia, y de mil leguas se le echaba de ver que era bueno y buena alma. Lo primero que dijo fue. | En ce moment entra le laboureur, que, sur sa mine, on reconnaissait à mille lieues pour une bonne âme et une bonne bête. La première chose qu’il fit fut de demander : |
| -¿Quién es aquí el señor gobernador. | « Qui est de vous tous le seigneur gouverneur ? |
| -¿Quién ha de ser -respondió el secretario-, sino el que está sentado en la silla. | – Qui pourrait-ce être, répondit le secrétaire, sinon celui qui est assis dans le fauteuil ? |
| -Humíllome, pues, a su presencia -dijo el labrador. | – Alors, je m’humilie en sa présence », reprit le laboureur. |
| Y, poniéndose de rodillas, le pidió la mano para besársela. Negósela Sancho, y mandó que se levantase y dijese lo que quisiese. Hízolo así el labrador, y luego dijo. | Et, se mettant à deux genoux, il lui demanda sa main pour la baiser. Sancho la lui refusa, le fit relever, et l’engagea à dire ce qu’il voulait. Le paysan obéit, et dit aussitôt : |
| -Yo, señor, soy labrador, natural de Miguel Turra, un lugar que está dos leguas de Ciudad Real. | « Moi, seigneur, je suis laboureur, natif de Miguel-Turra, un village qui est à deux lieues de Ciudad-Réal. |
| -¡Otro Tirteafuera tenemos! -dijo Sancho-. Decid, hermano, que lo que yo os sé decir es que sé muy bien a Miguel Turra, y que no está muy lejos de mi pueblo. | – Allons, s’écria Sancho, nous avons un autre Tirtéafuéra ! Parlez, frère ; et tout ce que je puis vous dire, c’est que je connais fort bien Miguel-Turra, qui n’est pas loin de mon pays. |
| -Es, pues, el caso, señor -prosiguió el labrador-, que yo, por la misericordia de Dios, soy casado en paz y en haz de la Santa Iglesia Católica Romana; tengo dos hijos estudiantes que el menor estudia para bachiller y el mayor para licenciado; soy viudo, porque se murió mi mujer, o, por mejor decir, me la mató un mal médico, que la purgó estando preñada, y si Dios fuera servido que saliera a luz el parto, y fuera hijo, yo le pusiere a estudiar para doctor, porque no tuviera invidia a sus hermanos el bachiller y el licenciado. | – Le cas est donc, seigneur, continua le paysan, que, par la miséricorde de Dieu, je suis marié en forme et en face de la sainte Église catholique romaine ; j’ai deux fils étudiants ; le cadet apprend pour être bachelier, l’aîné pour être licencié. Je suis veuf, parce que ma femme est morte, ou plutôt parce qu’un mauvais médecin me l’a tuée, en la purgeant lorsqu’elle était enceinte ; et si Dieu avait permis que le fruit vînt à terme, et que ce fût un fils, je l’aurais fait instruire pour être docteur, afin qu’il ne portât pas envie à ses frères le bachelier et le licencié. |
| -De modo -dijo Sancho- que si vuestra mujer no se hubiera muerto, o la hubieran muerto, vos no fuérades agora viudo. | – De façon, interrompit Sancho, que, si votre femme n’était pas morte, ou si on ne l’avait pas fait mourir, vous ne seriez pas veuf à présent ? |
| -No, señor, en ninguna manera -respondió el labrador. | – Non, seigneur, en aucune manière, répondit le laboureur. |
| -¡Medrados estamos! -replicó Sancho-. Adelante, hermano, que es hora de dormir más que de negociar. | – Nous voilà bien avancés, reprit Sancho. En avant, frère, en avant ; il est plutôt l’heure de dormir que de traiter d’affaires. |
| -Digo, pues -dijo el labrador-, que este mi hijo que ha de ser bachiller se enamoró en el mesmo pueblo de una doncella llamada Clara Perlerina, hija de Andrés Perlerino, labrador riquísimo; y este nombre de Perlerines no les viene de abolengo ni otra alcurnia, sino porque todos los deste linaje son perláticos, y por mejorar el nombre los llaman Perlerines; aunque, si va decir la verdad, la doncella es como una perla oriental, y, mirada por el lado derecho, parece una flor del campo; por el izquierdo no tanto, porque le falta aquel ojo, que se le saltó de viruelas; y, aunque los hoyos del rostro son muchos y grandes, dicen los que la quieren bien que aquéllos no son hoyos, sino sepulturas donde se sepultan las almas de sus amantes. Es tan limpia que, por no ensuciar la cara, trae las narices, como dicen, arremangadas, que no parece sino que van huyendo de la boca; y, con todo esto, parece bien por estremo, porque tiene la boca grande, y, a no faltarle diez o doce dientes y muelas, pudiera pasar y echar raya entre las más bien formadas. De los labios no tengo qué decir, porque son tan sutiles y delicados que, si se usaran aspar labios, pudieran hacer dellos una madeja; pero, como tienen diferente color de la que en los labios se usa comúnmente, parecen milagrosos, porque son jaspeados de azul y verde y aberenjenado; y perdóneme el señor gobernador si por tan menudo voy pintando las partes de la que al fin al fin ha de ser mi hija, que la quiero bien y no me parece mal. | – Je dis donc, continua le laboureur, que celui de mes fils qui doit être bachelier s’est amouraché, dans le pays même, d’une fille appelée Clara Perlerina, fille d’André Perlerino, très-riche laboureur. Et ce nom de Perlerins ne leur vient ni de généalogie, ni d’aucune terre, mais parce que tous les gens de cette famille sont culs-de-jatte[255] ; et, pour adoucir le nom, on les appelle Perlerins. Et pourtant, s’il faut dire la vérité, la jeune fille est comme une perle orientale. Regardée du côté droit, elle ressemble à une fleur des champs ; du côté gauche, elle n’est pas si bien, parce qu’il lui manque l’œil, qu’elle a perdu de la petite vérole. Et, bien que les marques et les fossettes qui lui restent sur le visage soient nombreuses et profondes, ceux qui l’aiment bien disent que ce ne sont pas des fossettes, mais des fosses où s’ensevelissent les âmes de ses amants. Elle est si propre que, pour ne pas se salir la figure, elle porte, comme on dit, le nez retroussé, si bien qu’on dirait qu’il se sauve de la bouche. Avec tout cela, elle paraît belle à ravir, car elle a la bouche grande, au point que, s’il ne lui manquait pas dix à douze dents du devant et du fond, cette bouche pourrait passer et outre-passer parmi les mieux formées. Des lèvres, je n’ai rien à dire, parce qu’elles sont si fines et si délicates que, si c’était la mode de dévider des lèvres, on en pourrait faire un écheveau. Mais, comme elles ont une tout autre couleur que celle qu’on voit ordinairement aux lèvres, elles semblent miraculeuses, car elles sont jaspées de bleu, de vert et de violet. Et que le seigneur gouverneur me pardonne si je lui fais avec tant de détails la peinture des qualités de celle qui doit à la fin des fins devenir ma fille ; c’est que je l’aime bien, et qu’elle ne me semble pas mal. |
| -Pintad lo que quisiéredes -dijo Sancho-, que yo me voy recreando en la pintura, y si hubiera comido, no hubiera mejor postre para mí que vuestro retrato. | – Peignez tout ce qui vous fera plaisir, répondit Sancho, car la peinture me divertit, et, si j’avais dîné, il n’y aurait pas de meilleur dessert pour moi que votre portrait. |
| -Eso tengo yo por servir -respondió el labrador-, pero tiempo vendrá en que seamos, si ahora no somos. Y digo, señor, que si pudiera pintar su gentileza y la altura de su cuerpo, fuera cosa de admiración; pero no puede ser, a causa de que ella está agobiada y encogida, y tiene las rodillas con la boca, y, con todo eso, se echa bien de ver que si se pudiera levantar, diera con la cabeza en el techo; y ya ella hubiera dado la mano de esposa a mi bachiller, sino que no la puede estender, que está añudada; y, con todo, en las uñas largas y acanaladas se muestra su bondad y buena hechura. | – C’est aussi ce qui me reste à faire pour vous servir, reprit le laboureur. Mais un temps viendra où nous serons quelque chose, si nous ne sommes rien à présent. Je dis donc, seigneur, que si je pouvais peindre la gentillesse et la hauteur de son corps, ce serait une chose à tomber d’admiration. Mais ce n’est pas possible, parce qu’elle est courbée et pliée en deux, si bien qu’elle a les genoux dans la bouche ; et pourtant il est facile de voir que, si elle pouvait se lever, elle toucherait le toit avec la tête. Elle aurait bien déjà donné la main à mon bachelier ; mais c’est qu’elle ne peut pas l’étendre, parce que cette main est nouée, et cependant on reconnaît aux ongles longs et cannelés la belle forme qu’elle aurait eue. |
| -Está bien -dijo Sancho-, y haced cuenta, hermano, que ya la habéis pintado de los pies a la cabeza. ¿Qué es lo que queréis ahora? Y venid al punto sin rodeos ni callejuelas, ni retazos ni añadiduras. | – Voilà qui est bien, dit Sancho ; et supposez, frère, que vous l’ayez dépeinte des pieds à la tête, que voulez-vous maintenant ? Venez au fait sans détour ni ruelles, sans retaille ni allonge. |
| -Querría, señor -respondió el labrador-, que vuestra merced me hiciese merced de darme una carta de favor para mi consuegro, suplicándole sea servido de que este casamiento se haga, pues no somos desiguales en los bienes de fortuna, ni en los de la naturaleza; porque, para decir la verdad, señor gobernador, mi hijo es endemoniado, y no hay día que tres o cuatro veces no le atormenten los malignos espíritus; y de haber caído una vez en el fuego, tiene el rostro arrugado como pergamino, y los ojos algo llorosos y manantiales; pero tiene una condición de un ángel, y si no es que se aporrea y se da de puñadas él mesmo a sí mesmo, fuera un bendito. | – Je voudrais, seigneur, répondit le paysan, que Votre Grâce me fît la grâce de me donner une lettre de recommandation pour le père de ma bru, en le suppliant de vouloir bien faire ce mariage au plus vite, parce que nous ne sommes inégaux ni dans les biens de la fortune, ni dans ceux de la nature. En effet, pour dire la vérité, seigneur gouverneur, mon fils est possédé du diable, et il n’y a pas de jour que les malins esprits ne le tourmentent trois ou quatre fois ; et de plus, pour être tombé un beau jour dans le feu, il a le visage ridé comme un vieux parchemin, avec les yeux un peu coulants et pleureurs. Mais aussi il a un caractère d’ange, et, si ce n’était qu’il se gourme et se rosse lui-même sur lui-même, ce serait un bienheureux. |
| -¿Queréis otra cosa, buen hombre? -replicó Sancho. | – Voulez-vous encore autre chose, brave homme ? demanda Sancho. |
| -Otra cosa querría -dijo el labrador-, sino que no me atrevo a decirlo; pero vaya, que, en fin, no se me ha de podrir en el pecho, pegue o no pegue. Digo, señor, que querría que vuesa merced me diese trecientos o seiscientos ducados para ayuda a la dote de mi bachiller; digo para ayuda de poner su casa, porque, en fin, han de vivir por sí, sin estar sujetos a las impertinencias de los suegros. | – Oui, je voudrais bien autre chose, reprit le laboureur ; seulement je n’ose pas le dire. Mais enfin vaille que vaille, il ne faut pas que ça me pourrisse dans l’estomac. Je dis donc, seigneur, que je voudrais que Votre Grâce me donnât trois cents ou bien six cents ducats pour grossir la dot de mon bachelier, je veux dire pour l’aider à se mettre en ménage ; car enfin, il faut bien que ces enfants aient de quoi vivre par eux-mêmes, sans être exposés aux impertinences des beaux-pères. |
| -Mirad si queréis otra cosa -dijo Sancho-, y no la dejéis de decir por empacho ni por vergüenza. | – Voyez si vous voulez encore autre chose, dit Sancho, et ne vous privez pas de le dire, par honte ou par timidité. |
| -No, por cierto -respondió el labrador. | – Non certainement, rien de plus », répondit le laboureur. |
| Y, apenas dijo esto, cuando, levantándose en pie el gobernador, asió de la silla en que estaba sentado y dijo. | Il avait à peine parlé que le gouverneur se leva tout debout, empoigna la chaise sur laquelle il était assis, et s’écria : |
| -¡Voto a tal, don patán rústico y mal mirado, que si no os apartáis y ascondéis luego de mi presencia, que con esta silla os rompa y abra la cabeza! Hideputa bellaco, pintor del mesmo demonio, ¿y a estas horas te vienes a pedirme seiscientos ducados?; y ¿dónde los tengo yo, hediondo?; y ¿por qué te los había de dar, aunque los tuviera, socarrón y mentecato? ; y ¿qué se me da a mí de Miguel Turra, ni de todo el linaje de los Perlerines? ¡Va de mí, digo; si no, por vida del duque mi señor, que haga lo que tengo dicho! Tú no debes de ser de Miguel Turra, sino algún socarrón que, para tentarme, te ha enviado aquí el infierno. Dime, desalmado, aún no ha día y medio que tengo el gobierno, y ¿ya quieres que tenga seiscientos ducados. | « Je jure Dieu, don pataud, manant et malappris, que, si vous ne vous sauvez et vous cachez de ma présence, je vous casse et vous ouvre la tête avec cette chaise. Maraud, maroufle, peintre du diable, c’est à ces heures-ci que tu viens me demander six cents ducats ? D’où les aurais-je, puant que tu es ? et pourquoi te les donnerais-je, si je les avais, sournois, imbécile ? Qu’est-ce que me font à moi Miguel-Turra et tout le lignage des Perlerins ? Va-t’en, dis-je, ou sinon, par la vie du duc mon seigneur, je fais ce que je t’ai dit. Tu ne dois pas être de Miguel-Turra, mais bien quelque rusé fourbe, et c’est pour me tenter que l’enfer t’envoie ici. Dis-moi, homme dénaturé, il n’y a pas encore un jour et demi que j’ai le gouvernement, et tu veux que j’aie déjà ramassé six cents ducats ! » |
| Hizo de señas el maestresala al labrador que se saliese de la sala, el cual lo hizo cabizbajo y, al parecer, temeroso de que el gobernador no ejecutase su cólera, que el bellacón supo hacer muy bien su oficio. | Le maître d’hôtel fit alors signe au laboureur de sortir de la salle, et l’autre s’en alla tête baissée, avec tout l’air d’avoir peur que le gouverneur n’exécutât sa menace, car le fripon avait parfaitement joué son rôle. |
| Pero dejemos con su cólera a Sancho, y ándese la paz en el corro, y volvamos a don Quijote, que le dejamos vendado el rostro y curado de las gatescas heridas, de las cuales no sanó en ocho días, en uno de los cuales le sucedió lo que Cide Hamete promete de contar con la puntualidad y verdad que suele contar las cosas desta historia, por mínimas que sean. | Mais laissons Sancho avec sa colère, et que la paix, comme on dit, revienne à la danse. Il faut retourner à don Quichotte, que nous avons laissé le visage couvert d’emplâtres, et soignant ses blessures de chat, dont il ne guérit pas en moins de huit jours, pendant l’un desquels il lui arriva ce que Cid Hamet promet de rapporter avec la ponctuelle véracité qu’il met à conter toutes les choses de cette histoire, quelque infiniment petites qu’elles puissent être. |